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Éclairage

La coalition antihouthis bénéficie de très fortes représentativité et légitimité sunnites

Serait-on devant la mise en place d'un nouvel équilibre de force régional qui pourrait contenir l'Iran et empêcher son expansion politique dans le monde arabe ?

Le Yémen et les Yéménites seront-ils les seuls perdants de ce conflit meurtrier ? Photo AFP/Mohammad Huwais

Une minorité rebelle a fomenté un coup d'État, s'est emparée de la capitale, a étendu son pouvoir sur plusieurs villes ainsi que sur des institutions publiques, a menacé les responsables du gouvernement légitime (aux yeux de l'Onu). Ce scénario s'est produit au Yémen, pays frontalier du Golfe arabe. Pour éviter une contagion dans les pays voisins, les monarchies de la région se sont vite mobilisées.
« En l'absence d'un équilibre de force, un dialogue ne réussit pas », estime sur ce plan Sami Nader, directeur de l'Institut du Levant pour les affaires stratégiques (Lisa). La solution militaire a dû donc remplacer l'option politique. L'expert des affaires du Moyen-Orient affirme sur ce plan : « L'intervention militaire au Yémen marque le retour en puissance de l'Arabie saoudite, dans un contexte de déséquilibre régional. » Et d'ajouter : « Si la coalition formée par l'Arabie tient, cela annoncera la mise en place d'un nouvel équilibre de force régional qui pourrait contenir l'Iran et empêcher son expansion politique dans le monde arabe. »
Parallèlement à un large soutien occidental, la coalition formée par l'Arabie saoudite pour défendre la légitimité du président yéménite Abd Rabo Mansour Hadi a été soutenue par la Ligue arabe. M. Nader souligne à cet égard : « La vitesse avec laquelle la coalition s'est formée et son degré de représentativité et de légitimité au niveau sunnite sont remarquables. » Et d'expliquer : « Le Pakistan et l'Égypte, centres de gravité du monde sunnite, et la Turquie – très prudente d'habitude dans ses relations avec l'Iran – ont rapidement appuyé cette coalition qui est devenue plus représentative que celle formée par les États-Unis contre l'État islamique. » Eugénie Tannoury, directrice de la faculté de droit et de sciences politiques section 2 de l'Université libanaise, estime pour sa part que la prise de position de la Chine concernant ce dossier est surprenante. « En demandant aux partis impliqués dans les combats de se soumettre à la déclaration unanime de l'Onu publiée dimanche dernier, la Chine a appelé implicitement les houthis à respecter la légitimité du président Hadi. Même la Chine, un pays qui se veut neutre, a donc pris parti dans ce conflit », souligne Mme Tannoury.

Un aggravement du clivage sunnito-chiite
La Chine ainsi que d'autres pays désirent le retour au calme au Yémen car tout conflit qui s'inscrirait dans la durée aura des retombées négatives sur tout le Moyen-Orient, surtout si les raids aériens sont suivis d'une intervention militaire au sol.
« L'un des impacts régionaux va dans le sens d'un clivage sunnito-chiite, d'autant que l'Iran a mis en garde contre le risque d'une propagation du conflit à d'autres pays du Moyen-Orient – ouvrant donc la porte à une guerre régionale », précise Mme Tannoury. Le royaume saoudien n'était pas à l'abri d'un débordement du conflit sur son sol, notamment dans les régions frontalières avec le Yémen, dont la population est en partie chiite et où se trouvent ses plus riches gisements pétroliers. « Pour comprendre son passage soudain à l'action, il faut penser à ce qui adviendra si les miliciens houthis, soupçonnés d'être soutenus par l'Iran, étendent leur pouvoir sur tout le Yémen », souligne Sami Nader avant de poursuivre : « Le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les houthis serait l'une des retombées les plus dangereuses. Contrôlant déjà le détroit d'Ormuz, l'Iran pourrait ainsi boucher les deux passages stratégiques empruntés par les navires pétroliers de la région. » « En cas de guerre économique qui reposerait sur le pétrole, cette opération entraînera une crise pétrolière », estime-t-il.

Une intervention iranienne limitée
L'opération menée par l'Arabie a suscité la colère de l'Iran. Mais la République islamique traverse aujourd'hui une phase critique du fait des négociations sur le nucléaire avec le groupe des 5+1. Serait-elle donc en mesure d'intervenir directement ? La professeure Tannoury précise à ce sujet : « En général, en période de négociations, la situation évolue parallèlement vers un conflit de manière que celui qui avance sur le terrain appuie ses positions dans les concertations. Aujourd'hui, à travers ces complications, les États-Unis peuvent imposer à l'Iran un nouvel agenda sur la table des négociations. »
« L'Arabie ainsi que l'Iran sortiront gagnants de cette crise, puisque, d'une part, le royaume a réussi à regrouper autour de lui la Ligue arabe et la plupart des pays occidentaux, ce qui rétablit son leadership au Moyen-Orient, et, d'autre part, la République islamique pourra mieux se positionner dans les négociations sur le nucléaire », conclut Mme Carole Charabaty, directrice de l'Institut de sciences politiques de l'USJ. En l'absence d'une solution politique, le Yémen serait-il alors le seul perdant dans ce conflit ? Cette opération serait-t-elle un facteur de rassemblement ou de dislocation? Des questions qui restent pour l'instant sans réponses.


Une minorité rebelle a fomenté un coup d'État, s'est emparée de la capitale, a étendu son pouvoir sur plusieurs villes ainsi que sur des institutions publiques, a menacé les responsables du gouvernement légitime (aux yeux de l'Onu). Ce scénario s'est produit au Yémen, pays frontalier du Golfe arabe. Pour éviter une contagion dans les pays voisins, les monarchies de la région se sont...

commentaires (2)

LE PAKISTAN... ET L'EGYPTE DONT BÉB EL MENDEB EST LA RESPIRATION MÊME... SE PRÉPARENT À UNE INTERVENTION MILITAIRE TERRESTRE... QUI AURAIT DÛ DÉJÀ ÊTRE EN MARCHE...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

19 h 01, le 30 mars 2015

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Commentaires (2)

  • LE PAKISTAN... ET L'EGYPTE DONT BÉB EL MENDEB EST LA RESPIRATION MÊME... SE PRÉPARENT À UNE INTERVENTION MILITAIRE TERRESTRE... QUI AURAIT DÛ DÉJÀ ÊTRE EN MARCHE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    19 h 01, le 30 mars 2015

  • C'est une première, qui pourrait, toutefois, se propager très rapidement! Selon Omran press, un pilote égyptien vient d'être arrêté, pour avoir refusé de prendre part à la campagne de bombardement contre le Yémen, sous le commandement saoudien!! Le pliote a désobéi à l'ordre de sa hiérarchie, en affirmant ceci : "je me suis engagé dans l'armée et j'ai fait des études, pour devenir pilote, pour bombarder Israël, et non pas le Yémen". Les analystes politiques soulignent, d'ailleurs, une fronde, qui pourrait gagner du terrain, au sein même des troupes de la soi disante coalition anti-Yémen.

    FRIK-A-FRAK

    15 h 06, le 30 mars 2015