X

Économie

Liberté économique : après l’Espagne, le Liban connaît le plus grand recul au monde

Conjoncture

Le Liban a dégringolé dans le classement de l'Institut Fraser 2014 sur la liberté économique. Un recul qui ne surprend pas les économistes interrogés par « L'Orient-Le Jour ». Trop de pressions internationales sur le secteur bancaire ? Un secteur public qui intervient de plus en plus dans l'économie, notamment via la nouvelle grille des salaires ? Les avis sont partagés.

25/10/2014

Après l'Espagne, le Liban a connu le pire recul au monde en matière de liberté économique, a indiqué l'Institut Fraser dans son dernier rapport. Le pays s'est rangé 60e parmi 152 économies dans le monde, soit une chute de 21 places en comparaison avec sa 38e position dans le classement de 2013, selon le Lebanon this Week qui cite le rapport.
Samir Daher, conseiller économique de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, explique la dégringolade du Liban en matière de liberté économique par le coût supplémentaire de la nouvelle grille des salaires. « Cette question a considérablement gonflé le budget et augmenté la taille du secteur public au détriment de celui du privé », a-t-il estimé dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour.
C'est également l'avis de Nassib Ghobril, économiste en chef à la Byblos Bank. « Ce recul du Liban ne me surprend pas. Le pays ne cesse de dégringoler dans la plupart des classements mondiaux, a-t-il déclaré. Aucune réforme n'a été entreprise pour alléger les coûts opérationnels sur le secteur privé, tandis que les attaques envers le secteur bancaire se multiplient dans le pays. » L'économiste fait référence aux nouvelles taxes prévues pour financer la nouvelle grille des salaires. « Lentement mais sûrement, nous avançons vers l'État providence », s'inquiète-t-il.

Les pressions internationales sur le secteur bancaire en cause ?
« Le Liban ne jouit effectivement plus de la même liberté économique qu'auparavant, mais cela est une bonne chose, commente Greta Saab, professeure d'économie à l'Université de Balamand. Le pays n'est plus la Suisse du Moyen-Orient. Dans le monde, le libre-marché a prouvé ses limites comme en 2008. Il est temps de réguler l'économie. »
Selon l'économiste, la situation politique en 2014 et les pressions internationales à répétition sur le secteur bancaire libanais ont poussé les institutions financières locales à prendre des mesures plus sévères pour ne permettre aucun questionnement sur les pratiques bancaires. « Après le cas de la Lebanese Canadian Bank, accusée en 2011 d'avoir blanchi de l'argent de la drogue aux États-Unis au profit du Hezbollah, puis l'adoption de la Fatca par le Congrès américain, dont l'objectif principal est de combattre l'évasion fiscale des Américains via leurs comptes offshore, le Liban est désormais soumis à de nombreuses réglementations internationales et commence à les appliquer à la lettre, et cela est une bonne chose », estime Greta Saab.

 

(Lire aussi : Inscrit sur la liste noire du Trésor américain, le groupe libanais DK se défend)



Avec une économie fortement dollarisée où 75 % des transactions sont effectuées en billets verts, le Liban est obligé d'être bon élève en matière de transparence bancaire. « Nous ne pouvons nous permettre la moindre interrogation concernant le secteur bancaire, poursuit l'économiste. Il s'agit du fer de lance de l'économie libanaise. La position conservatrice de Riad Salamé en la matière est d'ailleurs exemplaire. »

Le Liban a en outre été classé 10e parmi 39 pays à revenus moyens supérieurs (PRMS) inclus dans l'étude et 7e parmi 14 pays arabes. L'indice utilisé par l'institut mesure le degré de liberté dans une économie en se basant sur 42 variables divisées en cinq facteurs influant sur la liberté économique. Ces derniers sont : la taille du gouvernement, la structure juridique du pays en matière de protection des biens de propriété, l'accès au financement, le libre-échange avec les pays du reste du monde, la réglementation des crédits, du travail et des entreprises.

En comparaison avec le reste du monde, le Liban est « économiquement plus libre » que l'Albanie et la Jamaïque, mais moins que la France, l'Ouganda et le Koweït. Par ailleurs, l'économie libanaise a été considérée « moins libre » que celles de l'île Maurice, du Pérou, du Costa Rica, de Roumanie, du Monténégro, de Bulgarie, de Hongrie et du Botswana parmi les PRMS.
Le Liban s'est ainsi vu attribuer le score de 7,19 points sur une échelle allant de 0 à 10, une note en baisse en comparaison avec les 7,42 points obtenus en 2013. Le score du Liban a été inférieur à celui de la moyenne des pays du Golfe (7,46 points), mais au-dessus de celui de la moyenne des pays arabes (6,50 points), de la moyenne mondiale (6,85 points) et de celle des PRMS (6,70 points).
Plus en détail, le score du Liban dans la catégorie « taille du gouvernement » a chuté de 7,9 % en comparaison avec 2013, celui concernant l'accès au financement ayant perdu 0,5 %, celui sur la réglementation des crédits, du travail et des entreprises 1,7 %, celui évaluant la structure juridique du pays en matière de protection des biens de propriété ayant diminué de 7,7 % et celui sur le libre-échange avec les pays du reste du monde, de 0,3 % en glissement annuel.

Rappelons que l'Institut Fraser est un centre de recherches indépendant basé au Canada dont la mission est d'étudier et de mesurer l'impact de la compétitivité des marchés et de l'intervention des États dans le bien-être individuel.

 

Lire aussi
L'économie libanaise a perdu 17 milliards de dollars depuis le début de la crise syrienne

À la une

Retour à la page "Économie"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIEU D'AUGMENTATIONS DE SALAIRES, DANS LA SITUATION Où EN EST LE PAYS, IL FALLAIT DÉCIDER DES RÉDUCTIONS DE SALAIRES... DANS LE PUBLIC ET DANS LE PRIVÉ... POUR RELANCER L'ÉCONOMIE... QUE LES BOYCOTTAGES DE L'ABRUTISSEMENT ET LES AVENTURES DANS LE VOISINAGE... GÉNÉRATEURS D'INSÉCURITÉ... POUSSENT TOUS LES JOURS... DE PLUS EN PLUS... PLUS PROFONDÉMENT DANS L'ABYSSE !

George Sabat

(Deuxieme suite)Mais tout ceci pâlit en comparaison avec les cinq milliards de dollars qui sont gaspilles chaque année pour « SERVIR » (le terme est exquis) une dette qui n’aurait jamais du exister au départ, ou plutôt qui aurait du être remboursée au cours des cinq années qui suivirent la reconstruction qui suivit la fin de la guerre civile dans notre pays. Même, a présent, il nous serait loisible de mettre en train un programme de rédemption de cette dette qui s’étalerait sur les vingt prochaines années mais qui nous permettrait de la rembourser, sans douleurs, jusqu’au dernier cent. Pourquoi personne ne songe a en parler ? Ce n’est certainement pas par manque d’économistes au Liban. Nous en avons plusieurs qui sont superbement qualifies. Certains d’entre eux réalisent-ils que dans quelques années ce fameux « service » de la dette va inévitablement atteindre, a lui seul, dix milliards de dollars par an, par suite des intérêts composes ?
Mais, voila messieurs, les patriotes sincères dans ce pays sont interdits de parole. Pour plus de renseignements, je me contenterais de vous référer au blog que j’ai consacre a ce sujet et que vous pouvez lire a l’adresse suivante : http://www. how-to-save-188-billion-dollars.blogspot.com

George Sabat

(Suite)Oui Messieurs, il faudrait, dans de telles circonstances, être autorise a appeler un chat un chat.Comment se fait-il que personne ne soit jamais intervenu pour protester contre le fait que durant, des années, et plus particulièrement, les cinq dernières, le Trésor public a été floue d’environ un milliard a un milliard et demi de dollars chaque année a travers la non perception des droits d’enregistrement des bien-fonds ? Pourquoi aucun citoyen n’a jamais songe a protester contre ces manipulations grossières que j’avais souligne a maintes reprises des l’année 2009, mais que certains officiels au Ministère des Finances ont dédaigné d’en tenir compte?
Et les deux milliards de dollars qui sont « gaspilles » allégrement, simplement parcequ’une bande de profiteurs s’opposent a ce que les nouvelles centrales a gaz soient construites et que les détournements a l’EDL ne soient révèles a travers une comptabilité de direction sérieuse et impartiale ?

George Sabat

Messieurs Samir Daher et Nassib Ghobril je vous remercie tous deux pour vos commentaires concernant le sujet des libertés économiques au Liban. Vous soulevez tous deux le problème de la grille des salaires comme si elle représentait la seule, ou du moins la plus lourde pierre d’achoppement a l’essor économique du Liban. Permettez-moi de vous contredire là-dessus. La grille des salaires, si elle finissait par être approuvée en dernière instance, ne représenterait qu’un poids supplémentaire d’un milliard a un milliard et demi de dollars par an. Cet alourdissement est sans nul doute important, j’en conviens.
Je considère, cependant, que ce montant qui est légalement du et qui représente la somme des négligences passées de nos dirigeants, ne fait pas le poids par rapport aux cinq milliards de dollars qui sont gaspilles sans scrupules chaque année par ces mêmes dirigeants avec le consentement tacite de certains de vos collègues.

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.