Beyrouth, place des Martyrs.
Rendu à sa plus simple expression, l'acte photographique repose sur la prise de vue. Une exposition serait donc l'occasion d'admirer de multiples prises de vue ou une seule, prenant diverses formes. Mais au-delà de cette perspective visuelle à laquelle on peut accéder via les réseaux sociaux, Instagram en particulier ? Le propre d'une photographie, outre d'enregistrer le visible, c'est de donner, de communiquer un certain « mood », diront certains. Lorsqu'une photographie réussit à créer son propre discours, l'on peut alors dire qu'elle y a réussit. Dans le cadre de ce festival, gros plan sur deux expositions donnant à voir un kaléidoscope de possibilités et transmettant divers « mood », justement.
D'un côté, les « photographies jaunies » du ministère du Tourisme. Lorsqu'on dit « tourisme », on dit automatiquement promotion du pays. Par le beau, par le spécial, par le précieux, par le différent. C'est ce genre de photos que l'on pourra voir, découvrir ou redécouvrir au Roof Top de l'hôtel Le Gray. Disposées en cercle, le visiteur fait le tour pour les appréhender. Une fois, à la va-vite. Puis une deuxième et une troisième fois, pour s'attarder devant chaque cliché (au sens propre comme au figuré). Et lire le texte/apologie de Beyrouth de la directrice générale du ministère du Tourisme, Nada Sardouk, pour laquelle Beyrouth se distinguait des autres villes par son âme. Les allées bondées de Souk Ayyass, les naïades au yacht-club du St-George, des enseignes et des bus à la place des Martyrs, un plongeon dans la piscine de la Cité sportive, un mannequin enroulé d'une étoffe artisanale à même la peau posant entre les ruines de Baalbeck...
« À travers les rues, les places et les parcs, ses habitants mêlant rires, larmes et sourires avec grâce l'ont rendue attachante et accessible à tous. Cet esprit est resté tout au long des années et a défié le temps. Tant pour les affaires ou pour le plaisir, la beauté et l'abondance étaient au rendez-vous. La ville de Beyrouth a été reconstruite jour après jour grâce au génie de ses citoyens et elle ne pourra jamais être totalement démolie. Le ministère du Tourisme a souhaité partager et revisiter toutes ces émotions avec ceux qui ont connu Beyrouth pendant ces années dorées ou qui en avaient simplement entendu parler. Une ville pour tous les goûts, un rêve devenu réalité en un seul lieu : Beyrouth. » Cette exposition « Beyrouth en mouvement », conçue à partir des archives de la photothèque du ministère du Tourisme, est un hommage « à la mémoire collective de cette ville qui ne cesse d'intriguer et de fasciner ». De Beyrouth fantasmée ? Utopique? Jusqu'au 16 février.
Du beau et du vrai
D'un autre côté, le pictorialisme (qui pourrait être compris comme la tentative de donner à la photo des lettres de noblesse artistique) à la manière des photographes italiens contemporains exposés à la Beige Gallery dans les souks des Joailliers, au centre-ville.
Ici, l'apologie du beau est visible à l'œil nu. Un esthétisme triomphant dans les photos et dans les vidéos présentées ici. Dans « Songes et visions », trois femmes photographes, Silvia Camporesi, Simona Ghizzoni et Beatrice Pediconi, explorent les domaines de l'onirique et du poétique. Camporesi retransmet sa vision du monde à travers des œuvres légères et colorées. L'objectif de Ghizzoni suit la trace d'une femme à la présence légère et éphémère. Quant à Pediconi, elle expose une série de miniatures imaginaires et imaginées.
Les photographes Fabrizio Bellomo et Massimo Siragusa font « La scène du quotidien ». Et emmènent le visiteur dans les grandes places célèbres d'Italie, architectures grandioses, amphithéâtres romains et centres commerciaux colorés.
Tantôt conteurs visuels, tantôt paysagistes, ces artistes au perfectionnisme technique brossent un beau portrait de la photographie italienne contemporaine. Jusqu'au 11 février.
Lire aussi
De chair et de pierre à la galerie Station
La Méditerranée immémoriale de Mimmo Jodice...
D'un côté, les « photographies jaunies » du ministère du Tourisme. Lorsqu'on dit « tourisme », on dit...

