« Mon fils a disparu », lâche Olga, les larmes aux yeux. Comme elle, de nombreux habitants de l'est de l'Ukraine, plongé dans le chaos, ont perdu tout contact avec leurs proches et craignent le pire. Chaque jour à 18 heures, une petite foule se rassemble devant les locaux des services de sécurité de Donetsk, principal fief des insurgés dans la région. Devant le bâtiment, protégé par des sacs de sable, des représentants séparatistes sortent lire la liste des noms de ceux qu'ils détiennent. La plupart des personnes présentes repartent bredouilles, sans aucune idée de ce qu'ont pu devenir leurs proches vu l'anarchie qui règne dans cette partie de l'ex-République soviétique, en proie à des combats de plus en plus intenses entre forces ukrainiennes et insurgés. « Nous cherchons notre fils depuis le 18 juillet », confie Olga. Le jeune homme de 28 ans a disparu après avoir quitté son travail. « Il n'était pas impliqué en politique. Il ne pouvait pas être ivre, avoir insulté quelqu'un, être drogué, ou avoir une arme », assure cette femme dans une robe d'été noire et blanche.
Les séparatistes ont imposé leurs propres lois et arrêtent ceux qui violent le couvre-feu en vigueur après 23h00 ou sont contrôlés en état d'ébriété. L'Onu a dénoncé récemment « un règne de la peur et de la terreur », avec « des enlèvements, des détentions, des cas de torture, des exécutions, qui sont utilisés pour intimider la population ». Lorsqu'un nom est reconnu, un rebelle en tenue de camouflage donne quelques bribes d'informations sur les faits reprochés. « Vente » de drogues, indique le séparatiste à une femme venue se renseigner. « C'est grave, très grave », poursuit-il. « Il est malade, il est asthmatique », tente-t-elle de plaider. « Il n'y aura aucune drogue dans cette ville », réplique son interlocuteur.
Sous le couvert de l'anonymat, un policier raconte avoir été arrêté en juillet dans les locaux des services de sécurité d'une ville proche de Donetsk. Détenu pendant onze jours par les rebelles, cet homme costaud d'une vingtaine d'années a été envoyé sur le front pour construire des barricades et creuser des tranchées. Il dit avoir vu de jeunes femmes et des enfants parmi les détenus. Le policier raconte que sa cellule, sans fenêtre, contenait jusqu'à 18 prisonniers qui dormaient sur des palettes. A-t-il pu accéder à un avocat ? La question le fait sourire. « C'est la guerre. Je ne suis sorti que grâce à des amis. »
Moyen Orient et Monde
« Il n’était pas impliqué en politique. Il ne pouvait pas être ivre, avoir insulté quelqu’un, être drogué, ou avoir une arme »
OLJ / le 04 août 2014 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine