Dans cette photo d’archive prise le 11 juin, des prisonniers sont libérés de la prison centrale de Damas. SANA/AFP
Des dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des opposants connus, croupissent toujours dans les prisons syriennes malgré l'amnistie générale annoncée par le président Bachar el-Assad il y a un mois, dénoncent des avocats.
Selon des militants, environ 100 000 personnes ont été emprisonnées depuis le début en mars 2011 de la révolte contre le régime Assad. Et les redoutés services de sécurité de l'État détiennent probablement 50 000 autres personnes, selon les mêmes sources, qui font état de tortures et de mauvais traitements systématiques dans les prisons officielles comme dans celles de l'ombre. Selon des avocats, seules 1 200 à 1 500 personnes ont été libérées en juin, dont très peu de militants politiques ou de civils détenus de manière arbitraire.
« Le fait que le gouvernement syrien ne libère pas les gens et qu'il continue à les détenir dans des conditions horribles doit être condamné », dénonce Lama Fakih, de l'organisation Human
Rights Watch.
« Il semble que l'amnistie ait été décrétée dans l'optique de gagner de la légitimité. Mais il n'y a aucun éloge à faire », ajoute-t-elle. « À quelques exceptions près, il semble que la plupart de ceux qui ont été libérés étaient détenus pour des motifs autres que politiques », regrette-t-elle en rappelant que les détenus politiques « n'auraient déjà jamais dû être emprisonnés ».
Une « imposture »
Pour Sema Nassar, militante syrienne des droits de l'homme, le décret d'amnistie est une « imposture ».
« C'est absurde que le décret ait eu autant d'attention, si l'on compare le petit nombre de personnes libérées à celui des personnes toujours détenues », dénonce-t-elle. De plus, la procédure d'amnistie souffre « d'un manque total de transparence », explique Mme Nassar, qui peine à savoir exactement qui a été libéré. Seule une poignée des opposants détenus les plus connus ont été libérés, comme Jalal Nawfal, un dissident de longue date, et le jeune Hazem Waked. « Dans le même temps, les raids et les campagnes d'arrestations arbitraires n'ont pas du tout cessé, pas plus que les tortures et les autres violations » des droits de l'homme, souligne Mme Nassar.
D'importants prisonniers politiques comme le journaliste militant des droits de l'homme Mazen Darwish, le blogueur Hussein Ghreir et le militant Hani Zeitani sont, eux, toujours derrière les barreaux.
« Avec l'amnistie, j'ai vraiment espéré qu'ils soient libérés en quelques heures, mais un mois plus tard ils sont toujours en prison et il est impossible de savoir ce qu'il va se passer », désespère Yara Bader, 29 ans, épouse de M. Darwish. Elle redoute maintenant que de nouveaux chefs d'inculpation soient signifiés aux trois hommes, afin de justifier une prolongation de leur détention. « L'attente est chaque jour plus difficile. Il faut faire face au fait que, en dépit de tous nos espoirs, ils pourraient finalement ne pas être libérés avant longtemps », soupire-t-elle.


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