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Sucré/sacré

Non, Sabah n'a pas « tué » Saïd Akl, pas plus qu'Édith Piaf n'a tué Jean Cocteau, ce 13 octobre 1963 où l'on apprit le décès de la « Môme » et du « Prince des poètes » à quelques heures d'intervalle. Il y a peu de chance que la mort de Sabah ait ému Saïd Akl au point de précipiter le départ du poète deux jours après la diva de la pop arabe. Il faut dire que tous deux avaient un âge assez raisonnable pour mourir. Un âge qui leur aura permis de traverser, un peu plus pour l'un, un peu moins pour l'autre, cent années de l'histoire du Liban. À force, cette histoire les a façonnés, chacun à sa manière. Ils en sont le fruit et tout en eux la reflète.
Sabah sera à jamais cette femme sortie de sa chrysalide au seuil des années 60 pour faire tomber un à un les tabous d'une société avide d'émancipation. Ses chansons creuses et joyeuses avaient le don extraordinaire de vous coller au cerveau et d'y provoquer l'oubli, emportant dans leurs refrains sucrés le mal de vivre du monde arabe. La période avait déjà besoin de sa blondeur factice, de son maquillage outré et de ses toilettes invraisemblables pour croire à un bonheur de pacotille qui finalement lui ressemblait.
Quant à Saïd Akl, comment adhérer à son goût théâtral du sacré, sa diction de coryphée, ses cheveux précocement blanchis, savamment dressés vers des hauteurs apparemment à lui seul accessibles et ces cravates rouges dont il ne se départait jamais ? Né en 1912, il a vécu dans sa chair les affres d'un pays qui n'a jamais fini d'accoucher de lui-même. Sans doute est-ce de là que lui est venu ce délire phénicien auquel bon nombre d'entre nous auraient bien aimé adhérer par confort. Bonheur de pouvoir se détacher de ce maelström et claironner « je suis phénicien » comme si un Allemand pouvait se proclamer Viking ou un Français Gaulois. Une idée contre-productive qui continue à séduire, inutilement. Je n'ai jamais vraiment goûté, sans doute par ignorance, ses métaphores filées ad nauseam, ni son nationalisme primaire qui plaçait son « rocher » et son « cèdre », au cœur de l'univers, du système solaire et des préférences du Bon Dieu.
Sabah a incarné la joie de vivre du Liban d'avant-guerre. Saïd Akl, avec son vocabulaire exalté, émaillé d'épées, de lauriers, de défis, de gloires et d'astres tutélaires, ne semblait concevoir la fierté que mâle et guerrière. Tous deux nous ont quittés sous des pluies de riz et de pétales de roses. Avec eux, nous enterrons dûment – et littéralement avec Saïd Akl, dans un cercueil sculpté dans la roche et le cèdre (n'est pas le Bernin qui veut) – un Liban tissé de leurs songes.

Non, Sabah n'a pas « tué » Saïd Akl, pas plus qu'Édith Piaf n'a tué Jean Cocteau, ce 13 octobre 1963 où l'on apprit le décès de la « Môme » et du « Prince des poètes » à quelques heures d'intervalle. Il y a peu de chance que la mort de Sabah ait ému Saïd Akl au point de précipiter le départ du poète deux jours après la diva de la pop arabe. Il faut dire que tous deux avaient un âge assez raisonnable pour mourir. Un âge qui leur aura permis de traverser, un peu plus pour l'un, un peu moins pour l'autre, cent années de l'histoire du Liban. À force, cette histoire les a façonnés, chacun à sa manière. Ils en sont le fruit et tout en eux la reflète.Sabah sera à jamais cette femme sortie de sa chrysalide au seuil des années 60 pour faire tomber un à un les tabous d'une société avide d'émancipation....
commentaires (7)

CORRECTION ! MERCI : ".... Je suis devenu et même plutôt né libaniiiste, et je n’ai donc rien à voir avec cette masse arabe ignorannnte...."

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

08 h 33, le 06 décembre 2014

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Commentaires (7)

  • CORRECTION ! MERCI : ".... Je suis devenu et même plutôt né libaniiiste, et je n’ai donc rien à voir avec cette masse arabe ignorannnte...."

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 33, le 06 décembre 2014

  • AINSI MEURENT LES AMOURS ! AINSI MEURENT LES VAUTOURS ! ET LES FLOTS... ROULENT TOUJOURS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    17 h 48, le 05 décembre 2014

  • Sabah ou Saïd Akl avaient une place à part entière dans notre cercle familial libanais , ils faisaient partie de notre quotidien et on les aimait passionnément pour leur révolution artistique et littéraire.

    Sabbagha Antoine

    11 h 56, le 04 décembre 2014

  • "Äaëél", ou le Grand-mentor de tous ces "Gardiens du Cèdre" pâmés et niais, mahééék "bala äaëél" en sus, et définitivement Primèèères ; yâ wâïyléééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 12, le 04 décembre 2014

  • "Je n'ai jamais vraiment goûté, sans doute par ignorance, ses métaphores filées ad nauseam, ni son nationalisme primaire qui plaçait son « rocher » et son « cèdre », au cœur de l'univers, du système solaire et des préférences du Bon Dieu." Sans nul doute...car vous semblez oublier l'immense poète, pour ne parler que de son "nationalisme primaire" qui, en fait, est tout å fait secondaire!(excusez le jeu de mot...) Je vous aurais conseillé de lire quelques uns de ses poèmes, les poèmes d'amour surtout(pour vous éviter les épées, la gloire etc...), mais ce serait parfaitement inutile...

    Georges MELKI

    07 h 47, le 04 décembre 2014

  • Mme Abou Dib, "le nationalisme primaire" selon votre dure expression ce jour, "le vocabulaire exalté, émaillé d'épées, de défis, de gloire et d'astres tutélaires" de Said Akl et que "vous n'avez jamais goûté", tout cela fait partie justement de "ce pays qui n'a jamais fini d'accoucher de lui-même" mais auquel même ainsi nous nous attacherons et accrocherons éternellement, comme le suggère ce grand poète libanais. Par équité, il faut avouer quand même que ses rêves et ses exaltations poétiques sont infiniment plus délicieux que ce qui nous est offert comme loyautés à d'utres rivages que ceux de ce pays. Cela s'appelle trahison.

    Halim Abou Chacra

    06 h 08, le 04 décembre 2014

  • Faut le dire et le répéter : il existe bien 1 complexe du colonisé chez cette "Nouvelle Lumière" libaniste de l’arabisme, qui se traduit par une tendance pathétique à affirmer : "Je suis devenu libaniste, et je n’ai donc rien à voir avec cette masse arabe ignorante." ! Complexe du colonisé réactualisé avec ce "Äaëél", et qui frappe même certains "conVertis" ou enfants de "conVertis" qui, en définitive, assument mal leur "statut d’arabes" et finissent par surenchérir sur leur "moûdérnité libaniiiste" et sur leur "arabisme intérieuuur", opposé à l’archaïsme de l’arabisme ostensible de ces "autres" ; yîîîh ; majoritaires ! Il faut y voir l’une des conséquences des nombreuses campagnes arabophobes du temps du Mandat : il y a ceux qui résistent en se renforçant dans leurs convictions arabistes ; et ceux qui craquent. A certains égards, cette "Nouvelle Lumière" libaniste du vrai arabisme mahééék, est aussi victime de l’arabophobie ambiante. Mais une position de victime qui, dans son cas précis, a rapporté gros ! Un "produit" productif, mercantile donc, et un rêve inassouvi : promouvoir un arabisme sans arabes. Et l’on a vu alors "fleurir" les nombreux essais critiques sur les arabes et l’arabisme, de cet intellectuel-auteur franco-libaniste formaté dans les deux "cultures" et les deux langues françaises et arabes, véhiculant une vision nostalgique-mélancolique d’un modèle propre à ce genre d’élites acculturées levantines d’un siècle passé définitivement dépassé ; yâ hassértéééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    01 h 42, le 04 décembre 2014

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