C’est à Adloun, dans une ancienne zone militaire, que l’armée a d’abord envisagé de disposer des matières radioactives, avant que le président de la Chambre, Nabih Berry, n’oppose un « non » catégorique à ce projet il y a quelques semaines. Mahmoud Zayat/AFP
Quand les autorités douanières ont saisi au port et à l'aéroport de Beyrouth des produits et ustensiles ménagers et industriels contenant des substances radioactives nocives, au mois de janvier, on pouvait croire qu'il ne s'agissait que d'un incident isolé. C'était se montrer trop optimiste. Le ministre de l'Environnement, Mohammad Machnouk, a confirmé hier les informations de presse selon lesquelles l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a récemment envoyé plusieurs rapports à Beyrouth sur le stockage des matières radioactives qui se trouvent au Liban.
« Les rapports ne sont guère une mise en garde contre la présence d'une quantité excessive de matières radioactives à Beyrouth, a toutefois indiqué le ministre à L'Orient-Le Jour, pour remettre l'affaire dans son contexte. Il s'agit plutôt de conseils ou de remarques concernant les manières de stocker ces matières-là, actuellement déposées dans un sous-sol du Centre national de la recherche scientifique. Cela n'est pas mauvais et se fait dans les normes, mais les rapports indiquent qu'il est nécessaire de disposer de ces déchets radioactifs d'une manière beaucoup plus moderne. N'exagérons pas les choses. »
Estimant à environ une tonne la quantité des déchets en question, « une quantité pas très importante, mais pas négligeable pour autant », M. Machnouk a assuré qu'il existe bien des mafias qui tentent de faire entrer ce genre de matières au Liban. « L'accord de Bâle stipule que ces produits radioactifs doivent être renvoyés au pays d'exportation et nous verrons si nous pouvons le faire, mais ce sera difficile puisque ces produits sont souvent trafiqués de manière illégale », a poursuivi le ministre.
Si un expert proche du dossier a indiqué à L'Orient-Le Jour, sous le couvert de l'anonymat, qu'il est impossible de renvoyer, voire de vendre, ces produits et que le Liban devra régler seul ce problème, M. Machnouk a assuré que sept sites ont été envisagés pour la construction de ce dépôt de déchets radioactifs. « La première option était à Adloun (Liban-Sud), mais elle a été refusée, a expliqué le ministre. Six autres sites sont envisagés pour le stockage de ces déchets. » Ils devront être stockés, selon l'expert anonyme en question, dans des blocs de béton cimentés loin des lieux à forte densité de population et où ces matières, dont les émissions radioactives peuvent durer jusqu'à 300 ans, ne doivent pas avoir d'impact néfaste sur l'environnement, à l'instar de ce qui se passe dans de nombreux pays du monde.
(Pour mémoire : Après les scandales alimentaires, des produits radioactifs dangereux à l'aéroport et au port de Beyrouth)
« L'armée s'en occupe, pas le gouvernement »
Interrogé sur une éventuelle discussion de ce dossier au sein du Conseil des ministres, Mohammad Machnouk a assuré que cela n'a jusque-là pas été envisagé et qu'il ne prendra personnellement pas l'initiative d'en parler lors de la prochaine réunion du cabinet. Il a toutefois affirmé qu'il serait prêt à discuter la question si jamais elle était soulevée par le cabinet.
De son côté, le ministre des Finances Ali Hassan Khalil, qui avait annoncé la saisie de produits radioactifs par le service des douanes en janvier dernier, a indiqué à L'Orient-Le Jour que « l'armée s'occupe du sujet, pas le Conseil des ministres ». « Cela n'a rien à voir avec la campagne dans le cadre de laquelle nous avions saisi des produits radioactifs au port et à l'aéroport », a-t-il souligné.
C'est effectivement une ancienne zone militaire à Adloun qui avait d'abord semblé l'endroit idéal pour stocker les déchets radioactifs, avant que le président de la Chambre, Nabih Berry, ne contacte le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, afin de couper court au projet pris en charge par le commandement de la troupe (Adloun est une localité de Zahrani, la circonscription dont M. Berry est l'un des députés). C'est d'ailleurs ce qu'a affirmé le président du conseil municipal du village de Adloun, Samih Wehbé, qui a souligné que l'affaire était close depuis plus de 20 jours et que la proposition de construire la structure de stockage à Adloun n'existe plus, faisant valoir que « la région est très habitée ».
En attendant de découvrir quels sont les six autres sites actuellement envisagés pour disposer des déchets radioactifs, à l'heure où l'on peine à trouver des emplacements convenables pour disposer des déchets domestiques, les autorités seraient, en outre, à la recherche de métaux radioactifs venus de Tchernobyl (Ukraine), le trop fameux site où une centrale nucléaire avait explosé en 1986. Ces matériaux seraient dissimulés en territoire libanais, à en croire des informations de presse rapportées hier, et que le ministre de l'Environnement, interrogé par L'Orient-Le Jour, n'a pas voulu confirmer ni infirmer.
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Bonjour, Il s'agit d'une photo tirée de nos archives représentant l'ancienne zone militaire de Adloun. Cordialement,
12 h 40, le 12 mars 2015