Des danseurs russes, ukrainiens et même français ont uni hier soir leurs entrechats sur la scène du Bolchoï, emblématique théâtre moscovite, lors d'un gala de charité au profit de l'École chorégraphique de Kiev, alors que les relations entre la Russie et l'Ukraine sont au plus bas.
Le gala, qui affichait complet, est organisé par la danseuse étoile du Bolchoï Svetlana Zakharova, formée à l'École chorégraphique de Kiev, qui en a eu l'idée après une visite à son alma mater. « J'étais surprise de voir que c'était non seulement dans un mauvais état, mais même pire que lorsque j'y avais étudié », a-t-elle raconté. « Quand nous vivons une situation aussi difficile, il faut penser aux enfants (qui y étudient). Il faut les aider, et ce peu importe le pays où ils vivent », a souligné la danseuse. Pour la danseuse étoile du Bolchoï Natalia Ossipova, « impossible de ne pas participer » au projet. « Moi-même je me souviens à quel point c'est terrible d'entrer dans une salle de danse en hiver et de grelotter », témoigne-t-elle. Mais sous les ors du Bolchoï, plus beau théâtre de danse de Moscou, « la soirée a commencé avec passion », a raconté à l'entracte le producteur du gala, Youri Baranov. Dès le début, « le succès était énorme : le public a frappé des mains, des pieds, il a marqué son contentement ».
L'initiative de Svetlana Zakharova intervient alors que les tensions entre la Russie et sa voisine l'Ukraine sont au plus fort, Kiev accusant Moscou de soutenir les rebelles séparatistes qui luttent contre l'armée ukrainienne dans l'est du pays. Au cours des derniers mois, et notamment durant l'été lorsque les combats dans l'Est rebelle ont connu un pic d'intensité, la population russe a multiplié les gestes de solidarité en faveur des civils ukrainiens de la région. Les actions à destination des Ukrainiens du centre et de l'ouest du pays sont en revanche bien plus rares.
En hommage à la Malaysia Airlines...
« Nous sommes des gens créatifs, nous ne faisons pas de politique. La beauté, l'art n'ont rien à voir (avec la crise en Ukraine) », a estimé Youri Baranov. « C'est une initiative d'artistes et non pas du gouvernement ou de la direction » du Bolchoï, a souligné le danseur, né à Kiev et qui a étudié lui aussi à l'École chorégraphique de la capitale ukrainienne.
La recette totale de la vente des billets, dont l'un, VIP, a été vendu au prix de 600 000 roubles (9 270 euros), sera remise à l'école, qui a remercié son ancienne élève de ses efforts, tout en laissant pointer une certaine amertume. « Merci à Svetlana de penser à nous, mais ce n'est pas si décrépit que ça », a réagi une responsable de l'école, qui a demandé à rester anonyme. Le directeur artistique de l'école, Nobuhiro Terada, a souligné que « même s'il n'y a pas eu de travaux depuis longtemps dans notre école, cela ne nous empêche pas de faire de nouveaux spectacles avec des stars mondiales ». « Les Ukrainiens conquièrent le monde », a-t-il affirmé, regrettant cependant que les meilleurs élèves de l'école la quittent pour aller danser à l'étranger, en Russie notamment.
Trois d'entre eux ont dansé, hier, avec leurs camarades, devant les spectateurs du Bolchoï, réincarnant les œuvres de Bizet, Prokofiev et Tchaïkovski, mais aussi des pièces plus modernes, comme Digital Love, créée par le Français Patrick de Bana. Ce dernier interprétera avec Svetlana Zakharova ce duo créé en hommage aux victimes de l'avion de la Malaysia Airlines qui a disparu en mars, explique M. Baronov. En revanche, aucune référence dans cette œuvre au destin tragique d'un second avion de la Malaysia Airlines, qui s'est écrasé le 17 juillet dans l'Est séparatiste ukrainien, avec 298 personnes à son bord, assure le danseur russe.
Anais LLOBET et Olga NEBDAEVA/AFP


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