Le secrétaire d'Etat John Kerry et son homologue iranien à Vienne, le 23 novembre 2014. L'Iran et les grandes puissances ont manqué lundi une rare occasion de conclure un accord sur le dossier nucléaire. Mais les négociations ont été prolongées de sept mois. REUTERS/Ronald Zak/Pool
Les médias iraniens étaient divisés mardi sur la prolongation des négociations nucléaires avec les grandes puissances, les conservateurs dénonçant un "échec" et les modérés saluant au contraire une décision "réaliste".
"Rien", titre le quotidien ultraconservateur Vatan Emrooz, au-dessus d'une demi-page blanche, symbole du résultat d'une semaine de tractations intensives à Vienne entre les négociateurs iraniens et ceux du groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Allemagne).
La prolongation des discussions pour sept mois, jusqu'en juillet 2015, est une "technique de négociation" qui offre une couverture pour masquer "l'échec des discussions dû aux demandes excessives de l'Amérique", ajoute le quotidien.
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L'Iran et les grandes puissances ont manqué lundi une rare occasion de conclure un accord sur le dossier nucléaire, un revers à l'issue duquel Washington et Téhéran ont assuré que rien n'était perdu, la négociation se trouvant à nouveau prolongée de sept mois.
Le président iranien, Hassan Rohani, a même affirmé que les négociations - dont son pays a tant besoin pour relancer son économie - aboutiraient à un accord définitif à l'issue du nouveau délai, fixé au 1er juillet 2015. Les dernières discussions à Vienne ont permis de "régler la plupart des différends", a affirmé ce dirigeant modéré, qui avait été avare de ses paroles ces derniers jours. Comme en écho, John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, a évoqué "des progrès importants".
Reste qu'après une semaine de tractations ininterrompues, "il n'a pas été possible d'obtenir un accord", comme l'a reconnu le secrétaire au Foreign Office Philip Hammond, en annonçant la prolongation des discussions. Ce résultat, qui préserve les chances du dialogue, est aussi un échec par rapport à l'ambition longtemps proclamée de clore le dossier lundi soir. Il risque de renforcer les intransigeants qui, à Washington et à Téhéran surtout, contestent l'intérêt de négocier.
"Respirateur artificiel"
Pour la presse conservatrice, les Etats-Unis, ennemi historique de la République islamique, sont ainsi les premiers responsables du statu quo. "Leur stratégie était de ne pas parvenir à un accord (pour que) l'Iran en soit considéré comme responsable", écrit Siasate-Rooz. Téhéran, sans souhaiter cette prolongation, l'a "acceptée afin de ne pas donner d'excuse" à Washington. Alors que les chefs de la diplomatie iranienne et américaine se sont rencontrés huit fois à Vienne, le journal souligne qu'"au sein du 5+1, il y a d'autres pays, comme la Russie ou la Chine qui peuvent avoir un rôle vital" dans les négociations.
Javan, lié aux Gardiens de la révolution, ironise sur cette prolongation qui offre "sept mois de respirateur artificiel pour la diplomatie nucléaire".
Les grandes puissantes "arrogantes" ont tenté vainement de mettre l'Iran à genoux, lisait-on en outre mardi sur un compte Twitter considéré par les spécialistes comme géré par les services du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. "Sur la question du nucléaire, les arrogants ont fait de leur mieux pour mettre l'Iran à genoux, mais ils n'ont pas pu et ne pourront pas le faire", lit-on dans un message rédigé en anglais.
In the #nuclear issue, arrogants have made their best to bring #Iran to its knees but they were not able and will not be able to do so.
— Khamenei.ir (@khamenei_ir) November 25, 2014
"Match nul"
En revanche, le quotidien gouvernemental Iran préfère parler d'un "match nul qui ne plaît pas aux spectateurs mais qui satisfait les deux équipes", considérant cette prolongation comme un "résultat réaliste". "Ce n'est pas terminé", titre le quotidien modéré Sharhvand évoquant "la prolongation de l'espoir", en allusion au nouveau délai fixé pour les discussions relancées officiellement en septembre 2013.
Pour le journal Shargh, un changement majeur est apparu marquant "la victoire du réalisme et du pragmatisme". L'Iran "n'est pas l'axe du mal comme l'imaginaient les Américains, et l'Amérique n'a pas de conflit insoluble (avec l'Iran) comme le pensaient les Iraniens".
"On ne devrait pas s'imaginer qu'après une (éventuelle) levée des sanctions, tous les problèmes économiques seront résolus", affirme néanmoins le quotidien Donyaye Eghtesad, selon qui "les sanctions étaient une couverture pour les nombreux mauvaises décisions du précédent gouvernement".
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Nouvelles sanctions
Le Congrès américain a,de son côté, fraîchement réagi lundi à la prolongation des pourparlers, certains parlementaires plaidant pour que de nouvelles sanctions soient votées contre Téhéran.
"Plus que jamais, il est primordial que le Congrès impose des sanctions qui ne donneront pas d'autres choix aux mollahs iraniens que de démanteler leur programme nucléaire illégal", a déclaré le sénateur républicain Mark Kirk. "Il n'est pas question que le Congrès accorde plus de temps à l'Iran pour se doter de la bombe nucléaire". Mark Kirk et le sénateur démocrate Robert Menendez, président de la commission des Affaires étrangères, travaillent ensemble depuis 2011 pour rédiger et faire adopter par le Sénat plusieurs volets de sanctions économiques contre Téhéran. Leur proposition de loi, qui imposerait de nouvelles sanctions en cas d'échec des négociations internationales, est bloquée depuis la fin 2013 par les alliés démocrates de Barack Obama au Sénat. L'exécutif souhaitait pouvoir négocier sans interférence du Congrès.
Le républicain Ed Royce, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, estime lui aussi que Barack Obama devrait imposer de nouvelles sanctions contre la République islamique comme levier dans les négociations. "Cette prolongation de sept mois devrait être utilisée pour resserrer l'étau autour de Téhéran -qui souffre déjà de la chute des prix des matières énergétiques- pour imposer les concessions que l'Iran refuse de faire". Sur ce point, le républicain a reçu le soutien du démocrate Brad Sherman. "Des sanctions modestes ont produit de modestes résultats", a-t-il déclaré sur Twitter. "De nouvelles sanctions sévères permettraient un bon accord".
(Pour mémoire: Victoire diplomatique pour Obama en cas d'accord sur le nucléaire iranien)
Des négociations "trop importante pour échouer"
Le groupe "5+1" et l'Iran s'efforcent de mettre fin à douze ans de tensions internationales sur le programme nucléaire controversé de Téhéran.
Les grandes puissances exigent que l'Iran réduise ses capacités nucléaires, afin d'empêcher qu'il dispose un jour de la bombe atomique. Téhéran soutient que son programme est pacifique, revendique son droit à une filière nucléaire civile complète, et demande la levée des sanctions économiques occidentales.
Un accord complet lundi soir aurait redonné du souffle à l'économie iranienne, grâce entre autres à la levée de l'embargo occidental sur le pétrole. Il offrirait aussi des perspectives de normalisation entre l'Iran et l'Occident, voire des coopérations sur l'Irak et la Syrie. Les parties vont désormais prolonger de sept mois l'accord intérimaire signé il y a un an à Genève, qui avait permis de lancer la négociation.
Leur nouveau plan prévoit une première période "politique" jusqu'en mars, suivie d'une phase pour affiner les détails jusqu'en juin.
Comme c'était déjà le cas depuis un an, l'Iran va bénéficier d'un dégel de ses avoirs à hauteur de 700 millions de dollars par mois (564,2 millions d'euros) pendant cette période, et s'abstiendra en échange d'une partie de ses activités nucléaires.
Sans attendre, des sources européennes ont indiqué que l'Union européenne prolongerait le gel de certaines de ses sanctions économiques contre l'Iran.
La prolongation des pourparlers sera délicate politiquement pour le président Rohani et Barack Obama, tous deux aux prises avec ce que l'analyste Kelsey Davenport, interrogée par l'AFP, appelle "les durs qui, à Washington comme à Téhéran, veulent saboter l'accord". Ali Vaez, un autre expert officiant pour l'International Crisis Group, estime cependant que la négociation entre l'Iran et les grandes puissances est devenue "trop importante pour échouer". Il a salué "la volonté politique forte des deux côtés de voir ce dossier aboutir".
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