Avez-vous remarqué qu'on ne parle plus de rien ? Pas d'élections législatives, pas de présidentielle, pas de président, pas de débat, plus d'opinion, plus d'intérêt pour la chose publique. C'est à peine si désormais nous prêtons une oreille dépassionnée aux bruits de bouche que nos politiques émettent par intermittence. Qu'ils s'entendent ou s'étripent n'est plus un souci. Eux-mêmes semblent à court de vocabulaire pour s'insulter. Revoilà le Liban, fétu de paille balloté par la houle régionale, enjeu toujours aussi indigeste qu'ingérable. Toute personne sensée s'interrogerait sur les dessous de l'affaire des militaires enlevés, sur ces négociations hallucinantes entre le porte-parole des preneurs d'otages et au choix, un petit groupe d'ulémas ou un mystérieux émissaire qatari. Sur la douleur des familles, aussi, tandis que le gouvernement, seule instance encore active de la peau de chagrin qui nous sert d'État, enchaîne les faux pas comme un danseur ivre. Sur l'inaction de l'armée supposée défendre les siens et idéalement tendre un piège spectaculaire aux agresseurs. Bref sur tout ce dossier aussi étrange que tragique dont on ne perçoit, de temps en temps, que la suie de quelques pneus brûlés et leur fumée, sémaphore sans autre réponse qu'une lassitude généralisée.
C'est dans un contexte une fois de plus sans illusions qu'approchent les fêtes de fin d'année, sur des musiques de circonstance qui semblent elles-mêmes incapables de se renouveler. Alors oui, on a encore dressé le grand sapin dans la perspective du grand minaret. Photographes du monde, à vos déclencheurs, voici Beyrouth, multiculturelle, pluriconfessionnelle et omnivore pour conforter l'humanité dans l'idée que la cohabitation des différences est possible, même si bon gré mal gré. Même si la question pour nous n'est plus de nous supporter les uns les autres, mais d'absorber la multitude effarante de réfugiés misérables qui grouillent dans ce pays déjà exsangue. Ce sont eux qui constituent la vraie différence et le véritable défi tant à notre capacité de tolérance qu'à l'habileté politique, si toutefois elle existe, de nos gouvernants actuels et futurs.
Pour l'heure, nous attendons. Attendre est une manière d'espérer. Nous attendons l'hiver, cette saison qui pour nous est une fierté, au cœur d'un monde arabe rongé par les déserts. Nous attendons un rebond, même minime, dans une économie à bout de souffle. Mais l'hiver lui-même traîne les pieds et la prospérité semble bouder la planète entière en ce siècle mal embouché. Nous attendons les « enfants », installés à l'étranger « en attendant », et qui reviennent pour les fêtes. Eux seuls justifient que l'on attende, qu'importe ce qu'on attend. Et que l'on fasse semblant que tout va bien, comme on le fait si bien. Restaurants, music-halls et boîtes de nuit sont parés pour le grand soir. Le marché déborde de victuailles. On a sorti toutes les guirlandes, organisé le menu du réveillon. Ils souriront, ne diront rien, se laisseront faire. Un baiser sur le front, ils repartiront. Ailleurs le monde vit. Nous attendons.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
SHIDDOU IJREYKON YIA SHABÉB !
10 h 15, le 12 décembre 2014