Devant le drapeau du Liberia, une femme nettoie un récipient. Dominique Faget/AFP
L'épidémie d'Ebola qui frappe l'Afrique occidentale a fait plus de 1 900 morts sur 3 500 cas confirmés en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, a indiqué hier à Washington la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan.
Ce dernier chiffre marque une forte accélération de la mortalité puisque la semaine dernière l'OMS faisait état de 1 552 cas sur 3 069 cas confirmés. Le nombre de morts dans cette épidémie sans précédent depuis l'apparition du virus en 1976 surpasse ainsi la totalité des décès de toutes les flambées précédentes. S'exprimant au cours d'une conférence de presse, la Dr Chan a également dit espérer qu'« avec la réponse internationale coordonnée, la mobilisation des fonds (au moins 490 millions de dollars) et la venue des experts techniques, nous espérons stopper toute transmission dans les six à neuf mois », du virus qui risque de toucher 20 000 personnes, contre plus de 3 000 aujourd'hui. Quant au Sénégal et à la République démocratique du Congo – où le bilan est passé de 13 à 31 morts – qui connaissent des cas isolés d'Ebola, « nous voudrions arrêter cette transmission localisée dans les huit semaines », a précisé la Dr Chan. Ces cas n'ont aucun lien avec l'épidémie qui fait rage dans les trois pays d'Afrique occidentale et dans une moindre mesure au Nigeria.
L'Onu de son côté s'alarme du risque de pénuries alimentaires dans les pays les plus touchés par l'épidémie d'Ebola. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (Fao), le manque de main-d'œuvre, l'interruption du commerce transfrontalier et les pénuries dus à la maladie suscitent de « fortes inquiétudes sur la sécurité alimentaire » au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée. Avec la mise en place de zones de quarantaine et les restrictions aux déplacements, « l'accès à la nourriture est devenu un grave problème pour beaucoup d'habitants des trois pays concernés et leurs voisins », a déclaré Bukar Tijani, représentant régional de la Fao pour l'Afrique. Les récoltes étant menacées et « les échanges et mouvements de marchandises fortement restreints, l'insécurité alimentaire est appelée à s'intensifier au cours des semaines et mois à venir », a-t-il ajouté.
« Coalition mondiale de l'inaction »
Dans ce contexte, Médecins sans frontières a une nouvelle fois pilonné l'OMS et la communauté internationale pour leur inefficacité face à la propagation de la maladie. « En six mois de la pire épidémie d'Ebola de l'histoire, le monde est en train de perdre la bataille pour la contenir. Les dirigeants n'arrivent pas à bloquer cette menace transnationale », a déclaré la présidente de MSF, Joanne Liu. « Les États se sont en général contentés de rejoindre une coalition mondiale de l'inaction », a-t-elle lancé dans un discours prononcé aux Nations unies à New York. La France, elle, va envoyer un premier groupe de cinq réservistes sanitaires à Conakry pour soutenir l'action des autorités sanitaires guinéennes contre l'épidémie, a annoncé hier la ministre de la Santé, Marisol Touraine.
Pendant ce temps, à son retour d'Afrique de l'Ouest, un haut responsable sanitaire américain, le Dr Tom Frieden, a, quant à lui, dit craindre « qu'au cours des toutes prochaines semaines », les nouveaux cas « vont encore augmenter et de façon importante ». Pour lui, la période durant laquelle il est encore possible d'arrêter cette épidémie, avant qu'elle ne s'étende à d'autres pays et devienne encore plus difficile à contrôler, « est près d'arriver à sa fin ».
Et en Afrique de l'Ouest, les pays touchés se sont plaints avec force que nombre de leurs voisins aient décidé de fermer leurs frontières par précaution, sur fond de psychose grandissante. La Côte d'Ivoire, pour l'heure non touchée, a fait un geste en annonçant l'ouverture de couloirs humanitaires avec la Guinée et le Liberia, tout en maintenant ses frontières fermées avec ces deux voisins. La plupart des compagnies aériennes ont aussi suspendu leurs vols, étranglant un peu plus les pays pris dans la tourmente d'Ebola. De telles mesures sont contreproductives, a averti un spécialiste français de la maladie, Sylvain Baize. En mettant les pays contaminés « en quarantaine au niveau aérien, on déstabilise complètement leur lutte contre l'épidémie : les rotations des personnels soignants expatriés et l'acheminement du matériel seront problématiques alors qu'il n'y a déjà pas assez de moyens », a-t-il souligné.
Une bonne nouvelle cependant ; des chercheurs japonais ont indiqué avoir développé une nouvelle méthode pour détecter la présence du virus en 30 minutes. Cette technologie pourrait permettre de diagnostiquer rapidement l'infection même dans des pays où les équipements font défaut.
(Source : AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine