La conférence de presse du chef du gouvernement serbe Aleksandar Vucic et son homologue albanais Edi Rama a viré à un accrochage verbal entre les deux dirigeants. Marko Djurica/Reuters
La visite historique du Premier ministre albanais en Serbie a été ternie par un accrochage verbal avec son homologue serbe sur le Kosovo, incident qui a une nouvelle fois illustré les profondes divergences entre Serbes et Albanais dans les Balkans.
En effet, toutes les belles paroles prononcées hier par le chef du gouvernement serbe Aleksandar Vucic et son homologue albanais Edi Rama en ouverture d'une conférence de presse, portant sur la coopération et la bonne entente régionale ainsi que sur l'adhésion à l'Union européenne, ont volé en éclats lorsque M. Rama a prononcé le mot Kosovo.
Déjà, cette visite, la première d'un chef de gouvernement albanais en 68 ans, intervenait dans un climat de regain de tensions entre les deux nations.
Cette visite aurait dû permettre d'apaiser les tensions qui pèsent sur les relations bilatérales en raison du vieux contentieux de l'indépendance du Kosovo mais aussi des revendications de la minorité albanaise de Serbie qui réclame davantage d'autonomie, voire même un rattachement au Kosovo majoritairement albanais.
M. Vucic s'est offusqué et a dénoncé une « provocation » lorsque M. Rama a abordé le sujet du Kosovo en appelant la Serbie à reconnaître la « réalité irréversible » de l'indépendance de cette ex-province serbe, majoritairement albanaise.
« Je ne m'attendais pas à cette provocation de la part de M. Rama, de parler du Kosovo, car je ne vois pas ce qu'il a à voir avec le Kosovo. Je dois lui répondre car je ne permettrai à personne d'humilier la Serbie à Belgrade », a dit M. Vucic contenant difficilement sa colère. « Selon la Constitution, le Kosovo fait partie de la Serbie et n'a rien à voir avec l'Albanie et n'aura jamais rien à voir », a-t-il poursuivi, soulignant que le sujet du Kosovo ne figurait pas à l'agenda officiel des discussions.
Auparavant, s'adressant à la presse, M. Rama avait rappelé que « le Kosovo indépendant » était reconnu par plus d'une centaine de pays dont les États-Unis et une majorité des pays membres de l'Union européenne. « C'est une réalité irréversible et cette réalité doit être respectée », a-t-il affirmé devant son homologue serbe qui écoutait, choqué, la traduction.
L'incident du drone
La visite de M. Rama avait été mise en cause à la suite des graves incidents le 14 octobre à Belgrade qui avaient entraîné l'arrêt du match de football Serbie-Albanie comptant pour les qualifications pour l'Euro 2016. Initialement prévue le 22 octobre, la visite avait été reportée de trois semaines.
Ces incidents – considérés par la Serbie comme une « provocation politique » –, engendrés par le survol du stade belgradois par un drone portant le drapeau de la « Grande Albanie », ont dégénéré en une crise politique sans précédent accompagnée de vifs échanges entre Belgrade et Tirana illustrant la fragilité des relations entre les deux nations. La « Grande Albanie » est un projet nationaliste visant à réunir tous les Albanais en un seul État, dont le Kosovo.
Pourtant, même si Belgrade refuse de reconnaître l'indépendance du Kosovo, des progrès significatifs ont été réalisés, notamment la conclusion, sous la houlette de Bruxelles, d'un accord considéré comme « historique » portant sur la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina.
M. Rama a aussi appelé au respect des droits de la minorité albanaise du sud de la Serbie, environ 60 000 personnes, qui vivent dans la Vallée de Presevo. Rongée par la pauvreté et le chômage, sciemment négligée par les autorités de Belgrade qui accusent régulièrement les Albanais de visées séparatistes, cette région, qui souhaite s'unir avec le Kosovo voisin, a été le théâtre d'un bref mais violent conflit armé en 2001.
(Source : AFP)


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