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Moyen Orient et Monde - Commentaire

Pourquoi « American Sniper » est un film fondamentalement politique

Mark Ralston/AFP

Dès sa sortie en salle, le dernier film de Clint Eastwood, American Sniper, a fait un carton au box-office américain et vient juste d'être délogé, logiquement, par... Bob l'éponge. Racontant l'histoire de Chris Kyle, un militaire américain envoyé à quatre reprises en Irak entre 2003 et 2009 et présenté comme le sniper le plus efficace de l'histoire, le film aborde, avec un fort accent patriotique, les questions du traumatisme de la guerre et de la légitimation de la violence pour lutter contre le terrorisme. Si les critiques cinéma n'ont pas tardé à se moquer de certaines scènes, particulièrement celle du bébé en plastique, et si le film a déclenché une série de débats sur le caractère héroïque ou non du tueur, il n'empêche que l'essentiel est ailleurs.

Fondamentalement politique, ce film livre une énième version du point de vue des conservateurs américains sur la guerre en Irak sans remettre une seule seconde en question son intérêt et sans s'interroger non plus sur ses multiples conséquences. La rhétorique est alarmante d'actualité : le héros justifie l'intervention américaine par la nécessité de protéger son pays contre le terrorisme. Opposant ainsi, sans aucune subtilité, la violence légitime exercée par une armée institutionnalisée, et la violence illégitime et qualifiée comme barbare des milices s'en prenant à l'armée US. Comme si elles ne s'alimentaient pas l'une l'autre, comme si le traumatisme de la guerre était exclusif à l'armée américaine et ne concernait aucunement les populations locales. Ce n'est pourtant pas faute de montrer la réalité du chaos irakien, la peur des populations, et la confusion qui s'installe dans cette période de crise entre les logiques de résistance nationale et les discours terroristes sous couvert d'obligation religieuse. Mais l'œuvre de Clint Eastwood ne cherche à aucun moment à creuser la question, à tenter de comprendre, dans de telles circonstances, les origines de la radicalisation d'un père de famille ou d'un enfant de moins de 10 ans, et se contente de les présenter comme des terroristes et de justifier leurs comportements par des présupposés tout simplement racistes.

 

 

Si le film a tout de même un mérite historique, c'est qu'il s'attarde particulièrement sur la montée en puissance de la branche d'el-Qaëda en Irak, ancêtre de l'État islamique, dirigé à l'époque par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui. N'hésitant pas à montrer des scènes particulièrement violentes, qui n'ont rien à envier aux vidéos actuellement diffusées par l'EI, il rappelle que les exactions commises par ce groupe ne datent pas d'hier et que l'impression de nouveauté qu'elles dégagent résulte surtout d'une visibilité accrue par le développement du web. Le film montre le mélange de peur et de soutien des populations locales envers ces groupes et, en ce sens, il est percutant d'actualité. Car aujourd'hui, en Syrie comme en Irak, c'est bien la situation de chaos ambiant résultant simultanément et principalement de la répression du régime Assad et de l'intervention américaine en Irak, sans compter les multiples conséquences de ces deux causes originelles, qui fait de cette zone le plus grand foyer jihadiste au monde et, de ce fait, une menace pour les pays occidentaux.

Ce sont bien les erreurs politiques commises au cours des quinze dernières années qui expliquent en grande partie l'appui d'une partie de la population sunnite locale à l'EI. Un appui sans lequel l'EI, contrôlant un territoire de plusieurs millions de personnes (1,5 million rien qu'à Mossoul), ne semble avoir aucune chance de survie. Autrement dit, c'est bien en partie l'intervention américaine, pourtant glorifiée dans le film, qui explique le déferlement de violence dans toute la région, qu'à défaut d'essayer de comprendre, pour mieux la contenir, les États-Unis alimentent en reproduisant exactement les mêmes erreurs. Comme s'ils ne se rendaient pas compte que, malgré les apparences, les films diffusés par l'État islamique, eux, sont bien réels.


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Fondamentalement politique, ce film livre une énième...
commentaires (5)

Sans oublier bien sûr : Un Frisson dans la Nuit, L'homme des Hautes Plaines, Bronco Billy, Le Maître de Guerre, J. Edgar etc.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

18 h 59, le 10 février 2015

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Commentaires (5)

  • Sans oublier bien sûr : Un Frisson dans la Nuit, L'homme des Hautes Plaines, Bronco Billy, Le Maître de Guerre, J. Edgar etc.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    18 h 59, le 10 février 2015

  • L'AMERICANO... L'AMERICANO... L'AMERICANO...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 11, le 10 février 2015

  • CORRECTION ! MERCI : ".... que cet "imbécile heureux" (Républicain) de Clint...."

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 18, le 09 février 2015

  • C'est un film lineaire, banal dans sa construction, fait exactement pour plaire a l'Americana inculte politiquement qui excuse tout par un patriotisme stupide et beat. Ce film ne pose aucune question quant au pourquoi de tout cela. C'est etonnant qu'un democrate aussi intelligent que Clint Eastwood commette cette betise.

    Gerard Avedissian

    13 h 34, le 09 février 2015

  • Bizarre ! Vous avez dit bizarre ? Et dire que cet "imbécile heureux" de Clint, est surtout celui qui a crée des films aussi intelligents que : Invictus, Grand Torino, Million Dollar Baby, l’Echange, Mystic river, Lettres d’Iwo Jima, Impitoyable, Sur la Route de Madison, Flags of our Fathers, Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal, True Crime, Absolute Power, Piano Blues, Bird, Chasseur Blanc, Cœur Noir etc. !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 09, le 09 février 2015

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