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Moyen Orient et Monde - Religion

« Si nous n’apprenons pas à pleurer, nous ne pouvons pas être de bons chrétiens »

À Manille, devant six millions de fidèles, François a exhorté les Philippins à être des « missionnaires » dans toute l'Asie.

Le pape François accueilli avec effervescence à Manille. Erik De Castro/Reuters

Le pape François a célébré la messe hier à Manille devant une foule record de six millions de Philippins enthousiastes, qui se sont reconnus dans son exaltation d'une foi populaire et ses dénonciations de la corruption et de la pauvreté.
Au quatrième jour de sa visite dans ce bastion catholique d'Asie, des millions de fidèles avaient afflué très tôt de toute l'agglomération de Manille et certains, de régions reculées, pour assister à la messe au parc Rizal, en bord de mer. Pour se prévenir de l'arrivée d'une tempête tropicale, provoquant de fortes pluies, fidèles, prêtres, sœurs et quelque 40 000 policiers s'étaient enveloppés de ponchos de plastique colorés pour écouter le pape argentin. Pour sa part, Jorge Bergoglio a fait son entrée en papamobile jeepney. Il a été follement acclamé par la foule très pieuse, chez qui trouve une résonance toute particulière la dénonciation par le pape du dévoiement des richesses, des inégalités sociales et des catastrophes climatiques. Certains brandissaient des statuettes de la Vierge ou du Nino (« petit Jésus ») à bout de bras. Le pape François, dont les prières étaient prononcées en anglais et en tagalog, a exhorté les Philippins à être des « missionnaires » dans toute l'Asie. « C'est un don de Dieu, une bénédiction ! Mais c'est aussi une vocation ! »

Prêt à tomber malade pour lui

Le cardinal de Manille, Luis Antonio Tagle, lui a répondu : « Oui, s'il vous plaît, envoyez-nous ! Tous les Philippins voudraient partir demain avec vous, mais pas pour Rome ! Pour aller dans les périphéries, les bidonvilles, les prisons, les hôpitaux, le monde de la politique, des finances, des arts, des sciences, de la culture, de l'éducation et des communications », a ajouté le charismatique archevêque, étoile montante du christianisme asiatique. « Nous sommes dévoués au pape », a expliqué de son côté Bernie Nacario, venu avec sa femme et ses deux enfants. « Le pape est l'instrument du Seigneur et si l'on peut communiquer avec lui, c'est comme parler à Dieu lui-même ! » a-t-il ajouté. « Je suis prêt à être trempé pour François, à tomber malade pour lui. J'espère que ma foi va être renforcée après son message aux familles philippines », a témoigné de son côté May Dupaya. Mafe Vival, qui était à la messe de Jean-Paul II en 1995, au même endroit, estime qu'aujourd'hui, « les Philippins sont plus religieux maintenant » et qu'« il y a une ferveur plus grande ». Ce pape « nous touche au cœur. Dans ces moments on ne sent plus la faim », a ajouté Mafe Vival. Alors qu'il quittait le parc en papamobile, ayant endossé lui aussi un poncho de plastique, la foule scandait « Mabuhay, pape François ».

« Pleurer » pour les enfants des rues

Auparavant, dans une description très critique de la société, François a estimé que « l'homme a défiguré la beauté de la nature, le beau jardin dont il nous avait demandé de prendre soin. Il a aussi détruit l'unité et la beauté de notre famille humaine, en créant des structures sociales qui entretiennent la pauvreté, l'ignorance et la corruption », a-t-il ajouté, dénonçant « la grande menace au plan de Dieu » qui vient « du mensonge dont le père est le démon ». Celui-ci « cache souvent ses pièges derrière les apparences de la sophistication, l'attrait d'être moderne comme tout le monde. Il nous distrait par l'illusion des plaisirs éphémères, des passe-temps superficiels. Et alors nous gaspillons les dons de Dieu en employant des gadgets », a-t-il prévenu. « Nous devons regarder chaque enfant comme un don devant être accueilli, chéri et protégé. Et nous devons prendre soin de notre jeunesse, en ne permettant pas que lui soit volée l'espérance, et qu'elle soit condamnée à vivre dans la rue », a-t-il martelé.

Lors de son séjour entamé jeudi et qui s'achève ce matin, il a conquis les cœurs des Philippins en dénonçant les inégalités criantes et la corruption, et en rendant visite samedi aux victimes du cyclone de Tacloban. Dans la matinée, devant 30 000 jeunes, François avait appelé à la « compassion » pour la souffrance des enfants des rues victimes de la prostitution et de la drogue. Glyzelle Aries Palomar, 12 ans, secourue par une association, avait éclaté en larmes quand elle avait demandé au pape pourquoi il y avait « si peu de gens qui aident ces enfants qui vivent des choses terribles comme la drogue et la prostitution ? Pourquoi Dieu permet-il ces choses, quand les enfants n'ont commis aucune faute ? » avait-elle lancé. Lui caressant la tête, ainsi qu'à un autre adolescent venu de la rue, le pape avait appelé le monde à « pleurer pour les enfants qui se droguent, qui endurent la prostitution. Si nous n'apprenons pas à pleurer, nous ne pouvons pas être de bons chrétiens », avait-il martelé, dans un des moments les plus forts du voyage.

 

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