Longtemps le Belarus a été considéré comme la « dernière dictature d'Europe ». Puis éclata la guerre en Ukraine. Et le Belarus de l'autoritaire président Alexandre Loukachenko, en quête de respectabilité, est devenu le centre inattendu de la diplomatie de l'ombre et des négociations de paix.
En septembre, la capitale biélorusse était devenue le théâtre des premières initiatives de paix sur l'Ukraine avec la conclusion d'un cessez-le-feu. Mais l'accord de paix, quasi mort-né, n'avait pas permis la fin des violences. Depuis, plusieurs cycles de négociations, notamment un dernier hier, entre émissaires russes, ukrainiens et séparatistes prorusses, encadrés par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), s'étaient déroulés dans la capitale biélorusse. Mais en accueillant aujourd'hui un sommet réunissant Vladimir Poutine, Petro Porochenko, François Hollande et Angela Merkel pour mettre fin à dix mois d'un conflit qui a fait plus de 5 500 morts et provoqué la pire crise diplomatique entre la Russie et les Occidentaux depuis la chute de l'URSS en 1991, Minsk vit une situation inédite. « Minsk est devenue la capitale de la paix », résume l'analyste politique russe Konstantine Kalatchev, soulignant le paradoxe d'un Loukachenko participant à la « stabilité » de l'Europe.
Minsk, nouveau Yalta ?
Les dirigeants européens comprennent que le sommet de Minsk « est peut-être la dernière chance de trouver un accord sur la paix » en Ukraine, estime l'analyste politique biélorusse Andreï Fiodorov.
Pour se rappeler quand pour la dernière fois des chefs d'État ou de gouvernement européens sont venus à Minsk, il faut interroger l'historien biélorusse Igor Kouznetsov. Le dernier dirigeant allemand à se rendre au Belarus était Adolf Hitler, « il y a 76 ans », alors que le dernier président français à visiter le Belarus était Georges Pompidou qui y est venu en 1973 pour des pourparlers avec le secrétaire général du Parti communiste soviétique Leonid Brejnev. La raison ? L'isolement du Belarus ces 20 dernières années. Élu président en 1994, Alexandre Loukachenko avait vu ses pouvoirs élargis par un référendum en 1995. Dans la foulée, les Européens avaient commencé à le bouder. Et le Belarus s'était vu retirer son statut d'invité spécial au Conseil de l'Europe. Aujourd'hui, François Hollande et Angela Merkel « seront obligés de rencontrer le président Alexandre Loukachenko, ce qui sera sans doute utilisé par les médias d'État biélorusse pour améliorer son image devant la population », estime l'analyste politique biélorusse Andreï Fiodorov.
Tatiana KALINOVSKAIA et Maria PANINA / AFP


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