Mélody Bader.
Bilingues ou trilingues, ils se sont intéressés à l'arabe au point de vouloir se familiariser avec l'alphabet, l'écriture et les sons de cette langue radicalement différente de celles qu'ils maîtrisent déjà. Portés par des objectifs aussi bien personnels que professionnels, Melody Bader la Française, Benedikt Robl l'Allemand et Jason Klein l'Américain ont tous les trois voulu entamer un apprentissage qui demande de la motivation et de la rigueur.
Pour étudier une langue étrangère, il n'y a pas une seule et unique méthode. Si Melody, 22 ans, s'est inscrite pour suivre des cours d'arabe destinés aux débutants sur les bancs de sa fac, Jason, 27 ans, a commencé son apprentissage grâce à des logiciels qui lui permettent de travailler chez lui, à son rythme, indépendamment des autres. Benedikt, 22 ans, compte, quant à lui, sur les services de sa petite amie libanaise et de sa famille, qui acceptent volontiers de lui servir de professeurs d'arabe.
Auprès des jeunes étrangers, la langue arabe a la réputation d'être exigeante. « Il y a très peu de points communs entre l'arabe et l'américain, on peut vite se perdre dans l'apprentissage de l'arabe, alors il faut persévérer. De mon côté, j'aime beaucoup les sonorités de cette langue », avoue Jason qui, avant d'entamer son apprentissage, écoutait déjà des artistes comme Feyrouz et Oum Kalsoum. Benedikt, qui a passé une partie de ses vacances d'été au Liban, est du même avis : « Il y a des sonorités pas évidentes à reproduire mais, avec le temps et la pratique, j'arrive à prononcer ces lettres qui n'existent pas dans les alphabets allemand et français. » Melody trouve que l'arabe est une langue très riche, avec une calligraphie magnifique mais, comme Jason et Benedikt, elle pense qu'il faut déployer les efforts nécessaires à l'apprentissage. « Chaque lettre arabe s'écrit différemment, selon sa place dans le mot. Dès le début, apprendre cet alphabet est indispensable. Pour commencer, il faut obligatoirement s'entraîner à écrire chaque lettre, la lire, la prononcer. Si on ne le fait pas, on sera perdu durant tout le reste de l'apprentissage puisqu'on trouvera la langue trop compliquée. La travailler est donc essentiel. »
Un enrichissement personnel
Jason, jeune architecte d'intérieur vivant en Floride, a toujours été attiré par la culture arabe. « Le déclic s'est produit après avoir vu, enfant, un dessin animé de Disney, Aladdin. Adolescent, après un voyage en Égypte, je me suis intéressé de près à l'architecture, au cinéma et à la musique arabes. Apprendre cette langue étrangère m'apportera une ouverture d'esprit incomparable et c'est le moyen qui me permettra de m'imprégner davantage de cette culture si particulière. Dommage que cette langue étrangère soit dévalorisée dans mon pays ! »
Melody, en troisième année de licence en lettres modernes à l'Université de Haute-
Alsace (Aha), a voulu apprendre l'arabe pour s'ouvrir davantage à ses compatriotes d'origine arabe et pouvoir approcher une culture différente de la sienne. La jeune femme rappelle que l'arabe est la deuxième langue la plus parlée sur le territoire français et qu'il est nécessaire de lui accorder l'importance qu'elle mérite. « Les personnes d'origine arabe sont très nombreuses en France et j'ai trouvé qu'il serait enrichissant et intéressant de pouvoir échanger avec elles en arabe, note la jeune femme. Cela nous sociabilise, d'une certaine manière, car quand les gens voient que vous connaissez bien leur langue maternelle, ils sont plus enclins à discuter, à sourire, à rire, etc. Ils sont plus en confiance, voire même plus chaleureux. »
Pour Benedikt, apprendre l'arabe est essentiel pour se familiariser avec la culture et le pays de sa petite amie libanaise. Le jeune étudiant en stylisme à l'École de la chambre syndicale de la couture parisienne est plus que jamais motivé après sa seconde visite au pays du Cèdre. « J'adore la culture libanaise, les gens d'ici, la beauté du pays. J'aimerai bien pouvoir retourner l'année prochaine au Liban et être capable de comprendre et parler l'arabe. Pouvoir lire et écrire correctement, ce
sera pour après. »
Un atout professionnel
Melody reconnaît que maîtriser la langue est également important si l'on souhaite voyager ou travailler dans l'un des pays du Moyen-Orient. « Ce sont des contrées que je rêve de visiter, de découvrir. Il y a tellement de richesses et de belles choses à voir ! Partir en vacances dans ces pays, j'aimerais vraiment, et ce serait l'occasion de progresser dans l'apprentissage de la langue. » Jason estime que la pratique courante de l'arabe, langue utilisée dans plus de vingt pays différents, peut constituer un atout professionnel majeur. « Aujourd'hui, beaucoup parient que la maîtrise de cette langue étrangère offre des possibilités de carrière à l'étranger. Si l'occasion s'offre à moi, j'aimerai beaucoup travailler pendant quelque temps dans un pays du Golfe, Dubaï en particulier », avoue le jeune homme. De fait, le monde arabe est actuellement au premier rang dans plusieurs secteurs économiques et offre aux étrangers de belles opportunités professionnelles. Benedikt souligne l'importance de l'apprentissage de l'arabe pour son avenir : « De nos jours, avoir des notions d'arabe représente un plus dans le domaine de la mode. En ces temps de crise, la clientèle des maisons de haute couture vient essentiellement du Moyen-Orient. Il est important qu'un styliste puisse communiquer avec ses clients et leur faire plaisir en échangeant avec eux en arabe. »
La nouvelle génération semble donc avoir pris conscience que l'arabe, et pas seulement le chinois, s'annonce déjà comme une langue d'avenir.

