Les musées sont aussi des lieux de culte, puisque « temples des muses ». Spontanément, on y est silencieux, recueilli, absent au monde extérieur, tout ouaté de beauté, comblé de sens et sens comblés. Dans la paix de ces sanctuaires se déploient, ici les vestiges admirables des civilisations qui ont précédé la nôtre, là le produit du génie créatif d'hommes et de femmes morts ou vivants, vivants de toute manière. On n'entre pas impunément dans un musée. Il y a un avant et un après. Les musées vous transforment. Il arrive qu'à la rencontre d'une œuvre on suffoque littéralement d'émotion. « En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber », témoigne Stendhal, premier à décrire ce phénomène qui porte désormais son nom. Sans les musées, les villes de la terre seraient muettes. Ainsi était Beyrouth pendant la guerre, assourdissante et aphone, aliénée, décérébrée, sans un seul lieu où il fut possible de calmer un instant son désarroi pour simplement se recueillir devant une preuve de beauté. Les musées prouvent que la beauté est possible.
Tunis, musée du Bardo. Combien déchirante est l'image de ces dizaines de visiteurs serrés contre le mur, sous l'immense mosaïque du Triomphe de Neptune, terrorisés et comme abandonnés à la protection de ce dieu disparu dont la puissance vibre encore dans l'agencement des tesselles. Les fanatiques auront fait 19 morts. Après la destruction des bouddhas de Bamiyan, des mausolées de Tombouctou, des bas-reliefs et statues du musée de Mossoul, les voilà résolument en guerre contre la moindre trace de culture que leurs croyances fuligineuses refusent de digérer. Le symptôme le plus effarant de cette allergie chronique se résume dans la sentence de l'imam orchestrant l'abattage des statues de Ninive : « Ces objets sont des résidus des cultes païens que le Prophète a ordonné de détruire. Il est de notre devoir d'achever ce travail. » Mince ! Voilà qui englobe toute l'Antiquité et la préhistoire.
Les statues ne saignent pas, il est vrai, mais elles sont le produit de cette fusion ineffable entre la ferveur et la pierre parvenue jusqu'à nous. La pensée ne saigne pas non plus, mais détachée de ce qui la précède, elle se débilite. Peut-on prétendre faire table rase de tout ce qui a existé sans effacer au passage l'islam lui-même qui en procède ? C'est pourtant à cela que nous assistons. À la disparition d'une religion profonde et belle sous le boutoir de la barbarie. Le 27 mars aura lieu la Nuit des Musées. Célébrons-la dûment en hommage à nos frères d'âme du Bardo.
Maudits musées
OLJ / Par Fifi ABOU DIB, le 19 mars 2015 à 00h00


L'oeuvre d'art est la preuve de notre passage sur terre . Vouloir detruire cette preuve c'est detruire notre existence passee et comme vous le dites si bien Fifi , notre futur . Ce phenomene est apparu etrangement avec l'envahissement de l'irak et de l'afghanistan par les us en 2001 . Forcement il y a des demandeurs et des offreurs , on sait qui est qui . Les fous fanatises de binsaoudie et du meghreb , la tunisie est le plus grand pourvoyeur de bacteries au M.O , envoyes avec l'argent des qataries et des binsaouds . Une fois leur retour au bercail , forcement les musees vont en patir , et ceux qui les frequenteront .
15 h 18, le 19 mars 2015