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Liban

II - Embrace brise le silence et les tabous dans sa lutte contre le suicide

Société

Le suicide est un fléau, mais pas une fatalité. Une association a décidé de prendre le taureau par les cornes (voir notre édition du lundi 24 novembre).

25/11/2014

Agir ensemble contre l'isolement, la solitude, la dépression, le suicide, tel est le défi majeur de l'association Embrace qui, en étroite collaboration avec l'AUBMC (Centre médical de l'Université américaine de Beyrouth), a mené une enquête auprès de jeunes étudiants et lancé récemment une première et importante campagne de sensibilisation dans le but d'attirer l'attention de la population sur l'ampleur de la problématique du suicide des jeunes, tout en l'outillant pour faire face au risque suicidaire .
« Le suicide est un sérieux problème de santé publique qui touche toute la communauté », déclare le Dr Ziad Nahas, président du département de psychiatrie de l'AUBMC, également fondateur et président de l'association Embrace. « Le phénomène est présent partout dans le monde et touche des individus à n'importe quel âge. C'est aussi la deuxième cause de décès chez les jeunes entre 15 et 29 ans. Sur une vingtaine de personnes qui tentent de mettre fin à leur vie, une seule en meurt. Dans son dernier rapport sur la lutte contre le suicide, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé 43 décès survenus au Liban en 2012 alors que 107 cas ont été officiellement recensés dans les registres libanais. Force est de constater dès lors que dans notre société, une personne se suicide tous les trois jours !


Toutefois, les experts pensent fermement que ce chiffre ne correspond pas au nombre exact de tentatives, soigneusement camouflées pour des considérations d'ordres social, religieux et juridique », explique le psychiatre. Par ailleurs, des études récentes menées par le département de psychiatrie à l'AUBMC mettent l'accent sur le taux élevé d'idées suicidaires chez les jeunes et soulignent l'urgence de lutter contre ce phénomène, de mieux le prévenir. « Le suicide est évitable, insiste le Dr Nahas. 90 % des cas sont le résultat d'une pathologie mentale. La majorité de ceux qui passent à l'acte sont atteints de troubles psychiques curables (dépression, usage de drogue, dépendance à l'alcool, schizophrénie...). Selon les données de terrain depuis le début de 2014, on estime que le taux de suicide augmentera de 25 % par rapport aux années précédentes. »
« Tous ceux qui se suicident ne veulent pas mourir effectivement, ils se donnent la mort car ils souffrent tellement que la vie leur devient insupportable », signale-t-il. Selon le Dr Nahas, au Liban, « une personne sur quatre souffre d'un trouble mental, mais seule une minorité accepte de le reconnaître et de suivre un traitement ».
Le psychiatre considère que « l'État devrait agir au niveau de la prévention ». « Le suicide n'est pas uniquement le problème du suicidé, mais aussi celui de toute la société, de l'État, de la structure politique, économique et sociale dans un pays, d'où la nécessité de l'adoption d'un programme adéquat pour la prévention contre le suicide. »

 

« Bien sûr que je me réveillerai »
« En parler, c'est recommencer à vivre ! » poursuit le Dr Nahas. « Embrace brise le silence, le tabou et s'engage à travers sa campagne nationale à informer, à sensibiliser le grand public afin de faire face à "ce fléau", de venir en aide aux personnes les plus vulnérables ainsi qu'à leurs proches, de solliciter des fonds pour couvrir les frais des traitements psychiatriques pour les maladies sévères et secondaires qui ne sont pas couvertes par les assurances au Liban », explique le Dr Nahas avant de souligner que « la campagne de prévention contre le suicide a été axée d'abord sur la conception et la diffusion d'un important matériel de sensibilisation et de communication : un spot télévisé avec le ministre de la Santé publique, Waël Bou Faour, des panneaux publicitaires, des affiches ».


Elle a ensuite tablé sur l'organisation d'événements publics pour « une prévention plus visible et pour rappeler qu'un Libanais tente de mettre fin à sa vie tous les trois jours. "Akid ra7 fee2" (Bien sûr que je me réveillerai) était le titre de la campagne menée pour encourager le public à participer à la marche qui a eu lieu il y a quelques mois, à 5 heures du matin, sur la corniche surplombant le rocher mythique de Raouché. Ce titre a été choisi non seulement parce que la marche était trop matinale, mais aussi parce que c'était l'aube d'une nouvelle vie. Les fonds recueillis seront destinés au financement d'une "hotline" pour venir en aide aux personnes qui songent au suicide et qui cherchent d'autres solutions que la mort pour surmonter leurs problèmes ».

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