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Les mots pour ne pas dire

Comme tous les enfants de la guerre, j'ai grandi au son de la radio, les flashes, les alertes, les harangues et les chansons patriotiques, partisanes et toujours militaires, entraînantes parfois, sottes tout le temps en y regardant de près. Ce flot de matière baveuse et bavarde nous inculquait l'arabe à notre insu, nous qui étions privés d'école le plus clair du temps et qui poursuivions notre instruction à la maison entre jeux de société et bandes dessinées. Bref, cette langue génératrice d'angoisse, puisqu'elle ne charriait que des nouvelles toujours mauvaises et accompagnées de bombardements, nous collait aux neurones. L'arabe s'est définitivement installé en moi comme la langue de la guerre, et à voir l'usage que continuent à en faire les caciques d'ici et des environs, cette impression ne s'est jamais démentie. Mais en parent responsable, j'ai continué à entretenir ma fille, dans l'idée que cette langue, la nôtre, était subtile, infiniment riche, poétique, chantante et pouvait toucher au sublime. À présent qu'elle a fini l'école, je peux le dire : malgré un fabuleux patrimoine littéraire, l'arabe des médias est la langue de l'ostracisme, du racisme, du rejet de l'autre et de la désinformation stipendiée. L'arabe politique est la langue de la vanité, de la fatuité, du mensonge et de l'insulte à l'intelligence. L'arabe usuel est une langue grasse et haineuse, vulgaire et agressive. L'arabe ne chante plus à mes oreilles. J'aime mieux le lire que l'entendre, bien que la liste de mes exceptions eût été longue s'il me fallait citer les classiques de la chanson et les brillants interprètes de la nouvelle génération.
En m'interrogeant sur les raisons de cette allergie, irrationnelle comme peuvent l'être les allergies, la première réponse qui me vient à l'esprit est que l'arabe est langue de conflits. L'arabe vous autorise par exemple à bloquer à un voisin l'entrée de son parking et à le menacer, s'il proteste, de le jeter à terre et le piétiner. Franchement, je n'arrive pas à imaginer un tel lyrisme dans une autre langue. Est-ce la faute de la langue, d'ailleurs ? Soyons justes. Est-ce la langue ou l'éducation, ou bien l'une découle-t-elle de l'autre, et vice versa ? Une autre raison serait que l'arabe se veut une langue virile. En tant que femme, une grande partie de son vocabulaire fleuri m'échappe. Il me semble aussi que c'est une langue colérique, et je me l'explique par nos origines nomades et pastorales qui ont inscrit des réflexes défensifs dans notre ADN. L'amabilité étant un truc de femmelette et la politesse exposant aux abus, la langue s'est faite armure. Tant et si bien qu'elle est devenue réfractaire à la communication, vocation pourtant naturelle de toute langue qui se respecte. L'arabe, guttural, rocailleux, agressif dans la rue ; emphatique, hiératique, figé sur les tribunes et derrière les micros, n'est pas une langue d'échange ou de conversation. Il ne se dit pas, il s'assène.
Longtemps on a déploré les discours creux des dictateurs régionaux. Ils vous tenaient le pied pendant des heures et vous tentiez de détecter quelque substance sous la couenne de leurs amphigouris. Bonne chance. L'exercice n'avait d'autre objectif que de subjuguer les foules prêtes à donner leur sang et leur âme en échange de quelques trémolos. Il faut croire que ces verbiages avaient la vertu de faire accepter leur condition à des peuples écrasés. Les dictateurs sont partis, emportant leur rhétorique. Ne restent plus que les fatwas et les armes. Avec le recul, cette littérature-là avait bien quelques vertus.

Comme tous les enfants de la guerre, j'ai grandi au son de la radio, les flashes, les alertes, les harangues et les chansons patriotiques, partisanes et toujours militaires, entraînantes parfois, sottes tout le temps en y regardant de près. Ce flot de matière baveuse et bavarde nous inculquait l'arabe à notre insu, nous qui étions privés d'école le plus clair du temps et qui poursuivions notre instruction à la maison entre jeux de société et bandes dessinées. Bref, cette langue génératrice d'angoisse, puisqu'elle ne charriait que des nouvelles toujours mauvaises et accompagnées de bombardements, nous collait aux neurones. L'arabe s'est définitivement installé en moi comme la langue de la guerre, et à voir l'usage que continuent à en faire les caciques d'ici et des environs, cette impression ne s'est jamais démentie....
commentaires (8)

N'ayons aucun doute. Fifi a raison

SATURNE

18 h 09, le 18 juillet 2014

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Commentaires (8)

  • N'ayons aucun doute. Fifi a raison

    SATURNE

    18 h 09, le 18 juillet 2014

  • PRIÈRE LIRE : NE FONT PAS LES HUMAINS. MERCI.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 28, le 17 juillet 2014

  • L'arabe est devenu en effet la langue des conflits et des insultes, grave est cette décadence.

    Sabbagha Antoine

    11 h 00, le 17 juillet 2014

  • Et Me Badaoui Abou Dib, lui, qu'est-ce qu'il en pense? est-ce qu'il est d'accord avec sa fille? Il est, je crois, comme tous les grands avocats libanais de sa génération, un maìtre de la langue d'al Moutanabbi: ...Et c'est dans les poèmes de ce dernier que l'arabe est une langue inimitable: pourrait-on, par exemple, "massacrer" Kafour(je n'irai pas jusqu'à Dabba, car ce poème est d'une extrême vulgarité) avec la même éloquente virulence dans une autre langue? Essayez donc!

    Georges MELKI

    10 h 35, le 17 juillet 2014

  • LES ÊTRES FONT LES LANGUES... MAIS LES LANGUES NE FONT PAS LES HULAINS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 54, le 17 juillet 2014

  • CORRECTION ! Merci : ".... de la francophonie... essoufflée, est de se maintenir aussi longtemps que possible contre vents et arabes marrées." !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 41, le 17 juillet 2014

  • La francophonie, lit-on, a le devoir de couper court aux menées des bavards arabes non qualifiés. Ce n’est pas 1 sévérité exagérée, mais 1 excès d’indulgence que l’on peut reprocher à Mme. francophonie. Mais les auteurs se ravisent. Il est dangereux de faire des reproches à la francophonie ; leur accusation contre 1 libéralisation de l’arabe se transforme en accusation contre les francophones, qu’ils accusent d’appliquer trop peu de francophonie : Certains ayant fait montre d’1 indulgence blâmable en laissant "ces gens!" se permettre, dans des écrits arabes qui ne sont pas destinés à un cercle "d’éclairés!", les sorties les + indignes contre "les" francophonies. Et se re-ravisent ! Ils avaient trouvé trop peu de liberté pour l’arabe dans la francophonie ; ils trouvent maintenant dans la rigueur francophone trop peu de contrainte par Mme. francophonie : Aussi longtemps qu’il faudra faire exister 1 francophonie, c’est son devoir à elle que d’interdire les excès d’1 outrecuidance d’1 arabe puéril excessif qui a percé leurs tympans et offensé leurs regards. Quelle mauvaise vue et quelle surdité ! Si 1 francophonie adoucie laisse passer cet excès, que donnera alors 1 arabe libéré ? Si leurs yeux et leurs oreilles sont trop faibles et bouchées pour supporter l’outrecuidance d’1 arabe brimé, comment seraient-ils assez forts pour supporter le courage d’1 arabe libre ? Pour eux, le devoir le + pressant de la francophonie ... essoufflée est de se maintenir aussi longtemps que possible.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 56, le 17 juillet 2014

  • Comme vous avez raison, Mme Abou Dib. "L'arabe est une langue colérique". Car, me semble-t-il, c'est et ce sera pour l'éternité une langue tribale. Tenez par exemple : sur une autoroute de France, un chauffeur, passant en éclair, crie à un autre : "va te faire f...". Qu'on essaie d'exprimer le même sens en arabe. Une horreur ! "L'arabe politique est la langue de la vanité, de la fatuité, du mensonge et de l'insulte à l'intelligence". Là presque pas besoin de lire et relire le discours d'hier du petit Hitler de Damas. Il suffit de se rappeler les grands et brillants manipulateurs du verbe de la "moumana3at" de chez nous.

    Halim Abou Chacra

    06 h 44, le 17 juillet 2014

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