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Moyen Orient et Monde - Témoignages

Jusqu'à quel sacrifice peut-on aller pour la défense de sa patrie ?

Paroles d'anciens kamikazes japonais

L’un des fameux Zéro à bord desquels sont morts des milliers de kamikazes japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Toshifumi Kitamura/AFP

Jusqu'à quel sacrifice peut-on aller pour l'amour de son pays, pour la défense de sa patrie ? Alors que le Japon s'interroge sur son rôle international, de « grands témoins » s'expriment : d'anciens kamikazes.


« C'était de la folie. » Dans le salon de sa maison cossue en banlieue de Tokyo, rien, pas une photo, pas un objet, une médaille, ne viennent rappeler l'autre vie de Yutaka Kanbe, celle du temps où il était kamikaze pour l'empereur. Yutaka a aujourd'hui 91 ans. Normalement, il aurait dû mourir accroché au manche d'un Zéro comme tant de ses camarades, mais il n'en a pas eu le temps : le Japon avait capitulé le 15 août 1945 avant qu'il ne prenne les airs pour aller jeter son appareil bourré d'explosifs contre un navire américain. « Je ne supporte pas l'idée de glorifier ces missions » dans lesquelles environ 4 000 pilotes trouvèrent la mort, affirme le vieux lieutenant à l'AFP. La voix est ferme, le regard assuré.


Pourtant, un long métrage à la gloire des kamikazes, Éternel Zéro, vient de faire un malheur au Japon : c'est l'un des films qui a fait le plus grand nombre d'entrées depuis la fin de la dernière guerre. Honneur, amour, dévouement, patriotisme, sacrifice ultime... cocktail japonais par excellence. Cette apologie des kamikazes n'est pourtant pas du goût de l'ancien pilote de la marine, pour qui le désespéré « vent divin » qui soufflait alors était plutôt un vent mauvais : à la création du corps des kamikaze en 1944, le Japon impérial glissait déjà inexorablement vers son anéantissement.

Aujourd'hui Yutaka dit qu'il attend sa mort prochaine, paisiblement cette fois, et il ne veut pas que se lève à nouveau un vent mauvais. L'ancien kamikaze ne cache pas son inquiétude alors que le gouvernement nationaliste du Premier ministre conservateur Shinzo Abe vient de réinterpréter une partie de la Constitution pacifiste du pays, une première depuis la fin de la guerre.
Le 1er juillet, le gouvernement a en effet pris la décision historique d'autoriser les forces armées nippones à participer à des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés, États-Unis en tête. « Le Japon pourrait à nouveau connaître la guerre si tous nos dirigeants étaient comme (le Premier ministre) Shinzo Abe. Je vais bientôt mourir, et je suis inquiet pour l'avenir de mon pays », juge Yutaka Kanbe, non sans gravité.

 

(Lire aussi : Le dernier vol du « Petit Prince »)

 

Pas de place pour le mot « non »
Le lieutenant Kozo Kagawa lui aussi a survécu. À 89 ans, il est encore hanté par la mort de tant de ses camarades qui, après le petit verre de saké traditionnel, partaient pour ne pas revenir, tandis que lui attendait un tour qui ne vint jamais. « Ceux qui, comme moi, ont survécu ne devraient pas dire si c'était bien ou mal », dit-il. Les années n'ont érodé ni sa mémoire ni sa douleur : « Je pleure toujours mon copain, je veille sur son âme... je suis si désolé de t'avoir laissé mourir seul. »

Comme Yutaka Kanbe, Kagawa assure que le Japon doit demeurer pacifiste mais lui pense que « la paix a un prix ». « Bien sûr ces missions de kamikazes ne devraient plus jamais avoir lieu, mais la paix n'est pas gratuite et on ne peut pas la protéger sans une bonne défense. Le Premier ministre semble pressé mais je comprends ce qu'il essaye de faire. »


Akinori Asano, un autre pilote-suicide survivant, ne se prononce pas vraiment, mais à 85 ans il oscille entre colère pour le passé et résignation inquiète pour le présent. Pour le passé : « Ça n'a aucun sens de demander pourquoi on obéissait aux ordres, pourquoi on devait mourir ! Il n'y avait pas de place pour le mot "non" ! » Pour le présent : « J'ai bien peur que les jeunes ne puissent pas s'imaginer tout ça. Et ce n'est pas un film ! Tout ce que je peux faire maintenant c'est prier pour la paix. »

Le 15 août courant, jour anniversaire de la capitulation du Japon, cet ancien sergent de l'armée impériale va rester seul, cloîtré à la maison, et se recueillir pour le repos de l'âme de ses amis kamikazes. Les « jeunes » dont il parle pourront toujours, eux, aller ce jour-là au Musée de la guerre lire quelques-unes des lettres d'adieu de kamikazes, parfois déchirantes, écrites avant leur mission sans retour. Et dans le hall du musée ils passeront devant cet éternel Zéro à bord duquel des jeunes Japonais, comme Yutaka, Kagawa et Asano, crurent peut-être il y a bientôt 70 ans sauver le pays et servir l'empereur.

 

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« C'était de la folie. » Dans le salon de sa maison cossue en banlieue de Tokyo, rien, pas une photo, pas un objet, une médaille, ne viennent rappeler l'autre vie de Yutaka Kanbe, celle du temps où il était kamikaze pour l'empereur. Yutaka a aujourd'hui 91 ans. Normalement, il aurait dû mourir accroché au manche d'un Zéro comme tant de ses camarades, mais il n'en a pas eu le temps : le Japon avait capitulé le 15 août 1945 avant qu'il ne prenne les airs pour aller jeter son appareil bourré d'explosifs contre un navire américain. « Je ne supporte pas l'idée de glorifier ces missions » dans lesquelles...
commentaires (3)

Mourir pour son pays c'est, disons, normal. Au Liban nous avons des mercenaires qui meurent pour tout le monde sauf pour le Liban. Et, au vu des résultats, pour rien.

Robert Malek

19 h 48, le 13 août 2014

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Commentaires (3)

  • Mourir pour son pays c'est, disons, normal. Au Liban nous avons des mercenaires qui meurent pour tout le monde sauf pour le Liban. Et, au vu des résultats, pour rien.

    Robert Malek

    19 h 48, le 13 août 2014

  • Petite précision sordide de taille... après la cérémonie de départ et le verre de saké pour détendre le patient et combattre le froid en altitude...les cockpits était vissé sur la carlingue de l'avion ...!!! pour que les " volontaires " n'échappent pas à leurs sacrifice divin....!

    M.V.

    15 h 45, le 12 août 2014

  • Les kamikazes japonais mouraient pour l'empereur. Les kamikazes de Daech, eux, meurent pour Allah et reçoivent au paradis soixante dix vierges en récompense. L'humanité tout entière devrait mourir de honte d'avoir de tels phénomènes.

    Halim Abou Chacra

    12 h 16, le 11 août 2014

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