Des statues peintes en argile pour représenter l’horreur et la destruction psychologique que vivent les habitants de Gaza. Mahmoud Hams/AFP
Au milieu des décombres laissés par les bombardements israéliens, émergent des silhouettes couleur argile qui racontent la fuite, la peur et les destructions : avec ses statues, Iyad Sabbah retranscrit la douleur de 50 jours de guerre à Gaza. Ce professeur d'art plastique à l'université al-Aqsa de Gaza a installé ses statues en fibre de verre recouvertes d'argile, dont certaines sont constellées de taches de peinture rouge, à proximité de maisons écrasées sous les bombes dans le quartier de Chajaya à Gaza, l'un des plus ravagés par la guerre. Dans ce secteur ayant été soumis sans répit aux bombardements, ses œuvres ont une résonance particulière. « Ces statues nous rappellent la guerre, quand nous fuyions, hommes, femmes ou enfants. Certains sont partis avec juste leurs sous-vêtements sur le dos », lâche Mohammad al-Latif, 20 ans, devant l'installation en plein air. Lui-même a fui sa maison peu avant qu'elle ne s'écroule à la suite du passage des drones israéliens.

Iyad Sabbah devant ses oeuvres. AFP/MAHMUD HAMS
« Incarner la souffrance »
« Ces statues sont une nouvelle forme d'art pour incarner la souffrance des Gazaouis durant la guerre », explique Iyad Sabbah, ravi de l'accueil enthousiaste que ses compatriotes ont réservé à ses Gazaouis d'argile. Lui qui redoutait une levée de boucliers des conservateurs se réjouit de voir des dizaines d'enfants et d'adultes s'agglutiner autour de ses statues. Face à ces enfants d'argile, d'autres, bien vivants, s'interrogent. « C'est très joli, mais pourquoi installer ces statues ici, à l'endroit où les juifs nous ont bombardés ? » lance, ingénu, Salah al-Khissi, un jeune collégien sur le chemin de son école toute proche, qui porte encore les stigmates de la guerre.
« Avec ce projet, je parle de la fuite des habitants de leur maison et j'essaye de braquer les projecteurs sur les crimes que les Israéliens ont commis ici », explique l'artiste. « Pour les Gazaouis, cette forme d'art est inconnue et assez étrange », poursuit-il. Mais, en investissant l'espace public, il espère qu'elle contribuera à « soigner l'humain et s'occuper des Palestiniens détruits psychologiquement ».

Des enfants face aux statues. AFP/MAHMUD HAMS
« Société effondrée »
Iyad Sabah a choisi de déstructurer ses statues. De face, on pourrait presque les croire vivantes. Mais quand on tourne autour, leurs dos sont vides, l'argile y est craquelée, pour suggérer « l'effondrement de la société ».
Avec ces statues, qui mettent un visage sur la souffrance, le plasticien dit aussi espérer « envoyer un message à Israël, pour qu'il prenne conscience qu'il a détruit l'humanité des Gazaouis en détruisant leurs maisons et leurs infrastructures ». Pour Mohammad Mouslim, également professeur d'art à l'université al-Aqsa, les statues d'Iyad Sabah ne font pas que raviver les souvenirs de la guerre. Elles « expriment une dynamique, les familles repartent et ont besoin de l'aide du monde pour retrouver une vie normale ».
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