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Nos lecteurs ont la parole - Jana Aouad

« Mawtini », martyr vivant...

Aux portes de 2015, l'ange de la mort semble très occupé au Moyen-Orient. De la Palestine, passant par la Syrie et se faufilant dans les rues libanaises, la mort est insatiable, violente, illogique parfois et même platonique. Oui, c'est l'amour qui est dit platonique quand c'est sans relation charnelle. Ô mort platonique, mort des idées, mort des principes, mort de la sensibilité... Tu es tellement dure, tellement masquée ! Dans cet hiver, tu regardes les morts-vivants errer dans les rues à la recherche d'un printemps arabe qui semble bourgeonner, malheureusement, dans un désert fourré de mirages.
Mon Liban, l'ange de la mort trouve refuge sur ton paradis terrestre et pourtant tu es loin d'être une terre maudite. Tu es la terre du temple de Baalbeck, des forêts du Chouf, des chutes de Jezzine, des vallées de Tannourine, de la neige de Faraya, de la grotte de Jeïta... Tu es la knéfé de Tripoli, la lahmé b aajin de Nabatiyeh, les raisins de Kefraya, la man'ouché, la taboulé, la labné en boules et la confiture de figues et de noix. Que vaut Joumeirah devant ta corniche, que vaut New York devant la chaleur de ta Hamra et que vaut le foie gras devant ta assbé ou ton chawarma ?
Hélas, tu es une oasis que tout le monde prend pour un miroir aux alouettes. Tu es un martyr vivant que nous ramassons à la petite cuillère, qui perd ses organes petit à petit silencieusement. La mort de Mansour t'a fait mal, non ? Ainsi que celle de Wadih, de Sabah et de Saïd. La mort d'Yves t'a brisé le cœur, ainsi que celle d'Éliane et de chaque femme battue à mort. Tes «médecins», trop occupés pour te soigner, s'acharnent sur les morceaux de galettes des rois arabes ou d'autres et marchent pour les anges de Charlie au lieu de chasser les démons du Moyen-Orient. Ton peuple cherche les différences et jamais les ressemblances, en oubliant qu'il faut créer l'espoir et non pas l'attendre.
Et toi, tu écoutes avec émerveillement Hiba Tawaji, ça te fait plaisir d'entendre la langue libanaise chantée ailleurs, cette langue que tu n'entends presque plus sur ta propre terre... Tu défends, à la papa, Saly Greige qui ne t'a causé aucun mal, qui affiche fièrement ton nom sur sa poitrine mieux que les plus grands politiciens, si seulement tu pouvais dire c'est quoi la vraie trahison pour toi. Et même, tu t'en fous de Mia Khalifé qui prône la pénétration au lieu de la décapitation...
Watani, tu m'as bercée pendant beaucoup d'années, tu as étreint ma famille, tu m'as offert des amis. Et qu'est-ce que je t'ai offert en retour ? Un article que je t'écris avec une main de Midas, une main qui change en or ce qu'elle écrit mais qui est superficielle, matérielle et égoïste. Il y a des jours avec et des jours sans, et lorsque les choses vont mal, lorsque la mort est tout ce que nous vivons, je te maudis, je pense à te quitter mais une chose m'arrête, mes parents, qui, malgré les longues guerres, restent attachés à toi. C'est quoi ton secret ?
Mawtini, tu es à la fois mon ennemi et mon ami. Je te demande pardon pour réagir et non pas agir.

Aux portes de 2015, l'ange de la mort semble très occupé au Moyen-Orient. De la Palestine, passant par la Syrie et se faufilant dans les rues libanaises, la mort est insatiable, violente, illogique parfois et même platonique. Oui, c'est l'amour qui est dit platonique quand c'est sans relation charnelle. Ô mort platonique, mort des idées, mort des principes, mort de la sensibilité... Tu es tellement dure, tellement masquée ! Dans cet hiver, tu regardes les morts-vivants errer dans les rues à la recherche d'un printemps arabe qui semble bourgeonner, malheureusement, dans un désert fourré de mirages.Mon Liban, l'ange de la mort trouve refuge sur ton paradis terrestre et pourtant tu es loin d'être une terre maudite. Tu es la terre du temple de Baalbeck, des forêts du Chouf, des chutes de Jezzine, des vallées de Tannourine, de la...
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