Il n'y avait rien d'étonnant hier dans l'unité manifestée en Conseil des ministres, qui s'est entièrement solidarisé avec l'armée. L'actuel gouvernement, dont la raison d'être est de contenir coûte que coûte le conflit intérieur, aura trouvé, face au takfirisme, le motif véritable de l'unanimité que le Premier ministre, Tammam Salam, avait préconisé dans les prises de décision.
À l'issue de la réunion extraordinaire du cabinet hier, c'est M. Salam qui s'est exprimé, entouré des ministres, indiquant d'emblée que l'heure est grave. « Le Liban fait clairement l'objet d'une agression directe contre sa souveraineté et sa sécurité, menée par des groupes terroristes obscurantistes, a-t-il déclaré. Ces groupes ont porté atteinte à la dignité de l'armée et des forces de sécurité, dans le cadre de la mise en œuvre d'un plan programmé et suspect, visant à paralyser les capacités de l'État et de ses institutions, et à répandre le chaos dans le village de Ersal et ses environs, en faveur d'intérêts clairement opposés à l'intérêt national », a-t-il souligné.
C'est pour faire face à « ce dangereux développement » que le Conseil des ministres a décidé de « mobiliser toutes les institutions et services officiels libanais pour défendre notre pays et faire face à toutes les tentatives de compromettre sa sécurité ». L'enjeu est, en résumé, « d'empêcher l'importation des conflits régionaux au Liban », toujours selon le Premier ministre, rappelant que cette « responsabilité incombe en premier lieu au pouvoir politique et aux institutions constitutionnelles, ainsi qu'aux différentes autorités et forces politiques, autant qu'elle incombe à nos forces armées, ayant accompli dès le premier instant son devoir national de faire face aux agresseurs avec honneur et fermeté, afin de préserver la sécurité des Libanais et protéger leur territoire ».
« Mission sacrée »
Rendant surtout hommage à l'institution militaire, « qui a perdu un martyr après l'autre dans son glorieux combat dans la Békaa », le Premier ministre a déclaré que « l'armée bénéficie de l'appui entier du gouvernement dans toutes ses composantes politiques ». « Le gouvernement accorde son entière confiance à l'armée », a-t-il encore ajouté, insistant sur le fait que « le cabinet est uni pour soutenir l'armée dans l'accomplissement de sa mission sacrée ».
Comme pour concrétiser cette unité déclarée, le Premier ministre a déclaré que « le gouvernement n'épargnera aucun effort en vue de fournir à l'armée tout ce dont elle a besoin pour prendre la défense du Liban ». Il a fait état d'une « démarche dans ce sens et de contacts internationaux effectués à ce niveau », à son initiative, précisément auprès des autorités françaises. Celles-ci ont été « priées d'accélérer le processus de livraison de l'arsenal déjà approuvé dans le cadre des accords bilatéraux, financés par le don saoudien à l'armée », a-t-il souligné.
« Zéro indulgence »
« Aucune indulgence ne sera tolérée vis-à-vis des terroristes meurtriers, et aucun acte d'apaisement ne sera accepté avec ceux qui ont porté atteinte au territoire et au peuple libanais », a-t-il encore ajouté.
« Pas de solution politique avec les takfiristes, qui viennent troubler les sociétés arabes sous des slogans religieux étrangers et obscurantistes, et qui veulent importer au Liban leurs pratiques pathologiques », a affirmé Tammam Salam, bloquant ainsi la voie à tout discours sur « une solution politique », comme l'avait préconisé la veille le ministre de la Justice Achraf Rifi.
« La seule solution aujourd'hui est le retrait des éléments armés de Ersal et de ses environs, et la libération de tous les militaires libanais pris en otages, afin de ramener l'État et tous ses services à cette chère région libanaise », a-t-il précisé, coupant la voie, pour l'instant, à tout questionnement ou débat sur les dessous de cette bataille, qui desservirait la lutte claire et précise menée par l'armée jusqu'à l'entière éradication de la présence takfiriste à Ersal, et plus généralement, au Liban.
« Le débat, certes légitime et nécessaire, sur les circonstances et les causes de ce qui s'est produit à Ersal devra toutefois attendre un autre jour », a conclu le Premier ministre.
La résolution 1701
De fait, l'ambiance hier au sein du Conseil des ministres a été qualifiée de « très positive », les arguments habituels des uns et des autres ayant été effacés en faveur du soutien indéfectible de tous à l'armée. Le 14 Mars s'est retenu d'accuser le Hezbollah d'importer le conflit par son implication en Syrie, lui substituant un appui inconditionné à l'armée, « engagée aujourd'hui dans une bataille terrible », selon le ministre Nabil de Freige. Les ministres du Hezbollah ont estimé que « la solidarité avec l'institution militaire ne supporte aucun fléchissement dans les discours », selon le ministre Mohammad Fneich.
Si certains ministres ont soulevé des questions sur les circonstances du déclenchement des combats, ils l'ont fait furtivement et sans volonté d'en débattre en profondeur pour l'instant.
Une idée a ainsi été relancée, avant d'être rapidement écartée du débat : celle de mettre en œuvre à Ersal la résolution 1701. Les ministres Kataëb ont pris l'initiative de proposer de déférer au Conseil de sécurité de l'Onu le dossier des combats de Ersal, portant une violation des frontières limitrophes, en vue d'élargir le champ d'application de cette résolution à l'ensemble des frontières libanaises, y compris avec le territoire syrien. Cet appel a été relayé par d'autres ministres du 14 Mars, notamment le ministre d'État pour la réforme administrative, Nabil de Freige, mais sous un autre angle.
Comme il l'explique à L'Orient-Le Jour, le ministre Nabil de Freige aurait réagi « au refus par le Hezbollah de la proposition des Kataëb », en avançant l'idée de « ne recourir à la résolution 1701 qu'à la demande de l'armée ». Invoquant l'article 12 de cette résolution, qui exige que « l'armée sollicite le déploiement de la Finul aux frontières », il a appelé à ne recourir à la Finul à Ersal que si l'institution militaire le réclame. La demande de l'armée devrait alors être adressée au Conseil des ministres, qui prendrait la décision nécessaire. « Cela serait un moyen de mettre chaque partie face à ses responsabilités à l'égard de ce qui adviendrait si la Finul n'est pas déployée », a souligné le ministre de Freige, rappelant que le Hezbollah continue d'opposer un refus ferme à cette option.
Quoi qu'il en soit, cette idée a été accueillie par un laconique « l'heure n'est pas à cela », lancé par M. Salam...
Pas de négociations avec les éléments armés
L'option des négociations avec les éléments armés a aussi fait l'objet d'un débat, aussitôt clos. Notre correspondante au Grand Sérail Hoda Chédid rapporte ainsi, de sources ministérielles, que certains ministres se sont montrés hostiles au principe même des négociations. C'est vers le refus de toute négociation que se serait finalement orienté le débat, favorisant le maintien sans concession des deux conditions d'un éventuel cessez-le-feu : le retrait des miliciens de Ersal et la libération des militaires pris en otages. Il est clair que rien ne sera accepté au détriment de l'armée. Pour l'instant, tous les ministres observent le silence sur la stratégie de terrain. Le ministre de la Justice l'a ainsi clairement affirmé : « On a convenu de ne pas parler. L'unité de la position libanaise est fort importante. Nous sommes tous disposés à exécuter ce qui nous est demandé pour sauver le pays. Nous en reparlerons dans deux jours (jeudi), date du prochain Conseil des ministres. »
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C'est ce qu'il fallait faire! C'est bien.. et que certains de ces membres qui s'était rapprochés des criminels terroristes, pensantt faussement soutenir des révolutionnaires, soient sincères dans leur soutien à notre héroique armée.
21 h 13, le 05 août 2014