Le mois de jeûne chez les musulmans commence cette année dans une atmosphère complexe pour l'ensemble de la région. Les développements en Irak ont quelque peu fait passer la crise syrienne au second plan, alors que la situation sécuritaire au Liban a réveillé les craintes des Libanais de vivre un mois sanglant. La rapidité et le professionnalisme de la réaction des services de sécurité qui traquent sans relâche, malgré certaines critiques, les terroristes ont certes largement contribué à rassurer la population, mais la menace plane et beaucoup de questions se posent sur les liens entre les développements en Irak et dans la région, et le soudain réveil des cellules dites dormantes au Liban. Y a-t-il un même maestro qui a pressé un bouton en Irak et au Liban, ou bien l'élan de l'EIIL (Daech) en Irak a-t-il donné des envies de victoires aux cellules dormantes du Liban ? La réponse à cette question est loin d'être simple.
Un diplomate arabe en poste à Beyrouth estime par exemple que ce qui se passe actuellement au Liban ne peut pas être totalement dissocié de la grande confrontation qui se déroule dans la région entre l'Iran d'une part et l'Arabie saoudite et la Turquie de l'autre. Le premier choc de la percée spectaculaire de l'EIIL en Irak passé, le rôle de la Turquie est ainsi clairement apparu dans l'aide fournie aux combattants anti-al-Maliki, précise l'ambassadeur arabe, qui rappelle comment les Tucs ont laissé passer par leurs frontières avec l'Irak le matériel et les équipements fournis par le Qatar, par exemple. Tout en affirmant que l'opération de l'EIIL n'aurait pas pu se faire sans des facteurs internes à l'Irak, dont des convergences d'intérêts entre plusieurs forces locales hostiles au Premier ministre Nouri al-Maliki, à cause notamment de sa politique sectaire et isolationniste à l'égard des sunnites (aussi bien les anciens baassistes que les tribus), le diplomate arabe est convaincu que des parties régionales l'ont encouragée. L'objectif de cet appui serait de porter un coup à la puissance montante iranienne en mettant d'une part en cause son influence sur le régime irakien à travers la chute d'al-Maliki et, d'autre part, en coupant le fameux axe qu'elle a établi qui va de l'Iran jusqu'au Liban-Sud, en passant par l'Irak et par la Syrie. En même temps, il s'agit de contraindre l'Iran, qui a assez cavalièrement rejeté la dernière offre de dialogue saoudienne, à accepter l'idée de négociations globales sur les nombreux dossiers de la région. Jusqu'à présent, Téhéran refusait en effet d'évoquer ces dossiers, même avec les Américains et les Européens, avant d'avoir abouti à un accord sur le nucléaire. Ce serait d'ailleurs, toujours selon le diplomate arabe, l'une des raisons qui poussent les États-Unis à réagir un peu mollement aux événements d'Irak, dans l'espoir que toutes les parties s'affaiblissent mutuellement...
C'est dans ce contexte régional et international confus que les incidents sécuritaires se sont soudain multipliés au Liban, doublés d'un retour aux discours menaçants chez certains députés et chefs religieux dans la mouvance du bloc du Futur. En même temps, le dialogue entre Michel Aoun et Saad Hariri semble connaître une pause et certaines parties en profitent pour réclamer une élection présidentielle au plus vite, dans le but de resserrer les rangs internes et couper court à toutes les tentatives de déstabilisation.
Le diplomate arabe en poste au Liban estime que tous ces développements ne peuvent pas être de simples coïncidences. Même s'il n'y a peut-être pas de lien direct entre eux, il est convaincu que certaines parties locales savent saisir un moment propice pour tenter de marquer des points. Ces parties ont sans doute estimé que la dernière vague d'attentats qui avait secoué le Liban il y a un an a abouti à la formation du gouvernement de Tammam Salam, après onze mois de blocage. Dans ce gouvernement, les deux parties ont fait des concessions, le 14 Mars a accepté de s'asseoir aux côtés des ministres du Hezbollah, sans que celui-ci dépose les armes ou même retire ses troupes de Syrie. De son côté, le 8 Mars a accepté d'entrer dans un gouvernement où il n'a pas ouvertement le tiers de blocage et où les portefeuilles sécuritaires et judiciaires sont aux mains du 14 Mars. Quelque part, cela pourrait signifier que la pression sécuritaire par le biais des attentats a porté ses fruits et qu'aujourd'hui, si on voulait pousser le 8 Mars et ses alliés à accepter un président autre que le général Michel Aoun (ou l'homme de son choix), on pourrait tenter d'utiliser le même procédé.
Un tel projet, avec tous les risques qu'il comporte, ne peut pas être exécuté sans l'accord tacite de parties régionales, qui considèrent que l'affaiblissement du Hezbollah fait partie du plan global de l'affaiblissement de l'Iran. Mais cette approche ne peut pas mener bien loin car, dans le jeu d'échecs qui se joue dans la région, chaque partie a aussi un flanc faible, et si les coups ne sont pas bien calculés, ils peuvent avoir des conséquences négatives sur tous les joueurs. D'autant que le Liban, en particulier l'armée et les forces de sécurité, bénéficient actuellement d'un solide appui de la part de la communauté internationale, qui ne cesse de proclamer son attachement à la stabilité du Liban. De plus, le gouvernement qui est en place est un gouvernement dans lequel la part du lion revient au 14 Mars. Son échec serait donc politiquement celui de ce courant. Enfin, l'efficacité des services de sécurité, dans toute leur diversité, et leur refus de céder aux pressions confessionnelles et autres ont aussi montré que l'idée d'obtenir des concessions par les attentats ne peut pas aboutir dans une situation aussi risquée. Les cellules dormantes et ceux qui les manipulent ne pourront donc pas bénéficier d'un appui local et régional déclaré. Le roi Abdallah d'Arabie a lui-même rejeté hier les extrémistes salafistes et demandé à les combattre. C'est pourquoi, conclut le diplomate arabe, la déstabilisation actuelle du Liban ne s'inscrit pas dans un projet global réalisable dans un avenir visible...
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IL REVIENT AUX SEULS LIBANAIS... À CHAQUE GROUPE LIBANAIS... À TOUS LES LIBANAIS... DE STABILISER OU DE DÉSTABILISER LEUR PAYS...
17 h 56, le 30 juin 2014