À la date limite des candidatures, 49 pays – dont Taïwan et 18 États de l’OCDE – ont souhaité adhérer à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Archives AFP
Avec près de 50 pays prêts à rallier sa banque de développement, Pékin a remporté une bataille diplomatique, mais il doit désormais convaincre de sa capacité à animer une institution multilatérale, et la gouvernance de cet instrument du soft power chinois en Asie sera scrutée de près.
Quand la deuxième économie mondiale a dévoilé en octobre son projet d'une Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB), il était difficile de prédire une déferlante de candidatures parmi les pays occidentaux. Avec un capital initial de 50 milliards de dollars, la nouvelle structure s'affirmait en contrepoids au contrôle exercé par les États-Unis sur la Banque mondiale et – aux côtés du Japon – sur la Banque asiatique de développement (BAD). Mais après le ralliement surprise du Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie ou encore l'Australie lui ont emboîté le pas, disant vouloir peser sur les négociations préparatoires.
À la date limite des candidatures ce mardi, 49 États ainsi que Taïwan étaient candidats pour devenir « membres fondateurs potentiels » de la nouvelle institution, dont les statuts restent à définir. Parmi eux, 18 des 34 États de l'OCDE. États-Unis et Japon brillent par leur absence, après s'être inquiétés bruyamment par avance d'éventuels standards de gouvernance au rabais.
De son côté, Pékin « veut absolument gagner une crédibilité internationale et obtenir avec l'AIIB des résultats probants », renchérit Rajiv Biswas, économiste du cabinet IHS. Les Chinois « seront donc heureux de profiter de l'expérience des pays développés ». L'enjeu est de taille : l'Asie a des besoins cruciaux d'infrastructures en télécommunications, énergie et transports. Selon la BAD, il faudrait y investir quelque 8 000 milliards de dollars au total entre 2010 et 2020.
Mais la nouvelle banque, si elle peut contribuer à combler les déficits d'investissements, sert également des intérêts propres à Pékin. La Chine s'affaire déjà à créer une banque de développement des Brics (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud) et un fonds destiné à financer d'ambitieux projets sur de nouvelles « routes de la Soie », notamment en Asie centrale et Asie du Sud. En butte à la défiance de ses voisins asiatiques, « Pékin joue la carte d'une stratégie de séduction économique, vantant ses discours apaisés et son épais portefeuille », commente Damien Ma. Pour lui, « ces nouvelles entités sont des instruments appuyant d'une façon ou d'une autre les visées chinoises » dans la région.
Une gouvernance sous surveillance
Pékin sait qu'il devra faire ses preuves. D'autant que le bilan des prêts chinois en Afrique et en Amérique latine « est mitigé, avec des projets en faillite ou aux résultats minces », sans parler des dommages environnementaux, insiste Christopher Balding, professeur à l'Université de Pékin.
Nombre d'Européens ont averti qu'ils seraient très sensibles aux standards de transparence, d'efficacité et d'environnement au sein de l'AIIB. Paris et Berlin conditionnent leur participation à la « bonne gouvernance ». L'afflux des prétendants pourrait compliquer la tâche de la Chine, contrainte de concilier de multiples parties et intérêts. « Plus il y a de pays à bord, plus ça devient difficile à contrôler, chaque membre espérant raisonnablement avoir son mot à dire », souligne M. Balding.
Selon des médias, la Chine aurait déjà abandonné son droit de veto sur les décisions de la banque (Pékin a nié avoir convoité un tel privilège) pour rassurer les Occidentaux.
D'un autre côté, la présence des Européens « réduit le danger d'opacité », et l'AIIB pourrait « contribuer à répandre les bonnes pratiques des pays développés », veut croire Rajiv Biswas.
Gage de sa flexibilité, Pékin a indiqué mercredi que la candidature de Taïwan était la bienvenue, quoique « sous un nom approprié », après avoir semblé l'exclure la veille au nom de son principe d'une Chine unique.
Julien GIRAULT/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine