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Concert

Khodor Ellaik, ou le plaisir de faire venir Dirty Beaches au Liban

Dirty Beaches se produit le 29 août au club Yukunkun à l'initiative de Khodor Ellaik. C'est là l'un des événements indés de l'année, ou comment réussir son pari avec zéro dollar, une bonne dose d'improvisation et beaucoup de détermination. Rencontre.

Dirty Beaches, musicien versatile et touche-à-tout. (Photo Nicole Howl)

Dans une scène rock libanaise qui s'est confortablement embourgeoisée au fil des années, Khodor Ellaik fait figure d'outsider pour toutes les bonnes raisons.
« C'est simple, il y a au Liban deux principales catégories d'événements rock, constate-t-il lugubrement. Les obscures prestations expérimentales ou les gigantesques concerts de heavy. » Clairement, l'ancien chanteur du groupe punk Beirut Scum Society a un souci avec les rock-stars amatrices de gros jets privés. Mais il ne cracherait pas sur leurs millions de dollars – lui qui a eu tout le mal du monde à ramasser les quelques milliers de billets verts nécessaires pour financer la venue au Liban du légendaire artiste canado-taïwanais Dirty Beaches, alias Alex Zhang Hungtai.

 

 


Mais le pari est aujourd'hui réussi : le concert se tiendra le 29 août, au club Yukunkun, à Gemmayzé (Beyrouth). Et Khodor se réjouit de pouvoir apporter quelque chose de rafraîchissant à la scène libanaise indépendante : « Un concert normal, sans jeux de lumière ou d'effets pyrotechniques, où l'artiste est seul sur scène face au public. »

DIY

Tout a commencé lorsque Khodor Ellaik a accosté Dirty Beaches, à New York l'an dernier, à la sortie du concert de ce dernier. « Je suis un fan avant tout. Je lui ai parlé du Liban. Nous avons échangé nos e-mails. Et nous avons même pris une photo ensemble », se remémore-t-il avec un sourire.

Khodor rentre ensuite au Liban ; le temps passe et le jeune homme, dont le groupe s'est délité, erre sans but d'une jam-session à une autre. Jusqu'à ce que l'idée, soufflée par un ami, fasse son chemin. « J'ai envoyé un e-mail à Alex, sans trop me bercer d'illusions d'ailleurs. Et il m'a répondu trois heures plus tard, me disant qu'il serait ravi de venir au Liban ! » Et de poursuivre, hilare : « Je suis allé voir les musiciens (Abed Kobeissy, André Najm, Karim Chamseddine) avec lesquels je répétais et je leur ai annoncé que nous ferions la première partie de Dirty Beaches. Nous avions deux mois pour tout mettre au point et composer des morceaux. » Le groupe punk industriel Friendly Faces était né.

Le compte à rebours est donc lancé. Après une série de négociations avec l'artiste, ce dernier accepte d'être rémunéré au rabais et d'être hébergé à la roots. Des facteurs circonstanciels font en outre qu'il se produira au Liban en solo et non en groupe – un challenge allègrement accepté par l'intéressé, et autant de billets d'avion d'économisés.

Khodor initie alors le processus de collecte de fonds. Et se heurte rapidement à de nombreuses désillusions : « J'ai été baladé d'une promesse de financement à une autre, raconte-t-il en substance. Beaucoup de paroles, beaucoup d'enthousiasme et, au final, pas beaucoup de soutien concret. »
Il finira par payer de sa poche près d'un tiers de la somme requise. Environ un millier de dollars sont rassemblés grâce à divers boulots parallèles. Un autre millier de dollars sont collectés grâce à une soirée payante « où un petit nombre de personnes ont généreusement effectué des donations. Je leur en suis vraiment reconnaissant », indique-t-il.

Les jeux sont maintenant faits. Ou presque. Car Khodor ne s'attend pas à gagner de l'argent ; selon ses estimations, les entrées prévues au concert de Dirty Beaches devraient à peine suffire pour amortir les frais du matériel et la location de la salle. Pour lui, le capital de départ ne sera jamais récupéré. « Mais ça m'est égal, sourit-il. Je me suis fait plaisir. » Et de considérer en toute honnêteté qu'il s'est offert un très, très beau cadeau.


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