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Nos lecteurs ont la parole - Antoine Messarra

Quatre priorités interculturelles libanaises

Le « Plan d'action de l'Unesco pour la décennie internationale de rapprochement des cultures » (2013-2022) constitue un document de travail de première importance, surtout lorsqu'un effort est déployé en vue de la complémentarité des actions à l'échelle internationale et avec la détermination des priorités de chaque pays.
L'Assemblée générale des Nations unies avait adopté la résolution 67/104 intitulée : « Promotion du dialogue, de l'entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix », par laquelle elle a proclamé la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) et a invité l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture – Unesco à en être l'organisme chef de file. La décennie se propose « une démarche pour parvenir à l'unité dans la diversité ou, mieux encore, atteindre l'unité par-delà la diversité » (cl. 3).
Le principal défi mondial en ce début du XXIe siècle, mondialement, et encore davantage dans les rapports interreligieux, c'est le retour en force de guerres de religion sous des appellations faussement religieuses et apparemment candides ou édulcorées de fanatisme, d'islamisme, de fondamentalisme...
Nous sommes à l'âge des manipulateurs et des imposteurs, de la prolifération sauvage des « munafiqîne », terme qui revient plus de vingt fois dans le Coran (roublards, imposteurs), et de docteurs de la loi et de pharisiens. Raymond Aron écrit déjà en 1944 : « Les mythes, les religions seront désormais maniés scientifiquement par des élites cyniques » (L'homme contre les tyrans, 1944, 402 p., p. 21).
Il s'agit dans le Plan de la décennie de « lutter contre la manipulation de la religion ». Cela ne peut plus se faire à travers des recherches et des actions conventionnelles sur la laïcité, la séparation ou la distinction entre temporel et spirituel, et de dialogues interreligieux cosmétiques.

Perspectives libanaises et arabes
Quelles sont les priorités pour le Liban, situé dans une région où la paix est menacée, compromise ou « fragile » (annexe 1) ? La Chaire Unesco d'étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue à l'Université Saint-Joseph dégage du Plan d'action approuvé par le conseil exécutif de l'Unesco à sa 194e session, en application de la résolution 37 C/1 (II), quatre perspectives prioritaires :

1. Opérationnalité : le Plan insiste sur l'exigence d' « initiatives concrètes aux niveaux local, national et mondial » (clauses 3, 6, 17, 23 et annexe II) avec le recensement des « effets concrets » (cl. 3) et de « l'impact » (cl. 31), « ce qui permettrait de donner une vitrine et un élan considérable à un mouvement durable en faveur du rapprochement des cultures » (cl. 27).
Ce genre d'initiatives implique nombre de conditions, notamment des « pratiques innovantes », la détermination des « priorités » et des « publics cibles » (cl. 7, 22), la prise en compte « d'indicateurs qualitatifs et quantitatifs relatifs à l'impact des initiatives lancées » (cl. 31), la « mobilisation des chefs religieux et spirituels » et de la société civile en général (cl. 26, 28) et aussi des commissions nationales pour l'Unesco (cl. 28), le tout avec une « forte volonté d'action » (cl. 6).

2. Fécondation éducative : un des publics cibles est constitué par les enseignants et les jeunes, à travers notamment la formation des enseignants (annexe II), la révision du contenu des programmes, et notamment des manuels scolaires et universitaires, en vue de la transmission des « valeurs, des attitudes, des comportements et des modes de vie » (cl. 16), l'organisation de concours (cl. 34) et la participation des jeunes à des « programmes de recherche favorisant le dialogue interculturel et interreligieux, et l'acquisition de compétences interculturelles » (annexe II).

3. Revaloriser le respect : à une période où on débat sur le dialogue, l'interculturalité, c'est la notion élémentaire de respect qui se trouve souvent galvaudée en famille, à l'école, dans l'entreprise, dans les rapports interreligieux et dans la vie publique où l'autorité de l'État, même dans des pays dits démocratiques, est en déliquescence.
Le Plan d'action de l'Unesco pour la décennie internationale 2013-2022 souligne à plusieurs reprises l'exigence d'un « esprit de respect de la dignité humaine » (cl. 16), le « respect et la confiance mutuels » (annexe II), « respect mutuel qui ne doit pas simplement consister à garder ses distances, mais reposer sur une connaissance positive et réciproque de la diversité culturelle, ethnique, linguistique et religieuse » (cl. 11, 16).
Respect et dignité sont deux notions d'une valeur constitutionnelle au Liban, dans les articles 9 et 10 de la Constitution. Respecter, c'est considérer que l'autre a une valeur en soi et qu'il est digne de considération. Quant à la dignité, elle implique la reconnaissance de cette valeur dans tous les rapports interpersonnels et sociaux, et dans la vie publique.
Il en découle certes l'exigence de construction d'un « cadre pluraliste de valeurs communes » (cl. 10, 11, 16) et la « fraternité » (cl. 6), autre notion marginalisée dans le triptyque liberté, égalité, fraternité.
Mais il faudra désormais se pencher davantage, surtout au Liban, non pas sur les valeurs communes, avec une nomenclature formelle et sans impact sur la réalité des comportements, mais sur la hiérarchie des valeurs, surtout dans la pensée islamique d'aujourd'hui. À quoi serviraient une centaine de valeurs communes entre deux conjoints si l'un est rancunier et l'autre pardonne ou essaie d'oublier ? Le problème de la hiérarchie des valeurs en islam : compassion, justice, piété, pas de contrainte en religion... (rahma, aadl, taqwa, lâ ikrâh fil-dîne...) constitue une exigence prioritaire d'aujourd'hui.

4. Mémoire de paix pour demain : l'exigence de « paix durable » (cl. 4) repose, selon le Plan de l'Unesco, sur un écheveau complexe et fragile de valeurs, d'attitudes et de comportements... (cl. 4). Il en découle le besoin d' « une plus grande sensibilisation à l'histoire » (cl. 12).
Que faire dans cette perspective afin de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » (cl. 4) ? La culture de la mémoire « passe par la révision du contenu des programmes et manuels scolaires nationaux, d'histoire notamment », (cl. 17), « enseignement de l'histoire visant à détruire mythes, préjugés et stéréotypes » (annexe II). On ajoutera aussi les programmes d'enseignement religieux, du fait religieux, ou la culture religieuse.
Restaurer « la confiance dans l'ensemble du tissu social » (cl. 3) constitue un objectif majeur pour les Libanais. L'exigence d'un « climat de confiance et de sécurité mutuelles » (cl. 8) est celle qui pose le plus de problèmes institutionnels en vue de renforcer l'État de droit dans la gestion démocratique du pluralisme religieux et culturel. Des problèmes aussi, et surtout, psychologiques et en profondeur car la psychologie historique du Libanais moyen est malade quant à la perception de l'espace, du Liban des 10 452 km2, de la chose publique et de la citoyenneté vraiment constructrice d'État.
Tout un symbolisme de commémorations et de lieux de mémoire est nécessaire. Les lieux de mémoire ne comportent pas seulement les musées nationaux (cl. 25b), mais aussi des « lieux publics et événements spécifiques » (cl. 15) et, en priorité au Liban, l'aménagement de musées municipaux sur l'histoire, non pas du Liban diplomatique et des gouvernants, mais des Libanais, dans leur réalisations communes, leurs souffrances partagées et les valeurs fondatrices tissées au cours des siècles. Un travail en ce sens devrait être entrepris au niveau municipal, outre l'organisation d'un concours annuel auprès des élèves au Liban en vue d'une catharsis mémorielle et d'une meilleure connaissance des fondements institutionnels et valoriels du Liban.
***
Un programme libanais sera établi à la lumière de ces finalités de l'Unesco pour les quatre prochaines années de la Chaire Unesco à l'USJ.

Le « Plan d'action de l'Unesco pour la décennie internationale de rapprochement des cultures » (2013-2022) constitue un document de travail de première importance, surtout lorsqu'un effort est déployé en vue de la complémentarité des actions à l'échelle internationale et avec la détermination des priorités de chaque pays.L'Assemblée générale des Nations unies avait adopté la résolution 67/104 intitulée : « Promotion du dialogue, de l'entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix », par laquelle elle a proclamé la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) et a invité l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture – Unesco à en être l'organisme chef de file. La décennie se propose « une démarche pour parvenir...
commentaires (2)

SI D'UN CÔTÉ TOUTES CES INITIATIVES TROUVERAIENT ÉCHO... DE L'AUTRE CÔTÉ ELLES BUTERAIENT SUR LE MUR DE L'OBSCURANTISME ET DU FANATISME INNÉS !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

12 h 03, le 13 mars 2015

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Commentaires (2)

  • SI D'UN CÔTÉ TOUTES CES INITIATIVES TROUVERAIENT ÉCHO... DE L'AUTRE CÔTÉ ELLES BUTERAIENT SUR LE MUR DE L'OBSCURANTISME ET DU FANATISME INNÉS !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 03, le 13 mars 2015

  • Athées de tous les pays, unissez-vous ! Et mêlez-vous, sec, aux querelles des sacristains. Comme à celles des dénommés religieux et qui sont, dans ce dialooogue interreligieux, assurément loin de l'être. Faut plutôt s'appliquer à lire leurs fatwas et encycliques pour percevoir la façon chafouine, ineptes et niaises, dont ils cheminent "intellectuellement?" jusqu'au moment où ils sortent de la manche de leurs "immaculées soutanes leurs fragmentationelles bombinettes. De quoi s’agit- il ? Du djihad et des croisades, ces thèèèmes saints", qu’ils qualifient de "plutôt marginaux" mais qui les ont "fasciné" et qui serviront de départ à leurs soi- disant "réflexions" ! Vient alors la citation d'une citation. Une si petite citation. Un byzantin, Manuel 2ème, aurait dit à 1 lettré Pers(c)é du 14ème dépassé de lui montrer donc ce que ce Mahomet de new a amené. Et qu’il n’y trouvera que des "choses mauvaises et inhumaines", comme celle de défendre par "l'épée la foi prêchée." ! On admettra qu'en ces temps difficiles ou, en effet, l'Islam fort secoué suscite de légitimes et inquiétantes "acnés", il est ; façon de parler ; inopportun notamment de la part d'un pontife poncif pareil de réduire "le message islam" à ces "kekchoses" comme celles-là ! I.e. d'effacer, "puuurement", ses indéniables apports et périodes au cours desquelles il a, comme d'autres "mouvements! spirituels" de la même "espèce" et poil, "fertilisé" - L'h u m a n i t é - et fini, malheureusement, par la "capoter" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 27, le 13 mars 2015

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