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Économie - Liban

Grille des salaires : On prend les mêmes et on recommence... en vain !

Faute de quorum requis pour la tenue de la séance parlementaire, le projet n'a été ni discuté ni approuvé ; le président de la Chambre Nabih Berry a maintenu quand même ouverte la session parlementaire. Tandis que les contacts s'intensifiaient entre les différents acteurs, le CCS met en garde contre le basculement du Liban dans des conflits similaires aux crises régionales.

Report une nouvelle fois de la séance parlementaire consacrée à la grille des salaires, hier, faute de quorum. Photo Ibrahim Tawil

Le président de la Chambre Nabih Berry a publié hier matin un communiqué indiquant que la séance resterait ouverte. En effet, la séance parlementaire prévue hier pour avaliser le projet de loi autour de la grille des salaires n'a pas réussi à obtenir le quorum requis (soit 65 députés) pour se consacrer à l'étude du financement de la grille. À 11h15, seulement 51 députés étaient présents au Parlement. L'absence de quorum était attendu car, en dépit de l'intensification des contacts ces deux jours, il n'y a toujours pas d'accord sur les moyens de financer la grille des salaires. Les syndicats, eux, maintiennent leur position : une augmentation de 121 % sans échelonnement avec un effet rétroactif à juillet 2012.
« Il n'y a rien de nouveau, mais ne perdez pas espoir », avait déclaré, un peu plus tôt, Bahia Hariri, députée membre du courant du Futur. « Malheureusement, il semble qu'il n'y ait ni quorum ni grille », avait pour sa part indiqué le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Élias Bou Saab.
Les contacts et les réunions se sont enchaînés place de l'Étoile. Ainsi, Nabih Berry s'est réuni avec le Premier ministre Tammam Salam avant de se pencher sur le dossier de la grille avec le ministre des Finances Ali Hassan Khalil, celui de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Élias Bou Saab, et celui des Travaux publics et des Transports, Ghazi Zeaiter, et les députés Alain Aoun, Ibrahim Kanaan et Bahia Hariri.

 

(Lire aussi : La conjoncture locale et régionale au cœur du Forum économique arabe à Beyrouth)

 

Bras de fer autour de la hausse de la TVA
Le député membre du bloc du Futur Ahmad Fatfat ainsi que le mouvement du 14 Mars ont défendu hier, après l'annonce de M. Berry, une hausse de 1 point de pourcentage de la TVA, relevant celle-ci à 11 %, et ce afin de financer une hausse des salaires de la fonction publique et des enseignants du secteur privé. Dans une conférence de presse tenue hier par les députés du mouvement du 14 Mars, M. Fatffat a considéré que l'annonce du président de la Chambre de garder ouverte la séance parlementaire est « une initiative positive » puisque, selon lui, cela permet de plus amples et sérieuses discussions autour des moyens de financer la grille.


Revenant sur la proposition de lever la TVA à 11 %, Ahmad Fatfat a indiqué que l'objectif de cette initiative n'est pas d'entamer les revenus des couches les plus défavorisées. « Une TVA à 11 % haussera les prix des biens de consommation de moins de 3 % », a-t-il souligné précisant que les biens de consommation courante, l'éducation, la santé et les loyers sont exemptés de TVA de toute manière. « Une hausse de 1 point de TVA sera ressentie par les populations aisées », a ajouté le député. « Le débat autour de la grille des salaires n'est pas de l'ordre de la surenchère politique. Si nous n'arrivons pas à aboutir à un accord, c'est parce que nous devons trouver des moyens réalistes de financer cette grille », a-t-il résumé en mettant en avant le devoir socioéconomique des responsables d'avaliser ce projet. « Nous ne voulons pas que la livre libanaise soit dévaluée comme au début des années 90 », a mis en garde Ahmad Fatfat. Ce dernier a indiqué que les députés de son bloc parlementaire n'assistaient pas aux séances parlementaires prévues pour l'étude de la grille des salaires parce que celles-ci se transformaient en échanges populistes où la surenchère politique était de mise. « Les chiffres avancés oscillent entre 125 milliards et 600 milliards de livres pour ce qui est du coût de la nouvelle grille », a-t-il déploré.


Le député membre du bloc parlementaire des Forces libanaises (FL) Fadi Karam a, de son côté, dénoncé les surenchères sur le projet du financement de la grille des salaires, appelant à dissocier ce dossier des différends politiques et soulignant que son bloc ainsi que les députés du 14 Mars tenaient à répondre aux revendications sociales des citoyens. Interrogé sur le refus du 14 Mars de voter le projet de financement de la grille des salaires, M. Karam a affirmé : « Si l'on nous donne les chiffres exacts, nous sommes prêts à voter le projet immédiatement, et ce malgré notre opposition de fond à un travail législatif du Parlement en situation de vacance de la présidence. » Une position reprise par le ministre de l'Économie et du Commerce Alain Hakim qui a mis en avant, dans une entrevue accordée à la Voix du Liban, que le seul objectif des séances parlementaires doit être aujourd'hui l'élection d'un président de la République. M. Hakim s'est montré virulent à l'égard du Hezbollah en expliquant que c'est d'abord et avant tout la corruption qui doit être freinée ; « une corruption à laquelle participe activement le Hezbollah au port notamment », a accusé le ministre de l'Économie et du Commerce. Pour le député Yassine Jaber, ce n'est pas demain la veille que les responsables avaliseront le projet. « Nous planchons toujours sur les moyens de financer la grille à l'ombre d'un déficit public de plus en plus grand », a-t-il indiqué toujours à la Voix du Liban.


Des propos repris par le député du courant du Futur Jamal Jarrah qui a indiqué que suite à plusieurs propositions sur les moyens d'augmenter les recettes de l'État, celles-ci peuvent atteindre 1 928 milliards de dollars, « mais ce ne sont que des estimations du ministère des Finances qui dépendent aussi de la situation politique et sécuritaire », a-t-il toutefois précisé. « La hausse de la TVA proposée est pour ne pas se retrouver dans une situation où le déficit des finances publiques se creuse davantage », a ajouté M. Jarrah.
Force est de rappeler que les leaders syndicaux rejettent depuis des mois cette proposition et appellent les politiques à récupérer l'argent des biens-fonds maritimes spoliés et à s'en prendre aux sociétés qui jouissent d'exemptions de taxes telles que Solidere. « Nous n'accepterons pas une grille des salaires aux dépens des pauvres », a encore lancé hier Hanna Gharib, le président du Comité de coordination syndical (CCS).

 

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