L’édito de Michel TOUMA

Pour un « après- 7 janvier » d’une autre nature

Michel TOUMA | OLJ
13/01/2015

Le Premier ministre français Manuel Valls l'a clairement souligné, fort à propos : « Il y aura un avant et un après-7 janvier 2015. »
En France, et en Occident en général, ce tournant s'est d'ores et déjà manifesté dans la rue. Le slogan « Je suis Charlie » qui a mobilisé des millions de personnes pendant plusieurs jours sur les places publiques des différentes villes et communes de France, ainsi qu'en Europe et dans les grandes agglomérations aux États-Unis, au Canada, en Australie et ailleurs, n'est pas une simple réaction épidermique à un crime barbare. Ce slogan et cette mobilisation populaire illustrent plutôt un fait fondamental : l'opinion publique française et occidentale a, enfin, pris conscience du fait que ce sont les valeurs humanistes – républicaines – auxquelles elle reste foncièrement attachée qui sont réellement menacées dans leur essence.
Le danger n'est plus une vue de l'esprit, une spéculation d'analyste politique. Il est désormais bien réel, il a pris d'assaut la scène française, au cœur de Paris. Car les auteurs du carnage qui a visé Charlie Hebdo avaient pour objectif idéologique, à n'en point douter, de distiller la peur dans les esprits, de saper à la base les valeurs occidentales, de tenter d'ébranler le mode de pensée fondé sur la liberté d'expression et la tolérance. Et c'est vraisemblablement parce qu'ils ont réalisé, peut-être pour la première fois, que leurs valeurs sont véritablement menacées que les Français sont descendus massivement dans la rue dans une mobilisation historique qui n'a, semble-t-il, pas de précédent en France, du moins depuis la Libération. Ce à quoi nous avons assisté dimanche correspond à un véritable soulèvement républicain.
Mais ces valeurs que les jihadistes tentent de dynamiter sont-elles des valeurs exclusivement occidentales? Certes pas... Elles sont devenues des valeurs tout simplement humaines, à l'ombre de la barbarie et du haut degré d'inhumanité qui a été atteint et qui va sans cesse crescendo dans un certain nombre de pays, dans ce qui paraît comme une tentative d'imposer par la terreur un tout autre système de pensée et de comportement. Refuser qu'un otage soit égorgé devant les caméras, qu'une petite fille soit sauvagement agressée parce qu'elle mène campagne pour la scolarisation des enfants, que des élèves soient enlevés par dizaines de leur école et séquestrés pendant des mois, qu'une jeune fille soit jetée en prison (à Téhéran) parce qu'elle a assisté à un match de volley-ball, que des fillettes de dix ans soient poussées à perpétrer des attentats-suicide (au Nigeria), que des actes de violence gratuite soient exercés en masse contre des civils, à grande échelle, dans le but évident de saper les fondements de la pensée libérale, ou parce que ces civils sont chrétiens ou juifs, ou encore chiites ou sunnites... S'indigner contre de tels actes ne revient pas à s'attacher à des valeurs occidentales. Ce sont des valeurs tout bonnement humaines qu'il s'agit aujourd'hui de défendre.
C'est à ce niveau qu'apparaît la nécessité d'un après-7 janvier d'une toute autre nature que celui qui s'est manifesté en France. Les leaders et responsables musulmans dits « modérés » se doivent en effet, plus que jamais, d'assumer un rôle primordial dans le contexte démentiel présent. Il faut aujourd'hui se rendre à l'évidence. L'islam a besoin sans tarder d'une révolution culturelle, pédagogique. C'est dans les écoles, les écoles coraniques surtout, les mosquées, les lieux de culte, dans les quartiers populaires, au niveau des prêches du vendredi que les responsables musulmans éclairés doivent mener une campagne d'éducation, intensive et généralisée, afin d'inculquer à leurs coreligionnaires, dès le plus jeune âge, les valeurs humanistes fondées sur la liberté de pensée et d'expression, sur la tolérance, le respect de l'autre... Les déclarations et les condamnations publiques ne suffisent plus.
Des initiatives louables ont déjà été prises à cet égard, à l'instar de la réunion interreligieuse contre l'extrémisme et le terrorisme organisée début décembre par al-Azhar, au Caire, ou aussi l'audacieuse visite effectuée en novembre 2007 par le roi Abdallah d'Arabie saoudite au Vatican pour obtenir la coopération du Saint-Siège à la création du Centre de dialogue des religions et des cultures, établi à Vienne. Mais c'est surtout au niveau de l'éducation, de l'école, que l'islam éclairé doit concrètement, et radicalement, prendre les choses en main pour promouvoir la culture de la tolérance et de la liberté. D'une certaine façon, c'est l'avenir même de l'islam qui est aujourd'hui plus que jamais en jeu.

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Neuschwander Joël

Bonne Fête à vous Soeur Yvette ( c'est pile le jour sur le calendrier)
Et grand merci , chaleureux et fraternel merci à vous Michel Touma.

Joël. En France.

AIGLEPERçANT

Ce que preconise M. Touma en solution pour avoir un islam acceptable , a ete applique bien avant la lettre par les detenteurs de l'islam intelligent , progressiste et juste . Mais en ne nommant pas le Hezb resistant , en fait M.Touma a parle de lui sans savoir .Une fois n'est pas coutume !

Soeur Yvette

Promouvoir la culture de la tolerance etde la liberte c'est l'avenir de l'islam...

Achkar-Malezet Marie-Therese

Dans cette atmosphère irrespirable, il y eut une lueur d'espoir oh combien nécessaire et importante, c'est celle du Président égyptien al-Sissi, Mille bravos à ce courage, à cette vision et à ce leadership !!!! il en faut plusieurs comme lui dans le monde Arabe, on espère qu'il soit entendu et surtout qu'il reste en vie !!! Cette révolution religieuse est absolument et obligatoirement nécessaire ...Que de crimes commis au nom d'un Islam que personne n'en veut mais que beaucoup ont honte à le décrier ...Faut-il dés-inscrire ce qui est écrit ...ça ferait du bien à l'humanité

Halim Abou Chacra

La plus claire et la plus ferme position prise à ce jour par un haut responsable musulman sur ce mal du terrorisme barbare, qui souille le nom de l'islam et tourmente le monde, est celle du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Dans la cérémonie de commémoration de la naissance du prophète, à Al-Azhar même, au début de ce mois, il affirme sans hésitation "LA NECESSITE D'UNE REVOLUTION RELIGUEUSE DANS L'ISLAM". Sans une telle vraie révolution, rien ne se fera. Le monde est sur le point de perdre la patience avec les pays musulmans qui ont la première responsabilité dans l'élimination de ce terrorisme barbare.
Voici le "link" de la vidéo avec ladite position du chef de l'Etat égyptien :
youtu.be/DEhNarfrlec

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DÉCIDER... ET ÉRADIQUER... DEVRAIENT ÊTRE LES MOTS D'ORDRE !!!

Yves Prevost

Cet article rejoint une question que je me posais à propos de la manifestation de dimanche à Paris.: Pourquoi l'avoir appelée "marche républicaine"? Quel rapport avec la république ou tout autre mode de gouvernement? Il existe de par le monde, un grand nombre d'Etats, républiques ou monarchies, qui non pas - et de loin s'en faut - les valeurs ici revendiquées pour base. En réalité, comme le dit Michel Touma, il s'agit de valeurs tout simplement humaines.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Au-delà de cette méditerranée, il suffit qu'on soit kekchose, pour vouloir être tout. Ici, personne n'a le droit d'être quelque chose, à moins de renoncer à tout. Là-bas, l'émancipation partielle est la raison de l'émancipation universelle. Ici, l'émancipation universelle est la condition sine qua non de toute émancipation partielle. Dans cet au-delà, c'est la réalité ; ici, c'est l'impossibilité de l'émancipation progressive qui doit enfanter toute la liberté. En Europa, e.g, toute fraction de la population est idéaliste, et a acquis le sentiment d'être non pas une sphère particulière, mais la représentante des besoins généraux de la société. Le rôle d'émancipateur passe donc successivement aux différentes sphères de la population de cet au-delà jusqu'à ce qu'il arrive enfin à la catégorie qui réalise la liberté de pensée. Non plus en supposant certaines conditions extérieures à l'homme et néanmoins créées par la société de l’homme, mais en organisant toutes les conditions de l'existence humaine dans l'hypothèse de cette liberté non-sectaire. Dans cet Orient musulman simplet et pas si compliqué en réalité, où la vie pratique est aussi peu intellectuelle que la vie intellectuelle est peu pratique, aucune fraction de cette société fanatisée n'éprouve ni le besoin ni la faculté de l'émancipation des esprits, jusqu'à ce qu'elle y soit forcée par sa situation immédiate détériorée, par sa new nécessité matérielle désespérée, et même par son sectarisme inlassablement renouvelé !

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