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Nos lecteurs ont la parole - Joëlle Ghossain

Distorsions linguistiques et autres bizarreries sémantiques

Bien des mots qui font partie de notre langage quotidien ont été détournés de leur signification première. Galvaudés, malmenés, vulgarisés, ils masquent leur sens véritable, ce pourquoi ils ont été créés : exprimer un état, une sensation, voire une idée. Pas besoin de faire des études étymologiques très poussées pour se rendre compte de cet état de fait. Précision et subtilité sont des caractéristiques indispensables pour qualifier la pertinence d'un mot et dans un sens plus large la richesse d'une langue. Banalisés, les noms de certaines maladies très graves, douloureuses, voire handicapantes, sortent du contexte pathologique pour s'appliquer à tout un chacun. Il suffit d'oublier le prénom d'un acteur pour s'entendre dire : « Ah ! Déjà, t'as alzheimer, c'est un peu tôt, dis. » Pour désapprouver vos croyances, un ami d'ami qui ne partage pas vos convictions n'hésite pas à vous traiter de mongolien ou de retardé mental, derrière votre dos, naturellement – bienséance oblige. Parmi les termes très tendance figure celui de bipolaire, qu'on vous colle dès que vous arrêtez de vous esclaffer dans une soirée, car vous venez de vous rappeler que vous avez oublié d'acheter les remèdes contre cette satanée migraine qui commence à marteler votre cerveau imbibé d'alcool. Si d'aventure vous avez la chance d'avoir une bonne mémoire ou, pis encore, un penchant pour la lecture, et de vous complaire dans une solitude occasionnelle pour échapper aux visites de condoléances, vernissages et autres events, on se gausse de vous en vous collant l'étiquette d'autiste.
Il suffit de regarder autour de soi, de surfer sur la Toile, de visiter des sites spécialisés ou de consulter un simple dictionnaire pour mesurer le drame humain et les souffrances morales et physiques que ces maladies provoquent chez les personnes atteintes et leur famille. Dans ce contexte, employer des termes inappropriés constitue une double violation : celle de la langue et celle, plus grave encore, de la dignité des personnes qui souffrent.
Il serait amusant de dénombrer les mots qu'on emploie tout au long de la journée d'une manière inadéquate pour communiquer avec les autres. Donner un pourboire au voiturier en l'appelant mon amour (habibi) semble être une réaction à un produit hallucinogène, mais que nenni, ça ne veut absolument rien dire. En fait, on le hait car il a sûrement reculé le siège conducteur, marqué de son empreinte sudoripare le cuir de la berline et effacé les stations FM que vous avez mises consciencieusement en mémoire. Se faire appeler darling par la vendeuse de M&S à Londres est très sympa mais ne veut strictement rien dire, sinon vous pousser à la consommation, au détriment de la langue de Shakespeare.
Utiliser sans cesse des superlatifs pour encenser ou décrier des situations, des œuvres ou des personnes est déboussolant et ne reflète pas la réalité. Si un banal tee-shirt est sublimissime, que dire d'une robe brodée main de Dior ? Horrible, abominable, exécrable sont des adjectifs qui peuvent être employés aussi bien pour décrire un génocide qu'une simple remarque maladroite émanant d'une amie dépitée. Si l'on dit de vous que vous êtes une personne gentille (aimable, complaisante, d'après le Larousse), vous vous offusquez en pensant que cela veut dire que vous manquez d'intelligence.
La langue remplit une fonction sociale fondamentale qui est la communication entre les individus. Enrichie par de nouveaux apports linguistiques, elle évolue et se modifie au fil des siècles, mais ne doit pas s'égarer et se perdre en laissant galvauder les mots et les locutions. C'est un outil extrêmement puissant dont il faut perfectionner le maniement. Pas besoin de passer sa vie en école de rhétorique comme les latins, mais en réfléchissant quelques secondes avant d'écrire ou de parler, on peut utiliser le mot exact en respectant sa signification originelle. Il faut une certaine discipline pour s'efforcer de parler correctement en respectant le sens de chaque mot. Cela améliorera la communication et la compréhension entre les hommes.

 

Bien des mots qui font partie de notre langage quotidien ont été détournés de leur signification première. Galvaudés, malmenés, vulgarisés, ils masquent leur sens véritable, ce pourquoi ils ont été créés : exprimer un état, une sensation, voire une idée. Pas besoin de faire des études étymologiques très poussées pour se rendre compte de cet état de fait. Précision et subtilité sont des caractéristiques indispensables pour qualifier la pertinence d'un mot et dans un sens plus large la richesse d'une langue. Banalisés, les noms de certaines maladies très graves, douloureuses, voire handicapantes, sortent du contexte pathologique pour s'appliquer à tout un chacun. Il suffit d'oublier le prénom d'un acteur pour s'entendre dire : « Ah ! Déjà, t'as alzheimer, c'est un peu tôt, dis. » Pour désapprouver vos...
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