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Nos lecteurs ont la parole - Joumana Debs

Impressions d’un voyage en Iran

Curieux de connaître l'Iran des mollahs, nous nous engageons, lors de notre voyage en Iran organisé par le professeur Victor Kick, avec vigilance, dans la découverte de l'Iran et de son peuple. La splendeur du palais Golestân, des bijoux des dynasties impériales ainsi que les merveilles architecturales des diverses mosquées ne nous empêchent pas de débattre des changements socio-économiques. Une population affable vient à notre rencontre. Désir de connaître l'étranger, ses coutumes et ses modes vestimentaires? Dans nos tenues, nous avions pris soin de respecter le code islamique et les traditions, tranchant quelque peu avec la sobriété de leur tchador noir.
Des groupes de femmes ou des familles nous approchent, engagent brièvement la conversation et prennent des photos en notre compagnie. Une femme me prête son tchador le temps d'une photo. Des chrétiens libanais en terre iranienne, une originalité!
Dans les rues, autour des bazars, dans les différentes villes visitées, des femmes circulent sans tchador, avec un voile qui laisse dépasser quelques mèches. Est-ce une forme de résistance au pouvoir ou un certain laxisme des autorités? Selon l'AFP, le président Rohani avait demandé en octobre 2013 à la police de faire preuve de tolérance au sujet du hijab.
Occupant une place centrale dans les préceptes de la révolution islamique, le voile constitue un symbole de la discrimination contre la femme. Privant la femme de ses droits en tant qu'être humain, essentiellement en ce qui concerne le mariage, le divorce et l'héritage, pensant la soustraire à la convoitise des hommes mais aussi aux valeurs de l'Occident, le système la soumet à la répression en lui imposant le hijab.
Pour le mariage, la moyenne d'âge est à 15 ans, elle atteint tout au plus 17 ou 18 ans. Si la femme a accédé au Parlement (vingt-cinq femmes y sont présentes), il y a lieu de se demander ce qu'elles représentent, le régime ou le peuple? Quoi qu'il en soit, elles ne peuvent accéder aux fonctions publiques.
Cependant, si la contestation féminine demeure minoritaire, elle prend de plus en plus d'ampleur parmi les étudiantes qui surfent sur les réseaux sociaux, et essentiellement parmi les journalistes, écrivaines et cinéastes malgré les risques qu'elles encourent. Les manifestations de 2009 contre la réélection du président Ahmadinejad ont révélé la présence féminine dans les rassemblements contestataires même si elles arboraient le voile et l'uniforme officiel. Pourtant, si la majorité de la population féminine ressent le poids du pouvoir autoritaire, l'impact de sa colère est atténuée par la religiosité qui demeure le recours ultime. Il reste que, depuis l'avènement du président Rohani, un climat de tolérance semble souffler sur le pays. Des réformes, nous dit-on, octroient plus de libertés, même relatives, aux femmes. Celles-ci entrent en bon nombre dans les administrations publiques. L'accès des Iraniennes aux universités est tel que leur nombre dépasse de loin celui des jeunes gens. Elles constituent un pourcentage de 67%. Cette fréquentation massive des universités a progressé dans le temps, même avant l'élection du président Rohani. Un bémol toutefois: ces universitaires n'accèdent pas facilement au marché du travail, qui est encore largement fermé aux femmes.
Si une démocratisation de la société devait s'amorcer, elle ne peut s'effectuer sans une réforme accordant à la femme ses droits les plus élémentaires et lui permettant de jouer un rôle actif dans la société.
Il en va de même de la jeunesse dont l'espace de rencontre se limite aux parcs et jardins nationaux dont les plus beaux se trouvent à Ispahan. C'est aussi un espace de loisir pour familles appartenant à ceux dont le niveau de vie ne leur permet pas des passe-temps plus coûteux. Si la chanson et la danse sont interdites dans les lieux publics, surtout pour la femme, il existe des lieux où de jeunes amateurs peuvent exercer leurs talents musicaux, comme les ponts d'Ispahan, dont le plus célèbre, le pont aux trente-trois arcades, le Si-O-TschoPol ou le pont Khajou. En groupes, musique et chants sont permis, même pour la femme, qui chante en chorale, musique et chants iraniens, bien entendu.
Les impressions furtives que nous avons recueillies au cours de nos visites des sites touristiques et des bazars, c'est la solidarité d'un peuple qui supporte stoïquement la paupérisation, les pénuries et les privations infligées par une situation économique dégradée par les sanctions de l'Occident, mais aussi par un plan de rigueur imposé par les autorités pour faire face à la crise économique et absorber la révolte populaire. La pénurie se reflète dans les boutiques des bazars, qui offrent un choix limité de marchandises. On constate la rareté des devises étrangères. Les grèves et contestations à partir de 2010 du bazar, connu traditionnellement pour être l'allié du clergé, soulèvent maintes interrogations sur le rôle contestataire du premier. En octobre 2012 les manifestations du grand bazar de Téhéran, après la dévaluation du rial iranien, avaient mobilisé les classes moyennes. Le soutien apporté à la Révolution islamique en 1979 pose le problème de savoir si le bazar ne s'achemine pas vers une lente contestation politique du régime.

Joumana DEBS

Curieux de connaître l'Iran des mollahs, nous nous engageons, lors de notre voyage en Iran organisé par le professeur Victor Kick, avec vigilance, dans la découverte de l'Iran et de son peuple. La splendeur du palais Golestân, des bijoux des dynasties impériales ainsi que les merveilles architecturales des diverses mosquées ne nous empêchent pas de débattre des changements socio-économiques. Une population affable vient à notre rencontre. Désir de connaître l'étranger, ses coutumes et ses modes vestimentaires? Dans nos tenues, nous avions pris soin de respecter le code islamique et les traditions, tranchant quelque peu avec la sobriété de leur tchador noir.Des groupes de femmes ou des familles nous approchent, engagent brièvement la conversation et prennent des photos en notre compagnie. Une femme me prête son tchador le...
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