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En Egypte, la maltraitance des enfants en nette augmentation

Droits de l'homme

Entre le début de l'année et la fin octobre, 1023 agressions, dont 131 viols,  ont été recensées par le Conseil national pour l'enfance et la maternité.

OLJ/AFP
14/12/2014

En Egypte, la maltraitance des enfants prend des proportions inquiétantes, n'épargnant ni l'école ni les orphelinats. Selon des statistiques officielles, les agressions dont ils font l'objet ont augmenté de 55% en 2014 par rapport à la moyenne des trois années précédentes.

La petite Rahma, huit ans, est dans un état de choc. Elle a été violée en septembre. "L'agression a fait perdre à ma soeur sa virginité, a entraîné une perforation de son estomac et a détruit son avenir", affirme tristement sa soeur Amina.
Rahma a été violée près de sa maison, dans la province de Kafr el-Cheikh, au nord du Caire. Depuis, elle est suivie par un psychologue. "Le plus difficile, c'est de dépasser les souffrances psychologiques: elle ne peut même plus passer par le lieu de l'accident", explique sa soeur. L'agresseur a été interpellé, il risque la peine de mort.

Les agressions sur les enfants ont considérablement augmenté cette année, une hausse due à l'inaction des autorités et à la banalisation de la violence dans un contexte de crise politique sans précédent, estiment des experts. Entre le début de l'année et la fin octobre, 1023 agressions -- dont 131 viols, 118 meurtres et 263 cas de torture-- ont été recensées par le Conseil national pour l'enfance et la maternité (Cnem) qui avait fait état, en moyenne, de 660 cas chaque année entre 2011 et 2013.

Absence de législation efficace

"Les enfants sont menacés de mort, de torture et de viol dans les écoles, les orphelinats, dans la rue, et même au sein de leur famille", déplore Hani Helal, responsable d'une ONG qui défend leurs droits.

Experts et familles des victimes accusent les autorités de négliger le problème. Intissar al-Saïd de l'Institut du Caire pour le développement et les droits de l'Homme dénonce ainsi "l'absence d'une législation et de châtiments dissuasifs", ce qui encourage la répétition des agressions.
"Le gouverneur de la province nous a rendu visite, mais on ne nous a pas accordé plus d'attention que cela", se plaint Ahmed Kholeif, assis aux côtés de son fils Mohamed, huit ans, dans un hôpital de Damanhour, au nord du Caire.

En octobre, trois adolescents ont agressé sexuellement le garçon avec une pompe à air après avoir essayé de le violer. Pour M. Helal, si l'Etat se désintéresse tant du phénomène, c'est parce qu'il est actuellement "plus préoccupé par les affaires politiques" du pays. Une situation politique qui est pourtant en partie responsable du problème, selon Azza Karim, sociologue, pour qui la maltraitance des enfants s'est banalisée à cause des violences qui secouent le pays depuis la révolte de 2011 contre le régime de Hosni Moubarak.
La violence a atteint son paroxysme après la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013. Les autorités ont notamment lancé une sanglante répression contre les pro-Morsi qui a fait plus de 1.400 morts.

"Maillon faible"

"La société est témoin de la violence pratiquée par les autorités et cela se répercute sur le comportement de tous", estime Mme Karim. "Les enfants sont le maillon faible, les adultes se défoulent sur eux".

Les écoles sont le lieu de tous les dangers: 50% des cas de violences s'y sont déroulées selon le Cnem qui recense, parmi les violences, les cas de négligence des autorités. Ainsi, ces deux derniers mois, deux enfants ont péri dans des établissements scolaires, dans des accidents dus à des équipements en mauvais état.

Et les orphelinats ne sont pas en reste: en septembre, le directeur d'une institution au Caire a été condamné à trois ans de prison pour avoir brutalisé des mineurs. Une vidéo sur internet le montre en train de battre des enfants qui s'enfuient en hurlant. Et à Ismaïlia, au nord-est de la capitale, les responsables d'un orphelinat sont en instance de jugement pour agressions sexuelles, selon une source de sécurité.
Dans ce contexte, les parents ne peuvent que s'angoisser. "Je suis bien plus inquiet dernièrement", affirme Mohamed Chalabi, père de trois jeunes enfants. "Je ne les laisse pas sortir seuls. Je ne suis tranquille que lorsqu'ils sont à la maison".


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