Rechercher
Rechercher

Pourquoi ?

Vous vous y retrouvez, vous, dans ce vertigineux rodéo qui encombre les ciels d'Irak et de Syrie, sans que l'on sache trop qui recherche quoi ? Et qui, en dernière analyse, fait le jeu de qui ? Jour après jour ainsi, les puissances occidentales lancent des frappes contre les effectifs et installations de l'État islamique ; mais pour ne s'en tenir qu'au cas de la Syrie, elles se gardent bien d'attaquer les troupes de ce même Bachar el-Assad dont elles réclament inlassablement, pourtant, le départ.


Israël ne s'en prive guère, lui qui, dimanche dernier, bombardait des objectifs gouvernementaux proches de Damas. Non point, bien sûr, que l'État hébreu soit pressé de déboulonner un ennemi aussi intime, tant de fois testé et éprouvé, et qui, durant les quatre dernières décennies, n'a jamais tiré un seul coup de feu sur le front chargé de rides du Golan occupé. Que l'on se rassure, il ne s'agissait en effet que de détruire des entrepôts d'armements sophistiqués destinés au Hezbollah ; cela étant bien clair, le jeu de massacre peut continuer indéfiniment, pour la plus grande satisfaction d'Israël.


Conformément à une solide tradition, Damas s'est prudemment abstenu de réagir à l'incursion israélienne. Pourtant l'aviation baassiste est loin d'être au chômage, opérant quotidiennement contre les rebelles, poussant même des pointes sur le territoire libanais : cela quand elle n'est pas trop occupée à balancer des barils d'explosifs sur les populations civiles. Face à aussi intense activité aérienne, et du moment qu'il n'existe officiellement aucune sorte de coordination avec Damas, il faudra bien qu'on nous explique par quel prodige on a réussi, à ce jour, à éviter des rencontres qui, pour être accidentelles, pourraient s'avérer fort embarrassantes...


Aux responsables libanais d'expliquer à leur tour, à une opinion déboussolée, par quelle suite d'erreurs et de maladresses on en est venu à ce point d'impuissante détresse dans l'affaire des militaires retenus en otage par les terroristes islamistes. Qu'on nous dise d'abord par quelle incroyable malchance un aussi grand nombre de soldats et de gendarmes ont pu être capturés aux premières heures de cette bataille de Ersal que tout le monde pourtant pressentait depuis des semaines. Qu'on nous dise ensuite au nom de quelle morale, de quelle justice, le Hezbollah s'est obstiné à exclure tout échange avec les ravisseurs, dans le même temps qu'il négociait en coulisses la libération d'un de ses combattants capturé en Syrie.
Qu'on nous dise encore pourquoi il a fallu de longs mois, ponctués d'odieuses exécutions, pour que soit enfin envisagé un troc. Pourquoi on s'en est remis à une telle multitude de courtiers pas toujours très honnêtes. Pourquoi l'État s'est soudain retrouvé sans intermédiaire du tout. Pourquoi certaines parties se font tant prier pour cautionner les bons offices du Conseil des ulémas, seul recours encore disponible. Et au point où l'on en est, pourquoi seul un Walid Joumblatt ose se prononcer aussi nettement pour la seule issue que commandent aussi bien le cœur que la raison.


Oui, pourquoi ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Vous vous y retrouvez, vous, dans ce vertigineux rodéo qui encombre les ciels d'Irak et de Syrie, sans que l'on sache trop qui recherche quoi ? Et qui, en dernière analyse, fait le jeu de qui ? Jour après jour ainsi, les puissances occidentales lancent des frappes contre les effectifs et installations de l'État islamique ; mais pour ne s'en tenir qu'au cas de la Syrie, elles se gardent bien d'attaquer les troupes de ce même Bachar el-Assad dont elles réclament inlassablement, pourtant, le départ.
Israël ne s'en prive guère, lui qui, dimanche dernier, bombardait des objectifs gouvernementaux proches de Damas. Non point, bien sûr, que l'État hébreu soit pressé de déboulonner un ennemi aussi intime, tant de fois testé et éprouvé, et qui, durant les quatre dernières décennies, n'a jamais tiré un seul coup de feu sur le...