Faire l’amour sur scène est le remède proposé par l’émission « Sex Box », avec chambre à coucher sur le plateau, qui a démarré aux États-Unis, à la fureur des associations familiales. Photo d’archives AFP/Leo Ramirez
Le sexe sur scène et devant les caméras, ou presque, pour résoudre les problèmes conjugaux : tel est le remède proposé par l'émission de téléréalité Sex Box, avec chambre à coucher sur le plateau, qui a démarré aux États-Unis à la grande fureur des associations familiales.
«On vous envoie dans la boîte à sexe!» lance avec un grand sourire l'un des animateurs-thérapeutes. Et de souhaiter « bonne chance et amusez-vous bien!» au jeune couple qui se prépare à entrer dans la boîte à sexe consommer leur passion, ou plutôt l'absence.
Car Sex Box, qui entamait sa quatrième semaine vendredi (sur neuf prévues) sur la chaîne du câble WE, affiche un «concept de réalité de thérapie extrême», selon les mots de cette filiale d'AMC, pour aider les couples en difficulté.
Le principe, qui vient d'une émission britannique du même nom sur Channel Four, est simple. Un couple, dûment choisi et présenté à l'avance dans son cadre naturel, monte sur la scène de l'émission et fait face, devant un public, à trois sexologues.
Après quelques questions et les inévitables moments d'émotions diverses, les thérapeutes proposent au couple d'entrer faire l'amour dans la boîte.
Quand ils sortent – en pyjama – de la grande cabine bleue à néons « sans caméras et insonorisée » qui trône sur le plateau, ils en discutent.
Car c'est « scientifique », explique à Jarric, 24 ans, et son épouse Taylor, 23 ans, le Dr Chris Donaghue, l'un des trois thérapeutes. Pour cause d'hormone ocytocine, les esprits sont, après l'amour, «plus vulnérables et plus honnêtes».
L'un des derniers tabous
«La télévision a touché un nouveau fond», s'est insurgé cette semaine l'association familiale American Family Association, en appelant à protester auprès des sponsors publicitaires de l'émission. «Même si on ne voit rien, le principe émoustillant qu'on regarde pendant que les couples sont engagés dans un acte intime, c'est évidemment la façon dont WE veut accrocher le spectateur», a-t-elle dénoncé.
L'organisation Parents Television Council s'est associée à une pétition – signée par plus de 42000 personnes, dit-elle – pour «faire cesser une émission de sexe en direct sur une chaîne ordinaire». La chaîne WE a, ironiquement, publié un lien vers la pétition sur son site Internet.
Qu'à la télévision «de (soi-disant) vrais gens fassent l'amour est peut-être l'un des derniers tabous qui restent pour des téléspectateurs blasés», dit à l'AFP June Deery, spécialiste des médias à l'institut Rensselaer dans l'État de New York.
«Le frisson ressenti est peut-être plus grand que quand on regarde des professionnels», ajoute cette professeure, selon laquelle «le langage médical tente aussi de rendre plus respectable et utile un contenu autrement glauque». Et «les participants ont une excuse pour s'exhiber à la TV», ajoute l'expert qui vient de publier un livre titré TV-réalité.
Lawrence Sank, psychologue spécialisé à Bethesda (Maryland), estime que «le sexe à la demande n'est, sans conteste, pas une bonne thérapie. Nous savons que les gens ont l'angoisse de la performance». Mais cela peut en revanche «désinhiber les spectateurs. Considérer le sexe comme un tabou n'est pas des plus sains», affirme ce sexologue qui précise ne pas avoir vu l'émission.
Pour Adam Eigner, psychologue à San Francisco, l'effet est «peut-être thérapeutique pour les participants et le public, s'il permet de parler vraiment de sexualité», estime ce sexologue qui, lui non plus, n'a pas vu Sex Box. «Mais si le sexe y est vu comme une performance, comme c'est souvent le cas dans les médias, l'effet peut être contraire», ajoute-t-il.
De performance, chez Jarric et Taylor, il n'en a pas été question. «On a essayé», dit le couple en sortant de la boîte à sexe. «Mais elle était mal à l'aise, alors elle a arrêté», dit le jeune homme.


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