Rechercher
Rechercher

Créer de l’avenir

J'imagine qu'à présent, le sol, partout, est tapissé de couleurs légères que le vent, pareil à une musique d'elles seules audible, soulève et trousse, emporte dans des vertiges inracontables et fait crisser de joie dans la poussière encore chaude des derniers feux de l'été. Elle passe trop vite, la saison des feuilles mortes. Beaucoup trop vite pour qu'on perde nos jours à déplorer la vie qui s'impose à nous dans un pays de plus en plus déliquescent. Que pouvons-nous faire, en effet, pour changer la conjoncture dans laquelle nous sommes piégés ? Le Parlement est gelé, la présidence de la République est gelée. Seuls les ministres inaugurent encore quelques chrysanthèmes, et c'est avec une sorte de jubilation que nous leur remettons ces ciseaux sur coussin de velours pour leur faire couper des rubans. Qui dira le bonheur des rubans que l'on coupe ? À eux seuls, avec peut-être la mention « sous le haut patronage » figurant au haut d'un carton d'invitation, ils résument notre misère d'orphelins d'un État disparu.
On se demanderait presque par quel miracle notre armée tient encore et accomplit son devoir, aussi ingrat soit-il (on touche du bois), malgré l'évidente erreur stratégique qui a permis, dans le cadre d'une bataille annoncée et prévisible, la capture d'une trentaine de soldats et d'agents des Forces de sécurité intérieure aux mains des jihadistes. On se demande surtout qui sont ces coupeurs de tête et d'où ils ont surgi en tel nombre. On se répond que s'ils portent une cagoule, c'est qu'ils ont peur d'être reconnus. Ces gens-là seraient donc connus. On se demande qui est cet émissaire du Qatar, qui sont ces « ulémas » autorisés à prendre langue avec les preneurs d'otages en toute sécurité. Où disparaissent, d'ailleurs, et pour quelle raison, tant et tant d'individus au Liban ? On se demande aussi ce que vont devenir les réfugiés syriens dont le nombre est désormais considérable pour un petit pays comme le nôtre. Avec quelles ressources, avec quelles infrastructures leur donner asile ?
Voilà qui rend balbutiant, dans notre vocabulaire, le mot « avenir » et tout ce qui va avec : futur, plan, projet, perspective, horizon, programme, agenda. Non que nous ayons mis une croix sur ces petits luxes que notre géographie s'obstine à nous refuser, après tout si nous avons une religion commune, c'est bien celle d'« inchallah ». Dire que nous avions entamé ce siècle sur les chapeaux de roue. À l'époque, nous construisions des immeubles, nous plantions des arbres, nous avions bien cinq ans devant nous.
Ahmad, le serveur, n'est pas venu hier. Il a fait la queue plusieurs heures à l'ambassade d'Allemagne. Les yeux de son collègue brillaient d'envie en l'entendant raconter que son oncle lui donnerait du travail là-bas. Il va encore nous manquer une génération, et nous allons encore prendre de l'âge un peu plus seuls. Le seul moyen d'inverser cette fatalité est de nous reprendre, de nous remettre à entreprendre. On peut encore, on sait encore. L'inertie n'arrête pas le temps.

J'imagine qu'à présent, le sol, partout, est tapissé de couleurs légères que le vent, pareil à une musique d'elles seules audible, soulève et trousse, emporte dans des vertiges inracontables et fait crisser de joie dans la poussière encore chaude des derniers feux de l'été. Elle passe trop vite, la saison des feuilles mortes. Beaucoup trop vite pour qu'on perde nos jours à déplorer la vie qui s'impose à nous dans un pays de plus en plus déliquescent. Que pouvons-nous faire, en effet, pour changer la conjoncture dans laquelle nous sommes piégés ? Le Parlement est gelé, la présidence de la République est gelée. Seuls les ministres inaugurent encore quelques chrysanthèmes, et c'est avec une sorte de jubilation que nous leur remettons ces ciseaux sur coussin de velours pour leur faire couper des rubans. Qui dira le...
commentaires (1)

Nous ne sommes pas préparés pour créer de l’avenir de peur de nous tromper, nous ne pourrons jamais développer quelque chose de nouveau. Et arrivés à l’âge adulte, la plupart de nos enfants ont perdu cette capacité : ils ont développé la peur de l’erreur, ils s'enfuient vers d 'autres horizons .

Sabbagha Antoine

16 h 34, le 25 septembre 2014

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Nous ne sommes pas préparés pour créer de l’avenir de peur de nous tromper, nous ne pourrons jamais développer quelque chose de nouveau. Et arrivés à l’âge adulte, la plupart de nos enfants ont perdu cette capacité : ils ont développé la peur de l’erreur, ils s'enfuient vers d 'autres horizons .

    Sabbagha Antoine

    16 h 34, le 25 septembre 2014

Retour en haut