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Quand une journaliste égyptienne se vante d'être au service de la police des mœurs

Egypte

Après avoir fait un reportage, Mona Iraqi appelle la police pour faire arrêter les clients d'un hammam du Caire.

Nour BRAIDY | OLJ et agences
10/12/2014

"Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie", disait Albert Londres. Il semblerait qu'en Égypte, une journaliste locale a non seulement fait du tort, mais en est fière.

L'histoire remonte à dimanche dernier, quand trente-trois hommes sont trainés nus par la police hors d'un hammam public du quartier de Abakeya au Caire. Des hommes accusés de "débauche", dixit le directeur de la sécurité du directorat du Caire, le général Ali al-Demerdach. L'accusation de "débauche" est généralement utilisée contre les homosexuels en Égypte alors que la loi n'interdit pas formellement l'homosexualité.

L'arrestation puis l'humiliation sont documentées par Mona Iraqi, journaliste de la chaîne pro-gouvernementale 'Al Kahera Wal Nas' (Le Caire et le peuple), qui filme et photographie la scène. En fait, Mona Iraqi était sur les lieux avant que la police n'arrive.

Après l'arrestation, Mona Iraqi explique sur sa page Facebook les dessous de l'affaire et son rôle. Un post qui sera effacé deux heures plus tard, indique Scott Long, un défenseur des droits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) sur son blog. Le militant a toutefois sauvegardé des captures d'écran.


Dans ce post, Mona Iraqi, présentatrice télé de l'émission 'El Mostakhbi' (Ce qui est caché), explique que le reportage sur ce "grand nid de débauche" a été lancé quelques jours plus tôt. Il devait être diffusé le 3 décembre, mais l'équipe a décidé de reporter sa diffusion "pour permettre aux autorités de fermer le hammam", écrit-elle. Le reportage devrait être diffusé ce mercredi soir. Ce post est accompagné de photos de l'arrestation des 33 hommes.

Image tirée sur site de Scott Long.

 

"Des orgies ont lieu dans ce hammam, au vu et au sus de tous les clients qui sont de tous les âges et de diverses nationalités. 'El Mostakhbi' a découvert le plus grand nid de débauche homosexuelle au Caire. L'émission a informé les services de sécurité de ce qui se passe dans ce hammam et les forces de l'ordre ont arrêté des clients en pleine action ainsi que le gérant et tous les employés. Ils ont été déférés, nus, devant le parquet", explique encore Mona Iraqi dans le post Facebook qui a été effacé.

Dans la bande-annonce de l'émission, la journaliste établit en outre un lien entre l'affaire du hammam et le sida. L'émission sur le hammam s'inscrit dans le cadre d'une série sur "la propagation du sida dans la société égyptienne", explique-t-elle. Elle incite également les parents à débattre de la question avec leurs enfants. "Si les parents ne participent pas à l'éveil de leurs enfants, d'autres personnes s'en chargeront", avertit-elle.

 

Rapidement, les condamnations mais aussi les insultes, parfois extrêmement crues et dans toutes les langues, ont fleuri sur la page Facebook de la journaliste et sur Twitter.

 "Mona Iraqi vous êtes une honte, une créature dégoutante. Honte à vous."

"Si Mona Iraqi est tellement déterminée à éradiquer la perversion, elle pourrait commencer par viser ceux qui pratiquent les 'tests de virginité"

 

Les 33 hommes qui ont été arrêtés sont tous "tous Égyptiens, et parmi eux se trouvent le propriétaire du hammam et des employés", a indiqué Mohamed Hetta, chef du bureau du procureur d'Azbakeyah à l'AFP. "Le propriétaire du hammam est accusé d'avoir transformé son établissement en un lieu de conduite immorale et indécente et d'homosexualité de groupe", a-t-il poursuivi. S'ils sont reconnus coupables, ces hommes, arrêtés sur ordre du procureur général selon M. Demerdach, risquent de longues peines de prison.

En avril dernier, trois Égyptiens avaient écopé de huit ans de prison pour avoir, selon les autorités, organisé "une fête déviante" et pratiqué "la débauche". En novembre, un tribunal du Caire a condamné à trois ans de prison huit jeunes hommes accusés d'être apparus dans la vidéo d'un "mariage gay".

L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé en septembre les procès intentés aux homosexuels en Égypte, soulignant que "les autorités égyptiennes ont à plusieurs reprises arrêté, torturé et détenu des hommes soupçonnés de conduite homosexuelle". En 2013, un sondage réalisé par le centre de recherches américain Pew révélait que seuls 3% des Égyptiens estimaient que "la société devait accepter l'homosexualité".

 

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Gerard Avedissian

C'est la surenchere habituelle au depens de la librte de vivre sa vie.

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