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Moyen Orient et Monde

Alep, ça suffit !

Tribune
31/12/2014

Il y a bientôt 4 ans? commençaient le soulèvement en Syrie et la guerre civile. À travers le pays, plus de 240 000 personnes ont trouvé la mort, 7,5 millions ont perdu leur logement ou fui le pays et sont devenues des réfugiés. La Syrie est emportée dans un conflit sanguinaire, cruel et absurde. Il est temps de dire / « Ça suffit », en commençant par Alep, une ville ravagée par la guerre.


Il ne sera pas facile d'arrêter les combats. Il y faudra la coopération d'acteurs rivaux, tant au niveau régional que global. Un cessez-le-feu permettrait non seulement de mettre fin à un désastre humanitaire, mais aussi de marquer le début d'une nouvelle stratégie de prévention et de résolution des crises ailleurs dans le monde.
Alep est l'une des villes les plus anciennes de la planète – et l'un des terrains de bataille les plus sanglants qui soient. La vieille ville fortifiée est l'un des 6 sites de Syrie qui font partie du patrimoine mondial de l'Unesco. Or, la ville a déjà subi des dommages irréversibles. Aujourd'hui Alep est sous le contrôle des rebelles, mais elle est encerclée par l'armée syrienne. Et les activistes de l'État islamique sont en position d'attente quelques dizaines de kilomètres plus loin.

 

(Lire aussi : Pourquoi la France veut à tout prix sauver Alep...)


La succession d'échecs de la communauté internationale dans ce conflit est inexcusable. Les échecs des négociations, dont celles de Genève, ont non seulement éloigné la perspective de paix, mais aussi engendré des catastrophes, notamment la résurgence du terrorisme et l'émergence de l'État islamique.
On ne peut remettre à plus tard un cessez-le-feu à Alep. Une aide humanitaire d'une ampleur exceptionnelle sera nécessaire pour faire face à la situation catastrophique laissée par la guerre, et il y faudra tout le dévouement de l'envoyé spécial de l'Onu, Staffan de Mistura.


Heureusement, les deux principaux alliés du président syrien Bachar el-Assad, l'Iran et la Russie, pourraient se montrer favorables à un cessez-le-feu. La chute du prix du pétrole et les sanctions économiques sont lourdes de conséquences pour ces deux pays. Le fardeau du soutien financier qu'il accorde à l'armée syrienne et au Hezbollah au Liban est de plus en plus pesant pour l'Iran ; quant aux autorités russes, confrontées maintenant à une crise du rouble, elles affrontent une zone de tempête. Les deux pays ont des raisons de montrer qu'ils peuvent contribuer à la stabilité régionale et mondiale – en particulier l'Iran car les négociations sur son programme nucléaire en sont à une étape critique.


Si la Russie et l'Iran menacent de lui retirer leur aide, Assad n'aura d'autre choix que de négocier. Néanmoins, le plus grand obstacle à un cessez-le-feu est le même que lors des négociations sur l'armement chimique de la Syrie : tout accord suppose de reconnaître Assad comme un partenaire dans les négociations.
Si l'on parvient à un cessez-le-feu à l'étape actuelle, cela traduira le changement rapide du contexte géopolitique. Mettre fin aux combats suppose que les É-U, l'UE, la Russie, l'Iran et peut-être l'Arabie saoudite et le Qatar travaillent à un objectif commun. Pour être plus efficaces dans l'avenir, les coalitions internationales devront être plus larges et plus inclusives, et mieux représenter les intérêts de tous.


Aujourd'hui, il existe tout un éventail de « pôles » stratégiques, chacun disposant d'un pouvoir d'attraction et d'influence. Dans ce contexte multipolaire, les actions unilatérales seront de plus en plus vouées à l'échec. Si, jusqu'à présent, les négociations avaient pris en compte ce facteur et avaient été conduites avec davantage de ténacité, le conflit syrien aurait été résolu depuis longtemps, ce qui aurait évité nombre de morts et quantité de destruction.


Pour l'Europe, le naufrage de la Syrie devrait servir d'avertissement. Elle doit réagir immédiatement à plusieurs défis car les difficultés auxquelles elle est confrontée ne se limitent pas à un Moyen-Orient atteint d'une instabilité chronique. Alors qu'elle continue à faire face à la crise économique et que sa capacité d'attraction diminue, l'Europe se trouve prise dans un maelström géopolitique croissant avec les crises en Ukraine, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et les défis qu'elles présentent.
L'Europe doit reconnaître qu'elle n'est plus le centre autour duquel gravitent les pays voisins. Ainsi que l'a formulé récemment Stefan Lehne, un chercheur invité à Carnegie Europe, l'Europe traverse une révolution copernicienne. Dans un monde multipolaire, les autres pays ont eux aussi un pouvoir d'attraction et une influence. Ainsi, la Chine s'efforce de restaurer la dernière étape de l'ancienne Route de la soie qui passe par les Balkans pour atteindre les ports de la Méditerranée.


Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a demandé à Johannes Hahn, le nouveau commissaire européen à la Politique régionale, de faire des recommandations destinées à redéfinir la politique européenne de voisinage, le cadre utilisé par l'UE dans ses relations avec son environnement géopolitique immédiat. Cette politique doit être entièrement revue. Il n'existe plus de norme unique. L'offre politique de l'UE se trouve désormais en concurrence avec d'autres politiques d'intégration, avec une myriade d'occasions stratégiques et d'autres acteurs. Dans ce contexte, elle devrait peut-être attacher autant d'importance aux voisins de ses voisins immédiats qu'à ces derniers.
Il faut accroître la flexibilité de la politique européenne de voisinage. La « conditionnalité » politique n'a manifestement pas donné les résultats attendus car en son succès dépend de la volonté des pays concernés d'accepter le programme de l'UE. Il faudra donc accorder davantage d'attention et s'engager davantage auprès des pays d'importance stratégique.


La scène internationale se transforme en profondeur. Si l'on ne répond pas à la multipolarité par une stratégie multilatérale efficace, des problèmes tels que celui de la guerre civile en Syrie deviendront de plus en plus fréquents et de plus en plus difficiles à résoudre. La Syrie et Alep, sa plus grande ville, sont le lieu idéal pour inaugurer une nouvelle politique.

© Project Syndicate, 2014.
Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

 

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LA TABLE RONDE

Je le disais et le repetais l'eurocon n'ose a aucun moment dire la verite sur erdottoman , stakanoviste chevronne d'une politique hypocrite qui consiste a lui permettre le passage des criminels salafowahabites binsaouds . Comment Solana peut parler d'Alep et ignorer le role d'erdottoman ???

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS SE FONT DE LA BILE UNIQUEMENT POUR ALEP ? LE CROIRAIT-ON ? OU : PROCHAINE CAPITALE DE LA SYRIE LIBRE (?) ?

Chelhot Michel

Monsieur Solana commet une première erreur en considérant (qu'Alep est sous le contrôle des rebelles, mais elle est encerclée par l'armée syrienne), ceci n'est vrai que pour une partie de la ville.
Plus grave, Monsieur Solana, ne cite à aucun moment la Turquie! Pourtant un des principaux acteurs dans le maelstrom Syrien. N'est ce pas le Nouveau Sultan Erdogan qui manipule, arme et envoi chez son voisin Syrien, les groupes islamistes les plus extrémistes liés à Al Quaïda.
Enfin il faut espérer, avec M. Solana, que l'Europe sortira le plus vite possible de la pente de décadence - économique , politique et morale- où elle se trouve actuellement .

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