La Banque centrale turque a procédé hier pour la première fois depuis six mois à une légère réduction de son principal taux directeur sous la pression du président Recep Tayyip Erdogan, qui réclamait une forte baisse pour protéger la croissance.
Lors de la réunion mensuelle de son comité de politique monétaire, l'institution a annoncé une baisse d'un demi-point de son taux hebdomadaire, de 8,25 à 7,75 %, mais a laissé tous ses autres taux inchangés.
« La politique monétaire stricte et les mesures de précaution prises continuent d'avoir un impact favorable sur l'inflation (...) à la lumière de ces développements positifs, le comité a décidé une baisse mesurée de son taux hebdomadaire », a-t-elle justifié.
Fin janvier, la Banque centrale avait ordonné une hausse drastique de ses taux contre l'avis du gouvernement afin d'enrayer la dégringolade de la livre turque et la dégradation des déficits publics, alimentées par la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine (Fed) et les fortes tensions politiques dans le pays.
Le président Erdogan n'a depuis de cesse qu'il ne réclame leur baisse de ces taux afin de protéger la croissance fragile du pays.
L'institution financière s'était jusque-là refusée à satisfaire ses exigences, arguant de la dégradation inquiétante de l'inflation.
Un peu de lest
« Une politique monétaire stricte sera maintenue (...) jusqu'à une amélioration significative des perspectives d'inflation », a répété la banque hier.
En principe indépendante, l'institution a toutefois lâché un peu de lest devant l'insistance du gouvernement islamo-conservateur.
La décision prudente de la Banque centrale a été sévèrement critiquée par le ministre de l'Économie. « La réponse satisfait les exigences des marchés, mais pour moi, ce n'est pas assez », a grondé Nihat Zeybekci devant la presse.
Ces critiques, avec celles d'autres proches du pouvoir, ont provoqué une baisse remarquée de la livre turque (LT). Elle s'échangeait en fin de journée à près de 2,35 LT pour un dollar, non loin de son plancher historique de 2,36 LT atteint le 16 décembre sur fond d'effondrement du rouble, et à plus de 2,71 LT pour un euro.
Après des taux de plus de 8 % en 2010 et 2011, la croissance de l'économie turque a nettement ralenti, victime de la crise de la zone euro, son principal marché à l'exportation, puis des guerres à sa frontière en Irak et en Syrie.
(Source : AFP)


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