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À La Une - France

Parlementaires français en Syrie : Hollande et Valls laissent éclater leur colère

"La visite de cette délégation fera date en faveur de la cause syrienne même si cela arrive tard. Mais mieux vaut tard que jamais", se félicite la presse syrienne.

"Cette initiative, je la condamne". "Il s'agit d'une rencontre entre des parlementaires français qui n'ont été mandatés que par eux-mêmes, avec un dictateur qui est à l'origine d'une des plus graves guerres civiles de ces dernières années, qui a fait 200 000 morts. 200 000 !", a martelé jeudi le président français François Hollande. AFP PHOTO / Jay DIRECTO

Le président français, François Hollande, et son Premier ministre, Manuel Valls, sont montés au créneau jeudi pour pilonner la visite de quatre parlementaires français en Syrie où trois d'entre eux ont parlé avec Bachar el-Assad, "un dictateur" et un "boucher".

Les trois parlementaires de droite et du centre, en "mission personnelle" en Syrie depuis mardi en dépit de la rupture des relations diplomatiques depuis 2012 entre Paris et Damas, ont rencontré mercredi matin le président syrien. Le député de la majorité socialiste Gérard Bapt, qui a également fait le voyage à Damas, n'a quant à lui pas participé à la rencontre avec le président Assad. Après leur visite en Syrie, les parlementaires sont passés, quelques heures durant, à Beyrouth.

De Manille, où il effectue un voyage d'Etat, M. Hollande a proclamé avec solennité: "Cette initiative, je la condamne". "Il s'agit d'une rencontre entre des parlementaires français qui n'ont été mandatés que par eux-mêmes, avec un dictateur qui est à l'origine d'une des plus graves guerres civiles de ces dernières années, qui a fait 200 000 morts. 200 000 !"

Depuis le début de la guerre en Syrie, qui a fait plus de 210 000 morts en quatre ans, la France campe sur une ligne dure, exigeant le départ du président Bachar el-Assad et répétant qu'il ne peut faire partie d'une solution politique.

 

"Une faute morale"
Avant le président français, M. Valls avait eu aussi des mots durs contre l'équipée des deux sénateurs - l'UMP Jean-Pierre Vial, le centriste François Zocchetto - et deux députés - l'UMP Jacques Myard, le PS Gérard Bapt. Ces quatre parlementaires, tous membres des groupes parlementaires d'amitié franco-syrienne, ont commis une "faute" qui ne "les honore pas", a grondé sur BFMTV-RMC Manuel Valls, le visage fermé.
"Les parlementaires représentent la souveraineté nationale, ce qu'est ce pays", a dénoncé le chef du gouvernement. Qu'ils "aient ainsi, sans crier gare, rencontré un boucher", "je crois que c'est une faute morale".

"Boucher": le mot a aussi été employé sur RTL par Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS. "J'ai écrit à Gérard Bapt, je le convoquerai et je prendrai des sanctions".
Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a lui aussi condamné "fermement" cette visite, soulignant qu'elle "n'engage en rien l'Assemblée". Quant au président de l'UMP Nicolas Sarkozy, il a ironisé sur ces "quatre gugusses", assurant que lui-même n'y serait "pas allé" tout en n'envisageant pas de sanctions.

La délégation rentre en France jeudi après-midi. Tant Jacques Myard que Gérard Bapt ont assumé leur visite dans ce pays ravagé par la guerre civile.
Sur France Inter, M. Bapt a plaidé: cette "visite strictement privée" était un "déplacement exploratoire pour retrouver le chemin de la compréhension et de la paix". "Beaucoup de pays européens considèrent ce gouvernement comme fréquentable", a noté le député socialiste.

Même tonalité chez Jacques Myard sur Sud Radio: "Nous sommes venus ici pour écouter, voir et échanger". "Il y a eu hier soir la libération d'un opposant au régime syrien, j'analyse cela comme étant un geste". "Si on veut mettre un terme à la guerre civile, on parle avec des gens avec qui on n'est pas d'accord" et "Bachar el-Assad sera partie prenante du règlement de ce conflit", a-t-il insisté.

Pour M. Myard, le président syrien n'est certes "pas le poussin du jour, je vous accorde qu'il a du sang sur les mains", mais "il est une partie qui va intervenir dans le règlement politique de la guerre civile", a-t-il jugé sur la radio RTL.

Dans une interview à Ouest-France, le sénateur-maire de Laval François Zocchetto a de son côté estimé que la rupture avec Damas "a peut-être été justifiée à un moment donné", mais qu'avec le développement du terrorisme, "on ne peut pas rester sur le statu quo". "Cette posture met tout le monde dans une impasse", a-t-il ajouté.

 

"Mais mieux vaut tard que jamais"
Un participant français à la rencontre avec le président syrien a indiqué à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que "Bachar veut que la France ouvre son ambassade car des partenaires européens souhaitent ouvrir la leur".

Mercredi, l'ancien Premier ministre François Fillon avait assuré: "Ils ont eu raison d'y aller, il faut écouter toutes les parties", "si j'avais l'occasion d'aller en Syrie, j'irais sûrement en Syrie".
Sur France Inter, le vice-président du Front nationale, Florian Philippot, est allé beaucoup plus loin dans l'approbation, évoquant "une initiative qui me paraît saine, intelligente", a-t-il dit.
"J'aurais aimé que la diplomatie française officielle - si tant est qu'elle ne soit pas mêlée à cette affaire - ait cette initiative", a ajouté M. Philippot. Sur RFI, l'autre vice-président du FN, Louis Aliot, a soupiré: "Que n'aurait-on pas dit si un député FN avait fait la même chose!"

A Damas, la presse syrienne s'est félicitée de cette visite: "La visite de cette délégation fera date en faveur de la cause syrienne même si cela arrive tard. Mais mieux vaut tard que jamais".
"Cette délégation est un message invitant les gouvernements européens à adopter une politique plus courageuse en annonçant un changement de l'attitude envers notre pays et s'excuser de leur attitude envers le peuple syrien".

Des voix pour une reprise de contact avec Assad
Après quatre ans de guerre sanglante, l'échec des tentatives diplomatiques, et surtout l'irruption du groupe jihadiste Etat islamique (EI), les voix réclamant une reprise de contact avec le régime de Bachar se font de plus en plus insistantes, dans plusieurs pays occidentaux, effrayés par le nombre de leurs ressortissants partis grossir les rang de l'EI et susceptibles de revenir commettre des attentats sur leur propre sol.

"Nous avons malheureusement des voix en Europe qui émergent pour dire qu'après tout, Assad est un moindre mal", déplorait récemment l'universitaire et opposante Basma Kodmani, s'inquiétant que "le phénomène Daech (autre appellation de l'EI) éclipse tout le reste de la question syrienne".


En France, ces voix, d'abord limitées à des cercles prorusses ou des associations de soutien aux chrétiens d'Orient, se sont étendues aux milieux du renseignement, où la collaboration avec Damas en matière de lutte antiterroriste a connu des périodes fructueuses. "On ne peut pas travailler sur Daech et contre Daech sans passer par la Syrie, donc une nécessaire reprise de dialogue est obligatoire", a ainsi estimé mercredi sur BFMTV l'ancien patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini. "Beaucoup de services aimeraient retourner à Damas", reconnaissait récemment un diplomate européen, soulignant que Paris et Londres étaient, au sein de l'UE, dans une position encore "extrêmement crispée" vis-à-vis de toute reprise de contact, même minimale, avec Damas.
"L'idée qu'on pourrait trouver la paix en Syrie en faisant confiance à M. Bachar el-Assad et en pensant qu'il est l'avenir de son pays est une idée que je crois fausse", avait réitéré le 15 février le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

 

La polémique autour des quatre parlementaires en rappelle une autre, suscitée par le déplacement en Irak, en février 2005, du député UMP Didier Julia alors que la journaliste Florence Aubenas était retenue en otage dans ce pays. Quelques mois plus tôt, ledit Julia avait déjà affirmé avoir envoyé une équipe en Irak pour tenter de faire libérer deux autres journalistes français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ce dernier, à sa libération, avait qualifié M. Julia de "mythomane".

 

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Le président français, François Hollande, et son Premier ministre, Manuel Valls, sont montés au créneau jeudi pour pilonner la visite de quatre parlementaires français en Syrie où trois d'entre eux ont parlé avec Bachar el-Assad, "un dictateur" et un "boucher".Les trois parlementaires de droite et du centre, en "mission personnelle" en Syrie depuis mardi en dépit de la rupture des...

commentaires (9)

comme on dit chez nous heydeh feteycheh !! assez de spéculations, les jours qui suivront nous montrerons ce que ce step a voulu dire... Surtout que je suis prets a croire qu'il y a des pays occidentaux qui veulent revenir en syrie pas pour soutenir qui que se soit mais par interet, et ils veulent se convaincre que c'est la solution quand on voit ce qui se passe au MO sauf qu'il retombe encore exactement comme il y a 40 ans avec assad pere, et il y a d'autre pays occidentaux qui ne tomberons pas 2 fois dans le meme panneau !!

Bery tus

19 h 26, le 26 février 2015

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Commentaires (9)

  • comme on dit chez nous heydeh feteycheh !! assez de spéculations, les jours qui suivront nous montrerons ce que ce step a voulu dire... Surtout que je suis prets a croire qu'il y a des pays occidentaux qui veulent revenir en syrie pas pour soutenir qui que se soit mais par interet, et ils veulent se convaincre que c'est la solution quand on voit ce qui se passe au MO sauf qu'il retombe encore exactement comme il y a 40 ans avec assad pere, et il y a d'autre pays occidentaux qui ne tomberons pas 2 fois dans le meme panneau !!

    Bery tus

    19 h 26, le 26 février 2015

  • La France est une démocratie. Les députés sont libres, ils ne prennent la permission de quiconque pour effectuer des missions en France ou hors de France. Hollande et Valls peuvent dire ce qu'ils veulent. Rappelons-nous de la phrase de Churchill : Je suis prêt à collaborer avec le démon pour le salut et l'intérêt de la Patrie.

    Honneur et Patrie

    18 h 22, le 26 février 2015

  • comme quoi la France , sous le joug d'une nomenklatura entièrement socialiste...n'est pas vraiment un pays de liberté ....

    M.V.

    17 h 49, le 26 février 2015

  • Qu'il soit boucher halal ou pas !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 44, le 26 février 2015

  • Bravo Valls.... Nicolas !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 53, le 26 février 2015

  • Il y a tellement de bouchers toutes catégories en Syrie ...ces temps ci ..qu'il vaut mieux ouvrir un dialogue avec celui qui est légal....

    M.V.

    14 h 45, le 26 février 2015

  • ET D'UN ! VOILÀ POUR CEUX QUI RÊVENT... ET VEULENT Y DONNER DES EXPLICATIONS BURLESQUES... À TOUS LES DESPOTES LA MÊME FIN !

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    13 h 48, le 26 février 2015

  • Impardonnable et immoral. Ce tyran tire les ficelles et des parlementaires français lui rendent visite. Pauvre France. De Gaulle, ou-es tu ?

    Tabet Karim

    13 h 08, le 26 février 2015

  • J'espere que Mr. Myard...a tenu ces propos a Assad.....qu'il n'est pas le poussin du jour..et qu'il a du sang sur les mains....qu'est ce qu'il ne faut pas faire pour sortir du lot....maintenant les medias francais vont parler d'eux...et voila le but...se prostituer pour etre connu...en plus le socialiste est reste dans l'anti chambre probablement pour attenuer les sanctions..bande de cretin...

    Houri Ziad

    12 h 56, le 26 février 2015

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