L'un était athénien. L'autre florentin. Le premier mourut pour son idée, le second préféra la renier pour ne pas subir le même sort. 380 ans avant l'avènement du Christ, en Grèce stoïcienne, se trouvait le doyen des philosophes modernes, Socrate. À cette maudite date il but un poison mortel, malgré l'injustice flagrante de la sentence, simplement pour être en parfaite harmonie avec son idée phare que la vertu prime toujours sur la vie. Un vrai philosophe doit apprendre à mourir avec dignité, surtout si cette dernière confirme, en l'épousant, sa pensée.
Les siècles passèrent et les maîtres du monde changèrent. Un autre savant universel se retrouva face à une situation identique en rapport avec son idée : Galilée. C'est en Italie catholique apostolique de l'an 1633, cette fois-ci, que l'érudit florentin prononça une abjuration préparée soigneusement par le Saint-Siège. Il y affirma qu'il abandonnerait à jamais (si Dieu le veut, bien sûr) l'hérésie qui l'animait vers la fin de sa vie, à savoir l'héliocentrisme, au profit de la seule et unique vérité sur le sujet : le géocentrisme de l'univers. Sa vie fut épargnée. Deux hommes. Deux réactions. Qui avait raison ? Qui avait tort ? Nul ne le sait.
Oublions ces deux sommités philosophiques pour un instant, et dirigeons nous au Mont-Liban de l'an 1977. Le 16 mars de cette année, alors qu'il se déplaçait dans son fief montagnard levantin, un chef druze de la plus haute noblesse fut assassiné froidement en pleine journée. Son fils, ayant pris les rênes en toute connaissance des auteurs de l'acte odieux, pratiqua longtemps une politique très influencée par sa rancœur. Mais lorsque les assassins devinrent maîtres absolus de la situation, il n'hésita pas à les rejoindre dans leur mascarade. Et cela par souci de conservation de sa tribu et lui-même. Puis la roue tourna et un autre vent souffla. Il le suivit tel un moulin, avec satisfaction, et vengea son père. Il le fit jusqu'à ce que des agents du ténébreux passé viennent le harceler à nouveau. Et par précaution habituelle, en bon galiléen effronté, il s'allia encore une fois avec ses bourreaux. Mail Walid bey n'est pas le seul descendant spirituel du florentin dans le pays du Cèdre. Il y en a un autre plus virulent, maronite de confession, militaire de formation et président d'ambition. Ayant souffert d'un exil provoqué par un nationalisme exacerbé faisant face à un régime meurtrier, ce septuagénaire populaire n'a pas hésité à s'allier dès son retour avec l'auteur de son malheur passé. Il le fit par souci de protection ou par désir de gloire. Que sais-je ? Mais il le fit.
De l'autre côté de la sphère psychologique, se trouvent les enfants socratiques. Ici l'on trouve les seigneurs de milices qui ne se lassent pas de leurs combats. Les féodaux inféodés, animés par leurs débats. Et les intellectuels engagés, éparpillés dans les capitales d'ici-bas. Dogmatisme oblige, ils usent très souvent de l'art maïeutique pour démontrer leurs vérités. Or cela ne leur fait jamais défaut puisque des troupeaux les suivent avec témérité. Pourtant, ils accouchent de vérités contradictoires et même meurtrières en usant des mêmes procédés.
Entre les galiléens et les socratiques, les chefs de clans du Liban se départagent. Galilée devient opportuniste et Socrate têtu. Le monde s'écroule. Les têtes tombent. Et les grands deviennent petits. Le roi est mort ! Vive le roi !
Emmanuel RAMIA
Paris


SOCRATE EST MORT POUR SON IDÉE... SA CONVICTION ! GALILÉE QUI AVAIT ÉPOUSÉ L'IDÉE OU LA CONVICTION DES PHILOSOPHES GRECS, DONT ARISTARCHUS DE SAMOS, SUR L'HÉLIOCENTRISME N'A PAS EU LE COURAGE DE SE SACRIFIER POUR LA CONVICTION DES AUTRES ! C'EST SI SIMPLE !!! QUAND À PARLER DU CAMÉLÉON ET DE S'EN-FOUT DANS LE MÊME ARTICLE, C'EST UNE INSULTE À LA CONNAISSANCE, À LA LOGIQUE ET À LA DIGNITÉ !
06 h 42, le 10 décembre 2014