Mois de la guerre et du dieu de la guerre, mars est déjà là qui nous darde son soleil aveuglant après des semaines de calfeutrage. L'hiver, même s'il n'est pas amène pour les plus fragiles, est saison d'émotions. Il resserre les liens, réchauffe les cœurs, réveille la solidarité, l'instinct grégaire, le désir, le besoin de l'autre. Magie toujours renouvelée de la première neige et des longues nuits de solstice ; joie ineffable de rentrer chez soi et retrouver les siens, ridicule sentiment de sécurité et de gratitude pour ce toit, ce foyer, ce canapé, ce lit, qui en d'autres saisons semblent suinter l'ennui mais que l'hiver enchante. Fumet réconfortant du céleri de la soupe, des châtaignes qui mûrissent dans leur coque sur un feu qui meurt en brasillant, acres effluves des patates dont le cœur fond lentement tandis que la peau charbonne, mains qui se tendent, quémandant, sans réfléchir, la chaleur pour elle-même. Et puis ce silence occupé par le chuintement de la pluie, parfois interrompu par la fulgurance d'un orage qui emporte le courant et vous livre un instant à la crainte archaïque de l'obscurité. Rires et cris des enfants qui ont peur pour de faux et vous réclament des histoires, des enfants qui n'ont jamais autant aimé la compagnie des grands, autant écarquillé les yeux et ouvert les oreilles, jamais été aussi sages.
Premier rayon de soleil et ces amandiers toujours pressés de fleurir, premiers bourgeons des orangers qui embaument comme on sourit, et l'air qui s'embrume, lourd et humide, chargé de l'évaporation des neiges. On n'a pas vu venir. On aurait aimé que la transition fût plus douce, de la pénombre hivernale à cette lumière qui blesse les yeux, de la quiétude d'une saison de plus en plus rare et brève à l'incertitude d'un nouveau cycle. Pour l'heure, nous nous allégeons d'une couche. Nos fenêtres ouvertes invitent une clarté nouvelle avec laquelle s'engouffrent les bestioles du printemps et les moustiques affolés par les dernières averses. On ne verra pas encore de tapis sur les balustrades, mais les raclettes ont déjà fait un sort à la boue légère des balcons. Il y a dans l'air comme une agitation, une appréhension déguisée en impatience.
Dès le dégel, depuis le fond des temps, les hommes fourbissent leurs armes et enfilent leurs bottes. À quoi se préparent les hordes agglutinées à nos frontières, que feront-elles quand l'hiver en débâcle ira chanter dans les torrents et que les flancs du jurd se couvriront de pâquerettes ? Mars, les fleurs, la guerre, une trilogie immémoriale. Le progrès n'y change rien et la mondialisation comme l'abolition des frontières ne sont que littérature. La fonte des neiges déchaîne les envahisseurs. Étrange constance de la nature et des hommes.
Fifi ABOU DIB


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Image poétique pour un printemps maléfique et triste .
17 h 13, le 12 mars 2015