Des forces de sécurité yéménites et des houthis observent la scène d’horreur après un attentat-suicide qui a fait au moins 47 morts. Mohammad Huwais/AFP
Un attentat-suicide portant la marque d'el-Qaëda et visant des chiites a fait au moins 47 morts et 75 blessés hier à Sanaa, la capitale du Yémen, pays empêtré dans une crise politique qui menace de se transformer en guerre civile.
À Sanaa, l'attaque commise par un kamikaze portant une ceinture d'explosifs, un mode d'action dont el-Qaëda est familier, a visé un rassemblement de partisans des houthis sur la place Tahrir. « Il est venu à un barrage de sécurité des rebelles d'Ansaruallah et s'est fait exploser au moment où on le contrôlait », a déclaré un témoin, Abdulsalam Amer. Un photographe présent sur place a décrit des scènes d'horreur, avec des corps déchiquetés par des billes d'acier qui ont été mélangées à l'explosif, et des civils pris de panique courant dans tous les sens. Les hôpitaux de Sanaa ont lancé des appels à des dons de sang et rappelé leurs personnels en congé pour soigner les blessés. De plus, un autre attentat-suicide également attribué à el-Qaëda a tué vingt soldats et blessé 13 autres à un barrage de l'armée dans le sud-est du pays
L'aggravation de la situation tombe au plus mauvais moment pour le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui a été incapable d'imposer le Premier ministre Ahmad Awad ben Mubarak nommé mardi. En réponse aux attentas, M. Hadi a « condamné le lâche attentat terroriste », le plus sanglant depuis que le réseau extrémiste sunnite el-Qaëda a menacé d'une guerre sans merci les houthis du mouvement Ansaruallah qui se sont emparés de la capitale le 21 septembre.
Un président fragilisé
Les attentats ont été commis quelques heures après que le président yéménite a accepté la démission d'un Premier ministre qu'il venait tout juste de nommer. Selon l'agence officielle Saba, le président a accédé à une demande du Premier ministre Ahmad Awad ben Mubarak d'être relevé de sa mission « dans le but de préserver l'unité nationale et de protéger le pays contre les divisions ». En fait, M. Hadi a cédé à la pression du chef des houthis Abdel Malek al-Houthi. Celui-ci avait menacé mercredi soir d'organiser une manifestation monstre hier à Sanaa pour contraindre le chef de l'État à « corriger la faute » qui a consisté, selon lui, à nommer M. ben Mubarak Premier ministre. L'agence officielle a d'ailleurs précisé que M. Hadi avait renoncé à cette nomination contre l'engagement des rebelles d'annuler leur manifestation. Cette nouvelle concession du président fragilise son pouvoir face aux rebelles chiites, auxquels il a déjà cédé en rectifiant une hausse des prix du carburant et en remerciant l'ancien gouvernement. Pour April Longley, spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group, « le risque » d'un conflit armé ouvert entre el-Qaëda et les houthis « est grand et ne cesse d'augmenter ». « El-Qaëda a ouvertement appelé à davantage d'attaques et il faut s'attendre à en voir plus », a-t-elle souligné. « La décision (du président Hadi) de nommer M. ben Mubarak a été une surprise et une faute politique de taille », a-t-elle ajouté.
(Source : AFP)


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