À Guantanamo, les gardiennes de prison sont persona non grata, certains détenus musulmans voyant dans leur contact au quotidien une atteinte à leur religion.
Un juge militaire vient d'interdire la gent féminine auprès d'un prisonnier irakien qui l'avait expressément demandé et avait refusé d'être « touché » par une femme lorsqu'il était menotté et escorté de sa cellule jusqu'au tribunal, ou encore pour rencontrer ses avocats. « La foi musulmane exige qu'il évite tout contact physique avec toute femme qui n'est pas son épouse ou membre de sa famille », écrit le juge J. Kirk Waits, en donnant raison au prisonnier Abd al-Hadi al-Raqi.
Sur cette base navale américaine, à Cuba, les femmes soldats déployées dans la prison portent les mêmes treillis et les mêmes boots que les hommes. Le maquillage et les bijoux sont proscrits. Seul signe extérieur de féminité : le chignon qui enserre leurs cheveux sur la nuque. Leur mission n'est pas toujours facile. Une jeune infirmière, chargée de l'alimentation forcée, reconnaît que certains grévistes de la faim refusent qu'elle les sangle sur la chaise de contention ou qu'elle mette en place la sonde naso-gastrique, parce qu'elle est une femme. Elle admet avoir essuyé des « crachats ». « Mais j'ai continué mon boulot », assure la militaire identifiée seulement par le nom « Beeds » sur sa poitrine, pour que les détenus ne connaissent jamais son vrai nom.
Pour Zach, le conseiller culturel de la prison, de confession musulmane, rien n'interdit dans sa religion d'être soigné ou touché par une femme pour des raisons médicales. « Tant que le contact ne signifie rien d'autre, elles ne touchent pas la peau, elles portent des gants, elles portent des habits, ce n'est qu'un travail », souligne cet Américain d'origine jordanienne, employé par le Pentagone pour servir de « passerelle » entre les détenus et les gardiens. « Les extrémistes jouent sur l'ignorance des gens. Depuis que je suis arrivé en 2005, le sujet est revenu sur le tapis plusieurs fois, raconte-t-il, visiblement furieux de cette lecture du Coran. Plus nous faisons attention à leurs revendications, plus nous encourageons l'extrémisme. »
Chantal Valery/AFP
Moyen Orient et Monde - Guantanamo
« Elles ne touchent pas la peau, elles portent des gants »
OLJ / le 17 novembre 2014 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine