Des rafales de tirs d’armes automatiques résonnent encore au loin de Debaltseve et des roquettes Grad sont tirées à partir de positions rebelles. Andrey Borodulin / AFP
Le long convoi qui serpentait depuis des heures dans la campagne ukrainienne a dû s'arrêter à cinq kilomètres de la ville. Malgré l'escorte de rebelles armés, les policiers, médecins et infirmiers mobilisés pour les habitants de Debaltseve n'iront pas plus loin. « Trop dangereux », tonne un commandant.
Debaltseve est restée coupée du monde hier, au lendemain du retrait des troupes ukrainiennes de ce nœud ferroviaire stratégique de l'Est, mutilée par des semaines de combats acharnés. Et les équipes de Médecins sans frontières (MSF), comme plusieurs groupes de journalistes, n'ont pas pu s'y rendre. « Il y a encore des combats. Il y a eu des tirs, c'est risqué, alors le convoi s'arrête là », explique dans les ruines de Vougleguirsk le commandant rebelle de la zone, Alexandre Afendikov, nommé la veille maire de Debaltseve par le dirigeant séparatiste Alexandre Zakhartchenko. « Il y a encore des soldats ukrainiens à Debaltseve. On fouille la ville immeuble par immeuble. Ils sont cachés, certains sont dans la forêt, dans les bois, on ne sait pas ce qu'ils vont faire », ajoute cet homme massif que ses soldats lourdement armés appellent « Le Grec » en raison de ses origines. Selon lui, dans Debaltseve, des hommes de la garde nationale ukrainienne et du mouvement radical paramilitaire Pravy Sektor refusent encore de se rendre.
Des rafales de tirs d'armes automatiques résonnent au loin. On entend aussi le départ de roquettes Grad, tirées à partir de positions rebelles. Sur la route qui mène de Vougleguirsk à Debaltseve, debout devant un canon et sa caisse d'obus, le commandant Sergueï assure que des « groupes d'Ukrainiens » sont « infiltrés » dans la campagne et qu'ils « tirent ». C'est aussi la raison donnée aux journalistes empêchés d'entrer dans la ville.
Par crainte de faire face à ces « infiltrés », le convoi de policiers et médecins qui devait se rendre à Debaltseve a dû s'arrêter plusieurs minutes en rase campagne dans la matinée, bien avant son arrêt définitif. En cause : la présence d'hommes armés dans les bois. Mais les rebelles armés du convoi, qui ont traqué ces hommes, tombent sur trois autres combattants séparatistes.
À cinq kilomètres de là, devant son 4x4 noir, le nouveau « maire » de Debaltseve espère que le calme reviendra aujourd'hui et qu'il pourra retourner dans la ville « pour la reconstruire ». Pour la suite, il n'est pas inquiet : « Nous sommes russes, Dieu est avec nous et nous allons gagner la guerre », dit-il avec un sourire carnassier.
Stéphane JOURDAIN / AFP


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