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Repère

Six questions sur la destruction en vol du Boeing de Malaysia Airlines en Ukraine

Peut-on confondre un avion civil et un appareil militaire; qu'est-ce qu'un missile Bouk, qui en possède...

Des missiles SA-11 Gadfly, ou Bouk, installés sur un véhicule à chenille de l'armée finlandaise. La piste du missile Bouk, dans le drame de l'avion de ligne abattu au dessus de l'Ukraine, est de plus en plus avancée. Creative Commons/Ojp

Évoquant un drame "atroce", le président Barack Obama a souligné, vendredi, que l'avion de la Malaysia Airlines qui assurait le vol Amsterdam-Kuala Lumpur avait été touché par un missile sol-air tiré "depuis un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses". Auparavant, Samantha Power, ambassadrice américaine à l'ONU, avait énuméré, devant le Conseil de sécurité, les soupçons pesant sur les rebelles, évoquant l'utilisation d'un missile russe Bouk de type SA-11. Elle a souligné que des séparatistes "avaient été repérés" jeudi matin en possession de ce type de système de défense antiaérienne près de l'endroit où l'avion s'est écrasé.

 

Quel type de missile peut abattre un appareil en vol à haute altitude?

Tous les spécialistes s'accordent sur le fait que le missile probablement à l'origine de la tragédie était d'un modèle sophistiqué. "Ca ne peut être ni un système léger ni un système portable, c'est forcément un système très sophistiqué", estime Yves Barillé, porte-parole du fabricant européen de missiles MBDA.
"Un avion civil volant à environ 30.000 pieds (10.000 mètres) serait très au-delà de la portée de tir d'un système portable, qui peut toucher des cibles allant jusqu'à 10.000 pieds", explique Doug Richardson, rédacteur en chef du magazine Jane's Missiles and Rocket.
Comme beaucoup, il évoque plutôt l'hypothèse d'un missile Bouk, système mobile sol-air russe dont disposait l'armée ukrainienne.
"C'est un missile qui a un plafond d'intervention dépassant les 20 kilomètres d'altitude", souligne Philippe Migault, directeur de recherche à l'IRIS.

 

Qu'est-ce qu'un missile Bouk?

Le missile russe sol-air "Bouk" est un projectile autopropulsé et guidé capable d'atteindre des cibles aériennes volant à 22.000 mètres, mais qui requiert un lourd dispositif au sol, selon les experts.
Il existe deux versions de ces missiles fabriqués par les Russes depuis les années 70 : le Bouk-M1 et le Bouk-M2, appelés dans la terminologie de l'Otan le "Gadfly SA-11" et le "Grizzly SA-17".
Leur particularité : "ils peuvent atteindre des cibles à une altitude de 72.000 pieds (22.000 mètres), soit plus de deux fois plus que les 33.000 pieds d'altitude à laquelle volait le Boeing 777" de Malaysia Airlines, explique Doug Richardson.
Les systèmes Bouk sont mobiles, installés sur des véhicules. Ils peuvent frapper des avions, des drones, des hélicoptères, des missiles de croisière et d'autres cibles.
"C'est l'équivalent électronique d'une sentinelle demandant +qui est là ?+ S'il n'y a pas de réponses, tout ce que vous savez, c'est qu'il ne s'agit pas d'un avion combattant de votre camp. Mais cela ne vous indique pas que vous êtes en train de viser un avion de ligne", souligne-t-il.

Les dernières versions de ces missiles sol-air ont été conçues dans une usine à Oulianovsk par le fabricant Almaz-Antey, visé par les récentes sanctions américaines. Ils ont commencé à être fabriqués dans les années 70.

 

 

 

Comment utilise-t-on les missiles Bouk?

L'utilisation de ces missiles "est complexe. Il faut trois camions, un pour le poste de commandement, un pour transporter le radar, et un pour tirer les projectiles", précise Doug Richardson.
Le recours à ces missiles "requiert beaucoup d'hommes, beaucoup d'entraînement et beaucoup de pièces détachées", souligne de son côté Edward Hunt, analyste de défense chez IHS Jane, ce qui semble en théorie écarter l'hypothèse d'une utilisation par les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, estime l'expert. Le Pentagone, par la voix de son porte-parole, le contre-amiral John Kirby, a jugé vendredi qu'il "fallait vraiment être très naïf pour penser (qu'un tel missile) peut être utilisé par les séparatistes sans un minimum de soutien et d'assistance technique russes".

 

Les restes calcinés du Boeing 777 du vol MH17 qui s'est écrasé en Ukraine aprè avoir été touché par un missile. REUTERS/Maxim Zmeyev

 

Ukrainiens, rebelles, Russes... Qui en possède?

Les missiles sol-air Bouk sont très répandus. Avant le début du conflit ukrainien, Kiev en possédait six à huit batteries comprenant chacune quatre missiles, précise Edward Hunt.
La Russie en possède beaucoup plus, ainsi que des systèmes sol-air plus sophistiqués, notamment le S-300 et le S-400, mais on ignore si ces systèmes sont déployés dans la région. Ils ont été vus sur la Place rouge à Moscou, lors de parades militaires soviétiques.

Selon le quotidien russe Vedomosti citant des agences de presses russes, les séparatistes ukrainiens en auraient acquis un. Dans un message affiché sur le compte Twitter officiel de la "République populaire de Donetsk" - qui a été ensuite retiré - les rebelles ont affirmé avoir saisi "à l'unité ukrainienne A1402" des missiles Bouk capables d'atteindre des cibles à une altitude de 25 kilomètres. Quelques heures avant le crash, le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko a indiqué que les rebelles basés près de Snijné disposaient de systèmes Bouk "destinés à abattre avions et hélicoptères à petite et moyenne altitude" sans préciser de quelle manière ils se les sont procurés.
Un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, Anton Guerachtchenko, a déclaré que l'avion de ligne avait été abattu par un missile Bouk, "gracieusement offert aux terroristes par Poutine".

"Les séparatistes avaient revendiqué la prise d'une batterie de missiles Bouk il y a une semaine, dix jours. Donc, ils venaient juste de s'emparer de systèmes Bouk", confirme Philippe Migault.

 

Cette vidéo postée sur YouTube montrerait des missiles Bouk de l'armée ukrainienne.

 

Une terrible erreur?

Des messages affichés - et parfois rapidement enlevés - sur des sites internet rebelles et des conversations interceptées par les services de sécurité ukrainiens laissaient penser que l'appareil a pu être abattu par erreur par les rebelles, qui l'ont pris pour un avion militaire ukrainien.

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont publié vendredi soir l'interception de ce qu'ils ont présenté comme une conversation entre deux chefs rebelles après l'examen du lieu du crash.
– "Ce sont les gars du check-point Tchernoukhine qui ont abattu l'avion. Il s'est désintégré dans l'air", explique l'un d'eux, "Major".
– "Et alors ?" demande l'autre, "Grek".
– "C'est un avion civil à 100 %" (...).
– "Y a-t-il des armes ?"
– "Non, rien, seulement des affaires civiles."
– "Des documents ? »
– "Il y en a un d'un étudiant indonésien."
Le chef des services de sécurité ukrainien Valentin Nalyvaïtchenko a convoqué dans la soirée une conférence de presse pour souligner que ces conversations "d'officiers du GRU (renseignement militaire russe) avaient été interceptées et transcrites en conformité avec la loi".

 

 Peut-on confondre un avion civil et un avion militaire?

Les experts sont divisés. Yves Barillé juge impossible une telle confusion : "tout avion volant dans l'espace aérien est identifié par son transpondeur - un système qui permet de diffuser un code signalant si c'est un avion civil ou militaire" et à quelle compagnie il appartient.
"Tout dépend du type d'avion", nuance Philippe Migault. "On ne peut pas confondre un Antonov 26 avec un Boeing 777, c'est absolument impossible. Ca vole deux fois moins vite et deux fois moins haut. En revanche, un Iliouchine 76, on pourrait éventuellement".
Chercheur au Royal United Services (RUSI) de Londres, Igor Soutiaguine plaide pour une telle hypothèse. Selon lui, le pilote de l'appareil assurant le vol MH17 "a dévié de sa route, un peu plus au sud, où un avion militaire ukrainien était en vol à cette heure précise". L'appareil, un IL-76, "est approximativement de la taille d'un Boeing. Il est très lourd, très gros et, sur un écran radar, le signal envoyé serait à peu près le même".

 

 

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