Les Russes ont assisté, effarés, à l’effondrement de leur monnaie nationale, qui a perdu jusqu’au quart de sa valeur lors des deux journées noires, lundi et mardi. Vasily Fedosenko/Reuters
« La crise, c'est pour les gens riches, pour ceux qui ont des dollars. Ici, on n'a jamais eu d'argent », résume Tamara Boïtchenko. Depuis le petit village de Vosskressenskoïé, dans la campagne russe profonde, la crise monétaire qui frappe de plein fouet les villes semble bien loin. « Avec ma retraite de 15 000 roubles (200 euros au cours du jour), je ne peux pas me permettre grand-chose. Heureusement que j'ai mon potager », raconte cette souriante retraitée de 68 ans, habituée à une vie pauvre et difficile à 80 kilomètres de Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest du pays.
Alors que dans les grandes villes, les Russes ont assisté, effarés, à l'effondrement de leur monnaie nationale, qui a perdu jusqu'au quart de sa valeur lors des deux journées noires, lundi et mardi. « Moi je n'attends rien du tout ni du gouvernement ni de Poutine », conclut-elle. Plus loin, Stanislav Kouchevitch soupire devant sa boucherie, située au bord d'une route. « Nous ne pouvons rien changer. Rien ne dépend de nous », se lamente-t-il. « Je n'ai aucune économie, je dépense tout ce que je gagne pour ma ferme. Je n'ai jamais voyagé à l'étranger ni acheté de produits importés », témoigne ce barbu de 46 ans. Lui non plus n'attend plus rien des pouvoirs publics, alors que le prix du fourrage a déjà commencé à augmenter. La descente aux enfers du rouble, plombé par la chute des prix du pétrole et les sanctions économiques décrétées par les Occidentaux contre Moscou sur fond de crise ukrainienne, a provoqué un début de panique chez une partie de la population, qui craignent une valse des prix et attendent une réaction forte des autorités. « Poutine est un brave homme mais que peut-il faire ? C'est trop compliqué, le pays est trop grand, la corruption est partout », résume le fermier Kouchevitch, avouant « se préparer au pire, comme d'habitude ». « C'est pas grave, nous sommes habitués à survivre », renchérit Tatiana, vendeuse de bougies dans une petite église du village avoisinant, Kobrino. « Nous avons survécu à la chute de l'URSS, à la crise de 1998. Ce n'est pas la première fois, ça va aller », se rassure cette blonde de 50 ans, l'air paisible.
À quelques dizaines de kilomètres de là, à Saint-Pétersbourg, la grand-messe annuelle de Vladimir Poutine devant les journalistes a pourtant laissé un sentiment mitigé. « C'est ambigu. Je soutiens absolument l'attitude de Poutine pour l'international. Mais d'un autre côté je n'ai pas entendu les réponses que j'attendais sur les problèmes économiques. Je n'ai pas vu de position claire », déplore Anna Alexandrovna, directrice d'une agence de publicité. « Je n'ai pas compris où on se dirige dans le domaine économique. J'ai l'impression que Poutine ne sait pas vraiment comment sortir le pays du marasme économique », abonde Sergueï Antonov, un cadre de 30 ans. « S'il avait présenté un plan clair et concret, j'aurais eu l'esprit plus apaisé. »


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