Le développement des crises dans la région suit un plan qui, à défaut d'être précis, procède d'une profonde logique historique.
Le monde dans son ensemble et dans sa longue histoire a connu de multiples guerres, motivées par des intérêts économiques : sécuriser une ressource souvent vitale. Cela a commencé par la guerre du feu suivie par les guerres qui, sous couvert de conquête civilisatrice, visaient à sécuriser un meilleur espace vital pour asseoir un modèle économique doté d'un espace socio-économique autosuffisant ; on y compte les guerres impériales, coloniales et toutes les autres.
L'Europe, aujourd'hui modèle de coexistence, a eu pour premier dénominateur commun le charbon et l'acier. Lors de sa création, elle s'est d'ailleurs appelée la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier) car ses nombreuses guerres depuis la révolution industrielle (devenues tour à tour régionales et mondiales) portaient sur le contrôle de ces deux ressources vitales.
Aujourd'hui, ce sont le gaz et le pétrole ainsi que leur acheminement qui sont les principaux points d'achoppement. Le monde occidental cherche à neutraliser la sphère d'influence alternative que constituent la Russie, la Chine et leur pendant régional : l'Iran.
Pour cela, il a fallu avoir recours à de nouveaux leviers :
- Mettre la pression sur la Russie par une déstabilisation, puis neutralisation accélérée de l'Ukraine (en tant que point de passage vital du gazoduc russe) ; tout en contournant le détroit d'Ormuz.
Ce contournement fait passer le gaz qatari par l'Irak et la Syrie pour ensuite déboucher au Liban et en Turquie, soit en pleine Méditerranée contrôlée par l'axe occidental.
Pour faire aboutir une telle stratégie, on nettoie le passage et on sécurise le débouché, ce qui implique guerre en Syrie et en Irak (zones de passage) et stabilisation au Liban – malgré le feu qui couve – et en Turquie – malgré les manifestations de l'automne et de l'hiver derniers.
Dans ce scénario, l'EIIL – et autre génération spontanée de groupuscules folkloriques à dominance sunnite – a une fonction essentielle : mettre la pression sur l'axe chiite pour aboutir à un compromis ou à une partition qui mettrait les voies de passage sous contrôle sunnite.
L'Iran, quant à lui, utilise les cartes de pressions syrienne et libanaise pour obtenir un deal acceptable et politiquement monnayable en cas de perte de monopole sur le détroit d'Ormuz.
Qui sont les grands perdants et les grands gagnants de ce jeu de dupes ?
Le Golfe sunnite a tout à perdre. Il s'est avéré plus un mal qu'un bien et, en tant que bien, il a atteint sa date limite de consommation de par les dérives islamistes incontrôlées, une manne financière qui présente aujourd'hui une faculté de nuire plutôt qu'un profit à quiconque, et une succession de faillites politiques extrêmement dommageables. On s'oriente donc vers un amoindrissement graduel du rôle des pétromonarchies, dont on facilitera le pourrissement de l'intérieur afin d'éviter tout sursaut de solidarité musulmane. La faille sunnite-chiite fera le reste en occasionnant des flambées (voire des guerres intestines) qui agiront comme un ver dans le fruit. Toutes proportions gardées, rappelons-nous la guerre Iran-Irak des années 80 qui a été grandement financée et encouragée par les États-Unis et Israël du côté iranien ; l'Europe (surtout la France) du côté irakien. En fait, tout le monde voulait la même chose, à savoir affaiblir les deux protagonistes. La situation est certes plus complexe avec un œil sur les cours du brut et l'autre sur les intérêts bancaires régionaux. C'est pourquoi on avance à pas feutrés et soigneusement calculés.
L'axe chiite a tout à gagner. Il s'est avéré plus sage et plus utile. Plus construit et plus résilient, ce qui fait de lui un « bankable partner ». Surtout un partenaire non arabe, donc susceptible de s'asseoir à la même table que les deux autres partenaires – non arabes – de l'Occident dans la région : la Turquie et Israël.
En gros et en résumé, l'Occident ne veut pas, ne veut plus, mouiller sa chemise. De plus, ces conflits comportent une telle part d'inconnu que les plus grands stratèges se perdent en projections, conjectures et autres feuilles de route.
L'Occident cherche à verrouiller ses objectifs de stabilité énergétique et monétaire. Tout le reste n'est que sémantique. Dans cette même sémantique on retrouve pêle-mêle la démocratie, les droits de l'homme... Autant d'alibis pour pousser les protagonistes l'un contre l'autre et tous dans le mur. En politique, et surtout en géopolitique, les sentiments et les états d'âme sont un luxe inutile.
Pour notre cher Liban, la donne est simple : nous devons nous démarquer, nous repositionner comme une base arrière armée d'une neutralité helvétique, doublée d'une posture hermétique à tout ce qui nous entoure à l'Est et résolument tournée vers tout ce qui nous attend à l'Ouest. Le Liban doit être la base orientale du projet occidental qui vise à diviser pour mieux régner sur un Moyen-Orient reconfiguré, fermement contrôlé et pacifié. Il nous faut en somme nous désolidariser de notre géographie et nous recentrer sur nos options stratégiques.
Cette nouvelle division du Moyen-Orient n'a rien de nouveau. On s'oriente vers une remise à niveau (historique) d'un tandem impérial ottoman et perse : le premier tiendra sous bonne garde le rang sunnite (évitant l'instrumentalisation des dérives islamiques par certains accidents de l'histoire, comme le parti Baas) et le second, les pays à forte présence chiite.
Dans cette nouvelle configuration, Israël jouera les arbitres, pesant tour à tour sur chacun des deux pour faire pencher la balance au gré d'intérêts géopolitiques (essentiellement énergétiques et monétaires) et donc supranationaux.
Adib M. BASBOUS


"L'Occident cherche à verrouiller ses objectifs de stabilité énergétique et monétaire. Tout le reste n'est que sémantique. Dans cette même sémantique on retrouve pêle-mêle la démocratie, les droits de l'homme...". Sans oublier, please, la flamboyante "Moûmânaäâh résistancialiiiste" ! Et puis, "pour le Liban, la donne est simple : nous devons nous repositionner comme une base arrière armée d'une neutralité helvétique (genre forêts Cédraies, mahééék), doublée d'une posture hermétique à tout ce qui nous entoure à l'Est et résolument tournée vers tout ce qui nous attend à l'Ouest. Le Liban doit être la base orientale ( sic!) du projet occidental qui vise à diviser pour mieux régner sur un Moyen-Orient fermement contrôlé. Il nous faut nous désolidariser de notre géographie et nous recentrer sur nos options stratégiques." ! Comme Äsraël, quoi !
07 h 37, le 27 juin 2014