Une image tirée du recueil de Charles Lallemand.
Prêtés par la photothèque de la Bibliothèque orientale de l'USJ, une trentaine de «Portraits d'Orient», réalisés au tout début du siècle dernier par des missionnaires jésuites lors de leurs séjours au Liban, en Syrie, en Turquie et en Arménie, déclinent un large panel de figures types proche-orientales de l'époque. Du petit bourgeois à tarbouche des villes côtières libanaises aux Bédouins de la steppe syrienne, en passant les paysans et les membres du clergé du Mont-Liban, les petits écoliers arméniens ou encore les Tcherkesses (cavalier et jeune femme) des contrées d'Asie Mineur... Tout un ensemble de personnages, ceinturant les cimaises de la première salle de la galerie 169, qui semblent darder sur le visiteur leurs regards droits, francs et directs.
C'est d'ailleurs le naturel des expressions et attitudes des sujets face à l'objectif qui constitue le point fort de cet accrochage tiré du passé. À une époque – le tout début des années 1900 – où la photographie au Levant était encore majoritairement l'œuvre de professionnels européens qui faisaient poser leurs sujets au sein de décors fictifs en studio, ces portraits pris dans l'environnement naturel des personnes représentées par des photographes-missionnaires plus proches des «gens du pays», qui connaissent leurs langues, leurs coutumes, traditions et modes de vie, ont une réelle valeur documentaire. Il est juste regrettable que la majorité de ces clichés ne soit pas accompagnée de dates précises. Et d'un peu plus d'informations.
Modes vestimentaires au XIXe
La seconde partie de l'accrochage, présentée dans une sorte d'alcôve latérale, décline, elle, 20 planches photos, des épreuves sur papier albuminé, colorisées à la main et contrecollées sur carton, portraiturant des femmes, des hommes, des émirs, des membres de la cavalerie, des prélats posant chacun dans la tenue adéquate à sa position sociale...
Cet ensemble de planches est, en fait, tiré d'un recueil datant de 1864-1865 (également conservé par la photothèque de la Bibliothèque orientale) cosigné par le photographe Ludovico Wolfgang Hartle et le journaliste Charles Lallemand. Un duo qui s'était lancé en 1860 dans un vaste projet de publication d'albums intitulés La galerie universelle des peuples visant à reproduire, grâce à la photographie, les costumes nationaux voués à disparaître. Projet ambitieux qui se serait en réalité limité à ce recueil. Lequel recense donc les modes vestimentaires dans la (Grande) Syrie, en immortalisant les habitants des trois grands centres de tissage de la région à l'époque. À savoir: les villages, maronite, de Zouk Mikaël et, druze, de Choueifat, situés l'un au nord, l'autre au sud de Beyrouth, ainsi que la ville de Damas, elle aussi renommée pour la variété de ses textiles.
Une série à la délicatesse de miniatures, offrant un certain intérêt documentaire nimbé de pittoresque. Jusqu'au 18 février.
Lire aussi
Nostalgie libanaise et réalisme italien
De chair et de pierre à la galerie Station
La Méditerranée immémoriale de Mimmo Jodice...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine