Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Japon

Qui veut la paix prépare-t-il la guerre ?

Décision historique du gouvernement Abe : l'armée pourra secourir des forces d'un pays allié attaqué.

Kirill Kudryavtsev/AFP

Le gouvernement japonais a pris hier la décision historique d'autoriser les forces armées nippones à participer à des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés.


En fin de journée, le nationaliste et conservateur Premier ministre Shinzo Abe a annoncé cette décision en conférence de presse en déclarant que « quelles que soient les circonstances, je protégerai la vie et l'existence en paix des Japonais ». « J'ai cette grave responsabilité », a-t-il ajouté avant d'expliquer la philosophie de cette nouvelle doctrine concoctée par un panel d'experts mandatés par lui-même et dans le secret des deux partis de la coalition au pouvoir, le Parti libéral-démocrate (de M. Abe) et le Nouveau Komeito. Coïncidence : la journée d'hier marquait le 60e anniversaire de la création des « Forces d'autodéfense » (SDF), le nom officiel de l'armée nippone.


Toutefois, Shinzo Abe s'est voulu rassurant : le Japon « ne sera pas impliqué dans une guerre pour défendre un pays étranger, c'est hors de question ». Pour justifier ses choix, il invoque depuis des mois les menaces croissantes pour le Japon et ses habitants, dans une allusion claire aux ambitions régionales de la Chine, dont l'augmentation du budget militaire est chaque année à deux chiffres. Cette évolution approuvée par Washington constitue un tournant majeur dans l'histoire du pays depuis la fin de la dernière guerre car, derrière le nouveau concept plutôt barbare de « droit à l'autodéfense collective », se cache en fait la possibilité d'engager les SDF dans des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés, au premier rang desquels les États-Unis, principal allié et protecteur de l'archipel. Concrètement, des soldats japonais pourront secourir des forces d'un pays allié attaquées, et ce même si le Japon n'est pas directement attaqué lui-même.
La décision du cabinet doit être désormais transformée en loi, ce qui devrait être une formalité : le PLD et son petit allié contrôlent les deux Chambres du Parlement. Lors d'un premier et bref passage raté à la tête du gouvernement en 2006-2007, M. Abe caressait déjà l'idée de réformer cette Constitution imposée par le vainqueur américain et surtout son fameux article 9 qui consacre la renonciation à la guerre « à jamais », et donc un pacifisme gravé dans l'airain. De retour au pouvoir fin 2012 et après s'être concentré sur l'urgence d'une relance économique du pays, M. Abe a ressorti son vieil agenda nationaliste. Mais il a dû vite se rendre compte que l'affaire était plus compliquée qu'il ne l'imaginait car la Charte de 1947 comporte plusieurs garde-fous. Son article 96 précise que les amendements doivent être introduits à l'initiative de la Diète (le Parlement bicaméral) par vote des deux tiers au moins des membres de chaque Chambre. Les amendements doivent ensuite être approuvés par référendum avec une majorité des suffrages. Faute d'amendement, M. Abe a donc contourné l'obstacle, se contentant de « réinterpréter » la Constitution avec une idée en tête : tourner définitivement la page de la guerre, de la défaite et de la repentance.

 

Pékin fustige
Une attitude qui, malgré les efforts de M. Abe pour se défaire de l'image d'un « va-t-en-guerre », déplaît souverainement à la Chine. En effet, hier, Hong Lei, porte-parole des Affaires étrangères chinoises, a dénoncé des « mesures sans précédent qui modifient substantiellement la politique militaire du Japon ». « Il est normal de se demander si ce dernier va quitter la voie du développement pacifique sur laquelle il est » depuis la fin de la guerre, a-t-il ajouté. De plus, l'agence officielle de presse chinoise Chine nouvelle a estimé hier que Shinzo Abe « jou(ait) avec le spectre de la guerre ».


Par ailleurs, un sondage publié lundi dans le quotidien financier Nikkei relevait que 50 % des électeurs se disent opposés à ce projet contre 34 % de partisans, et une manifestation a rassemblé lundi plusieurs milliers de personnes dans les rues de Tokyo. Parmi les mots d'ordre : « Je ne veux pas voir mourir nos enfants et nos soldats. » Hier, de nouveau, des centaines de manifestants ont défilé près du bureau du Premier ministre. « Les concurrents du Japon pourront plus facilement le dépeindre comme le loup dans la bergerie », estime Richard Samuels, directeur du Centre d'études internationales au Massachusetts Institute of Technology. Mais, ajoute le chercheur, « ce n'est pas parce que le Japon est fort qu'il sera agressif ».

Le gouvernement japonais a pris hier la décision historique d'autoriser les forces armées nippones à participer à des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés.
En fin de journée, le nationaliste et conservateur Premier ministre Shinzo Abe a annoncé cette décision en conférence de presse en déclarant que « quelles que soient les circonstances, je protégerai la vie et l'existence en paix des Japonais ». « J'ai cette grave responsabilité », a-t-il ajouté avant d'expliquer la philosophie de cette nouvelle doctrine concoctée par un panel d'experts mandatés par lui-même et dans le secret des deux partis de la coalition au pouvoir, le Parti libéral-démocrate (de M. Abe) et le Nouveau Komeito. Coïncidence : la journée d'hier marquait le 60e anniversaire de la création des « Forces...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut