« Ainsi, nous allons bombarder la Syrie parce que la Syrie bombarde la Syrie et c'est moi l'idiote ?... ». Ce tweet, Sarah Palin l'adressait à ses followers sur son site Facebook, samedi 31 août 2013. L'égérie du Tea Party commentait alors l'annonce par Barack Obama de son intention de consulter le Congrès avant de décider d'une intervention aérienne contre le régime de Bachar el-Assad. On peut aujourd'hui jouer à deviner ce que dirait l'ancienne gouverneure de l'Alaska et ex-candidate des républicains à la vice-présidence (2008) du désarroi de l'élève Obama face à l'embrouillamini syro-irakien.
Première question : comment expliquer le succès foudroyant de la chevauchée des rebelles sunnites ?
Certes, l'armée irakienne n'a jamais brillé par sa combativité, sinon face aux Kurdes, gaz chimiques à l'appui. On n'est pas près d'oublier le fameux mako awamer de 1948, quand le contingent envoyé par Bagdad refusait de croiser le fer avec les forces paramilitaires juives en Palestine au prétexte qu'il ne disposait par d'ordre en ce sens. Mais tout de même... Quand un millier de soudards disposant d'un matériel rudimentaire (armes individuelles et quelques camions brinquebalants) parviennent à mettre en déroute 30 000 réguliers après avoir culbuté leurs défenses, à prendre le contrôle de Mossoul, la deuxième ville du pays, Tikrit et Tal Afar – l'échec devant Kirkouk s'explique par la détermination des peshmergas à en conserver le contrôle –, il y a lieu de se poser des questions.
Les Américains l'avaient oublié un peu trop vite ; il vient de se rappeler à leur mauvais souvenir. Izzat Ibrahim el-Douri est bien vivant et se trouve à la tête de l'Armée des Naqshbandis, une secte soufie très puissante sur les bords de l'Euphrate. L'ancien roi de trèfle dans le morbide jeu de cartes américain a troqué son titre de n° 2 du Conseil de la révolution contre celui de grand ordonnateur de la guerre contre le pouvoir chiite en général et contre le régime de Nouri Kamal al-Maliki en particulier. Depuis qu'il est entré en clandestinité, après l'exécution de Saddam Hussein, cet organisateur hors pair est parvenu à mettre sur pied une alliance Baas-islamistes, à créer un réseau de cellules dormantes à travers tout l'Irak et à gagner la sympathie de la population sunnite non sans s'être fait la main en lançant d'audacieuses opérations contre les troupes américaines d'abord puis contre l'armée irakienne.
Deuxième question : le « réveil irakien » est-il aussi soudain qu'on veut le faire accroire ?
D'abord sporadique et quelque peu erratique, la résistance a fini par gagner une certaine aura auprès des sunnites au fur et à mesure que l'équipe Maliki perdait de sa crédibilité aux yeux des chiites. Au point qu'aujourd'hui, il ne déplairait pas aux mollahs de Téhéran eux-mêmes de la passer à la trappe, un sacrifice propitiatoire qui faciliterait, espèrent-ils, une solution politique. Il est permis d'en douter, maintenant que prennent forme les contours de ce « troisième État » dont il est tant question et qui va d'Alep à Bagdad. Maintenant aussi que se rejoignent, d'une manière combien sanglante, les deux guerres, syrienne et irakienne.
Que demain les hommes de l'État islamique d'Irak et du Levant décident de profaner les lieux saints du Najaf et de Kerbala – le risque existe – et l'embrasement débordera le cadre actuel pour englober une zone autrement plus vaste. Depuis une semaine, 17 000 pèlerins iraniens sont coincés en Irak et Téhéran, qui avait sur les bras le problème syrien, se retrouve avec un rocher supplémentaire, irakien celui-là.
Réaliste, l'hebdomadaire Time refuse de qualifier de simple coïncidence le bouillonnement présent qui va du Pakistan à l'Afrique du Nord, en passant bien entendu par le Proche-Orient et même le Kenya et le Nigeria, y voyant plutôt le signe que le fondamentalisme d'Oussama Ben Laden n'est pas mort avec lui, sachant surtout que l'EIIL n'est que la partie visible de l'iceberg.
Troisième question : que vont faire les parties engagées dans ce combat à mort ?
Maintenant que les cartes sont brouillées, l'impression qui prévaut est que l'heure est à un premier bilan des pertes et profits. La Maison-Blanche soupèse les avantages et les inconvénients d'une série d'attaques ciblées, de préférence à l'aide de drones. L'effet de surprise passé, Abou-Bakr al-Baghdadi et les siens semblent soucieux d'éviter d'étirer leurs lignes et poursuivent le travail de grignotage des villes qui leur a réussi jusqu'à présent. Maliki prêche la croisade contre ceux qu'il s'entête à appeler « takfiris » pendant que Bachar el-Assad poursuit, lui, sa politique des cités brûlées, à défaut d'avoir une politique cohérente.
Mais revenons plutôt à Sarah Palin. La seconde partie de son message à ses partisans, qui est aussi son conseil au président, on vous la livre, en version originale : « Let Allah sort it out », une manière plutôt cavalière de s'en remettre au Tout-Puissant.
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16 h 11, le 24 juin 2014